Bilan

BNS: le franc s'envole et les marchés s'affolent

La Banque nationale suisse a mis fin jeudi au cours plancher. L'annonce a créé l'affolement sur les marchés. Une décision qui pourrait pénaliser la croissance, ont estimé des économistes.

La Banque nationale suisse (BNS) a aboli le cours plancher de 1,20 CHF pour 1 euro.

Crédits: Keystone

La Banque nationale suisse (BNS) a créé la surprise jeudi en mettant fin au cours plancher et en abaissant encore ses taux négatifs. L'annonce a créé l'affolement sur les marchés, où le franc réagissait vivement. Le SMI a été extrêmement volatile toute la journée, passant même brièvement en dessous des 8000 points, finissant tout de même par se calmer quelque peu.

Cette décision pourrait pénaliser la croissance, ont estimé des économistes, tandis que les fédérations professionnelles avertissaient du danger pour les entreprises exportatrices.

L'institut d'émission a aboli le cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro et a abaissé de 0,5 point à -0,75% le taux d'intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement qui dépassent un certain montant exonéré, a précisé la BNS dans un communiqué.

Pour éviter un durcissement inopportun des conditions monétaires, la banque centrale a également adapté la marge de fluctuation de son principal taux directeur, le Libor à trois mois, qui est désormais comprise entre -1,25% et -0,25%, au lieu de -0,75% et 0,25% précédemment.

"Le franc demeure certes à un niveau élevé, mais depuis l'introduction du cours plancher (en septembre 2011), sa surévaluation s'est dans l'ensemble atténuée. L'économie a pu profiter de cette phase pour s'adapter à la nouvelle situation", a estimé la banque centrale dans un communiqué.

Autre argument mis en avant par l'institut d'émission: la baisse de l'euro. La devise européenne a nettement faibli par rapport au dollar, ce qui a également conduit à une dépréciation du franc face au billet vert.

Le président de la BNS, Thomas Jordan, a cherché à rassurer, lors d'une conférence de presse, affirmant que "le moment est bien choisi pour abandonner le taux plancher".

"S'accrocher au taux plancher ne ferait plus sens à long terme", a-t-il ajouté, précisant que "la pression du marché n'a pas joué de rôle dans l'abandon du cours plancher". Les taux négatifs auront un effet important pour contrer les attaques sur le franc, selon le patron de l'institut d'émission, insistant que la BNS a agi indépendamment et de manière autonome.

La BNS continuera à surveiller la situation sur le marché des changes pour définir sa politique monétaire et interviendra "au besoin" sur le marché, a-t-elle encore précisé.

Cette annonce affolait les marchés. L'indice vedette de la Bourse suisse a chuté de plus de 13% avant de se ressaisir. A 14h39, le SMI reculait de 9,42% à 8331,95 points, un plus bas depuis mi-octobre 2014. L'indice de volatilité VSMI, quantifiant le risque attendu sur le marché suisse des actions, a atteint l'après-midi une hausse de près de 80%. A la clôture, le SMI reculait encore de 8,67% à 8400,61 points.

Le franc réagissait également vivement, la monnaie suisse s'appréciant à 1,02270 franc pour un euro, un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis août 2011. Face au dollar, la devise helvétique montait à 0,87406 USD/CHF, un plus haut depuis mai 2014.

CHOC ET EFFROI CHEZ LES ANALYSTES

Les analystes étaient unanimes pour qualifier cette annonce de très grosse surprise. "La BNS plie sous la pression du marché et met en jeu une partie de sa crédibilité", a réagi Thomas Gitzel de VP Bank. Les interventions des dernières semaines étaient trop importantes pour le garant de la stabilité monétaire, a estimé l'économiste en chef de l'établissement liechtensteinois.

"L'abolition du taux plancher constitue une grosse surprise et la BNS devrait perdre en crédibilité", a également jugé Helaba. L'établissement d'un nouveau taux plancher semble peu probable, la confiance des investisseurs dans la durabilité d'une telle mesure ayant été ébranlée. L'établissement parie sur une parité entre la monnaie unique et le franc.

Pour JPMorgan, la BNS a "capitulé", après avoir rencontré des difficultés croissantes pour contrer une dépréciation toujours plus justifiée de l'euro face au franc. Le géant bancaire estime que l'institut d'émission suisse coupe ainsi tous les liens qui le maintenaient attaché à la politique monétaire engagée par la Banque centrale européenne (BCE).

"Le marché ne l'a clairement pas vu venir", analyse IG Bank, évoquant une vaste majorité de position à long terme sur les échanges EUR/CHF. L'établissement évoque des marchés "en mode panique".

Selon l'économiste en chef d'UBS pour la Suisse, Daniel Kalt, cette décision va laisser des traces dans l'économie helvétique notamment au niveau des exportateurs. La Confédération ne devrait cependant pas tomber en récession après cette décision.

Selon le directeur des investissements (CIO) de la banque, Mark Haefele, la décision de la BNS aura des conséquences importantes sur l'économie suisse. Les effets négatifs sur les activités liées à l'exportation sont estimés à près de 5 mrd CHF, ce qui correspond à environ 0,7% du produit intérieur brut.

L'inquiétude dominait aussi chez les partenaires sociaux. Swissmechanic, faîtière des PME actives dans l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux suisse, craint pour la survie de ses membres. L'Union syndicale suisse parle de menace pour l'emploi et l'industrie d'exportation et le tourisme.

 

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