Bilan

Brésil, l’inexorable déclin économique?

Entré en récession après avoir connu dix ans de très forte croissance, le pays ne parvient pas à retrouver le chemin de la prospérité. Le vent n’est pas près de tourner en cette année électorale et de Coupe du monde de football.

Le Brésil, en récession depuis 2013, a enregistré l'an dernier la plus grande sortie de dollars depuis 2002.

Crédits: Jens Goerlich/Gallery stock/Keystone

Le Brésil a perdu de sa superbe. En 2008, on le voyait comme le pays le plus prometteur des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). A l’époque, il montre une forte croissance, les crédits aux privés coulent à flots et la classe moyenne a fortement augmenté pour atteindre près de la moitié de la population.

Quelques années plus tard, la situation s’est retournée. «Au fur et à mesure que les normes sociales ont progressé et que le pays est devenu une attraction pour les investisseurs étrangers, la volonté de procéder à des réformes structurelles s’est affaiblie», explique Carlos Kawall, chef économiste de Banco J. Safra Brazil dans les «Perspectives 2014» de l’établissement. Désormais, les marchés s’en méfient et plusieurs agences de notation ont même abaissé leur rating.

La Coupe du monde de football en juin prochain ne suffira pas à redynamiser l’économie. Ses bénéfices auraient déjà dû être répercutés sur la croissance brésilienne. Or on ne constate rien, ce qui laisse planer le doute sur un effet de redressement. Et les Jeux olympiques d’été 2016 à Rio de Janeiro ne s’annoncent pas plus profitables. Car les maux sont multiples et trop profondément ancrés dans l’économie.

Peu avant la Coupe du monde, les Cariocas voient déjà les prix des biens augmenter rapidement. Aucun signe ne semble annoncer un regain de la croissance. Certains attestent encore d’une poursuite d’une détérioration de la situation économique.

«Les réformes engagées par Lula avaient permis d’assainir les structures publiques, elles étaient pratiquement ancrées dans la constitution. L’arrivée de Dilma Rousseff a détruit une partie de ce que son prédécesseur avait accompli. La présidente a renoué avec la politique interventionniste de l’Etat dans l’économie, que ce soit au niveau des banques, des changes ou encore de l’énergie», confie Stéphane Barthélemy, senior portfolio manager sur les marchés émergents de SSgA France. En outre, selon les sondages, Dilma Rousseff caracole en tête pour l’élection présidentielle de cet automne 2014. 

Déficit record

Une série de données économiques négatives indiquent un Brésil en récession depuis la mi-2013. Au mois de janvier, le pays a réalisé un déficit record sur plus d’une décennie de sa balance commerciale. L’an dernier, il a enregistré la plus grande sortie de dollars depuis 2002. Du coup, le Fonds monétaire international a réduit ses perspectives.

Si la croissance de l’économie brésilienne a atteint 2,3% en 2013, un résultat de 2% est anticipé pour cette année. Pour l’atteindre, le gouvernement doit implémenter des mesures pour restreindre ses dépenses et tenter d’enrayer la machine. «Hélas, l’administration prend rarement de telles décisions en pleine année électorale», relève encore le senior portfolio manager.

Dans ce contexte, les investissements des entreprises sont insuffisants pour redynamiser la croissance du pays. En cause, une économie mondiale en berne, avec notamment une baisse des commandes de la Chine et de l’Argentine, qui plombe le moral des patrons. L’indice de confiance des sociétés est très faible: pas de quoi se décider à miser gros. Ainsi, la croissance des investissements se monte à 1% actuellement, contre 6% en 2013. En outre, la tendance générale est au désendettement et les banques réduisent leur offre de crédit, ce qui affecte particulièrement les investisseurs privés.

Pour sa part, le déficit budgétaire est d’environ 3,3% du PIB en 2013. «En comparaison, la situation est meilleure que dans certaines contrées développées comme les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni. En revanche, le Brésil a une partie de sa dette libellée en dollars et souffre donc de la politique de réduction des liquidités de la Réserve fédérale américaine qui pousse à la hausse le billet vert et les taux», observe Stéphane Barthélemy.

Le réal a perdu 18% contre le dollar au cours de l’année dernière. En même temps, le coût de la vie augmente avec celui des importations des marchandises en dollars. L’inflation s’est approchée des 6% en 2013. Elle devrait croître cette année au-dessus de ce seuil, accentuant les pressions sociales et réduisant le pouvoir d’achat des ménages.

La consommation des particuliers a également baissé. Pour mémoire, l’objectif inflationniste moyen du Brésil est de 4,5%. Les hausses de taux d’intérêt de plus de 300  points de base, pratiquées par la Banque centrale pour maintenir la devise, pénalisent la croissance. Le réal est encore attendu en baisse. Cette situation ne profite qu’aux entreprises exportatrices qui peuvent produire à des coûts plus bas.

«Les faiblesses du Brésil sont liées à un système fiscal lourd et inefficace, à un droit du travail rigide, à des infra-structures en mauvais état et à un faible niveau d’éducation. Couplées à la chute du réal, cela a érodé la compétitivité du secteur manufacturier qui a stagné pendant que les importations explosaient», observe Carlos Kawall, de Banco J. Safra Brazil.

Superpuissance agricole

Malgré cette baisse de régime, le pays conserve des atouts. Il possède une grande richesse en ressources naturelles telles que les terres agricoles, le bois, l’eau ainsi que du pétrole et des métaux qui en font un grand producteur de matières premières. Ce terrain fertile a donné naissance à des géants comme Vale ou encore Petrobras.

L’agriculture représente plus de 22% du PIB et emploie le cinquième de la population. Le plus grand pays d’Amérique du Sud est aussi le producteur numéro un de café et de canne à sucre dans le monde et le deuxième producteur de graines de soja derrière les Etats-Unis.

Par ailleurs, on constate des afflux de capitaux sur le marché des actions qui indiquent que la zone offre des opportunités dans des secteurs liés à la demande domestique comme la consommation, les services financiers, la santé ou l’immobilier. Le paysage atteste d’une économie diversifiée.

Le Sud, notamment la région autour de São Paulo, a développé un tissu économique proche de celui d’un pays développé. L’industrie de l’armement a acquis ses lettres de noblesse en produisant des biens très recherchés par d’autres nations. A tel point qu’elle concurrence les Etats-Unis et la Russie. Par exemple, Embraer constitue l’un des plus grands constructeurs aéronautiques de la planète.

En conclusion, la capacité du Brésil à retrouver sa croissance antérieure repose sur des considérations politiques. Une fois les élections passées, le nouveau gouvernement devra prouver qu’il entend lancer les réformes nécessaires pour l’économie. Son programme devra également rassurer en matière de contrôle des dépenses publiques.  

Patricia Meunier

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."