Bilan

Bilan lance une nouvelle édition du Gaspi d'or

Les dépenses et/ou les projets des pouvoirs publics sont parfois pharaoniques ou contestés. Bilan remettra le prix du gaspillage le plus flagrant en octobre.

C’est reparti pour une nouvelle édition! En collaboration avec le magazine économique TTC (Toutes Taxes Comprises), diffusé le lundi soir sur la RTS, Bilan lance le Gaspi d’or 2012. Cette opération consiste à s’interroger sur les dérives de certaines dépenses de fonctionnement et d’investissements planifiés ou projetés par les collectivités publiques de Suisse romande, voire par la Confédération. Les cas que nous soulevons montrent non seulement que les montants en jeu sont souvent importants, mais aussi que des projets sont parfois démesurés ou répondent à des objectifs mal cernés. Ils permettent par ailleurs de lever le voile sur le mécanisme qui préside aux décisions politiques (défense d’intérêts particuliers, puissance de certains lobbies, pouvoir de l’administration, concession tactique, etc.), dont la pertinence soulève souvent beaucoup de questions. Un jury composé de cinq membres (lire page 46) décernera le Gaspi d’or 2012 en se fondant sur une dizaine d’exemples, présentés dans cette édition et dans celle du 3 octobre. Résultat: le 17 octobre.

Vaud: relier les stations des Alpes, 170-230 millions

Quoi? Vision Alpes vaudoises 2020: c’est le projet du canton de Vaud pour dynamiser cette région touristique dévolue surtout aux sports d’hiver. Le Valaisan Peter Furger doit remettre prochainement un rapport au comité de pilotage présidé par Annie Oguey, syndique d’Ormont-Dessous. La proposition la plus spectaculaire pour assurer la viabilité des domaines skiables prévoit la mise en réseau des remontées mécaniques des stations suivantes: Villars-sur-Ollon, Leysin, Château-d’œx, Les Mosses-La Lécherette et Les Diablerets. Connue sous le nom de grande boucle, elle vise à relier Leysin à Villars-sur-Ollon via le Roc-d’Orsay, Les Mosses-La Lécherette aux Monts-Chevreuils (à trois kilomètres de Château-d’œx) et Les Diablerets au domaine de Glacier 3000 par des téléphériques ou des télécabines et à améliorer la liaison (par des bus) entre Leysin et Les Mosses. Le projet comprend également le déploiement de canons à neige, la fusion des sociétés de remontées mécaniques au sein d’une seule entité et une promotion touristique commune.

Combien? Les montants varient fortement selon les options. Les investissements nécessaires pour réaliser la grande boucle sont estimés entre 170 et 230 millions de francs.

Pourquoi? L’objectif principal de Vision Alpes vaudoises 2020 est de permettre à cette région, qui vit essentiellement du tourisme, de résister à la concurrence nationale et internationale toujours plus rude. Mais la relative basse altitude des stations constitue cependant un handicap car Les Mosses (1450 mètres), Villars-sur-Ollon (1300), Leysin (1263), Les Diablerets (1200), Château-d’œx (1000) se situent en dessous de la barre des 1500 mètres. Une barre sous laquelle l’enneigement semble, selon les climatologues, aléatoire dans le futur en raison du réchauffement de la planète. De surcroît, certains parlent de projet de la démesure.

Fribourg: deux piscines olympiques dans un rayon de 30 km, 54 millions

Quoi? Le canton de Fribourg planche sur la construction de deux piscines olympiques couvertes (bassin de 50 mètres contre 25 mètres pour une infrastructure traditionnelle): l’une au sein du futur complexe de Saint-Léonard en ville de Fribourg, l’autre au sein du Centre sportif régional qui devrait voir le jour d’ici à 2020 dans les environs de Bulle. Actuellement, moins de dix villes possèdent un bassin de 50 mètres. De surcroît, Lausanne s’active pour construire une piscine olympique.

Combien? Les coûts de construction s’élèvent à 34 millions de francs pour Fribourg et à 20 millions de francs pour la Gruyère. Dans les deux cas, le financement est assuré par un partenariat public-privé. Mais un seul des deux projets pourra bénéficier de subventions cantonales, voire fédérales. Aux dépenses de construction s’ajoutent ensuite les charges annuelles d’exploitation. Très élevées, elles entraînent toujours un déficit. La part assumée par les collectivités publiques tant au niveau de la construction que de l’exploitation n’est pas connue.

Pourquoi? Les deux projets répondent à des objectifs différents. La Ville de Fribourg vise l’organisation de compétitions nationales et internationales et compte sur une fréquentation importante des établissements  scolaires. En raison de la forte croissance démographique, le district de la Gruyère mise aussi sur cette demande captive ainsi que sur l’organisation de camps d’entraînement et sur une offre liée aux activités de loisir comme le wellness. Faut-il vraiment construire deux piscines olympiques dans un rayon de 30 kilomètres?

Valais:  un tunnel pour contourner les évouettes (VS), 80 millions

Quoi? Dans le cadre de l’assainissement et de la modernisation de son réseau routier, le Valais a lancé en 2002 un projet de contournement du village des Evouettes situé sur la route cantonale entre Saint-Gingolph et Monthey. Pendant plusieurs années, celui-ci a été gelé en raison du retard pris par la construction d’un nouvel axe entre Rennaz (VD) et Les Evouettes (la Transchablaisienne) auquel ce tronçon doit être rattaché. Comme ce chantier est bientôt clos (ouverture à la circulation en novembre), les premières démarches ont été lancées pour passer à la concrétisation du projet.

Combien? En 2002, le Grand Conseil a débloqué 70 millions de francs. Dix ans plus tard, ce montant n’est plus suffisant. On parle d’au moins 80 millions. Le Parlement devra donc se prononcer sur une rallonge. L’enveloppe financière comprend la construction d’un tunnel d’environ 800 mètres, qui représente environ deux tiers du budget, de giratoires et d’accès routiers.

Pourquoi? Selon les autorités valaisannes, la construction de ce contournement est nécessaire en raison de l’important trafic (13 000 véhicules en moyenne quotidienne en 2010) qui perturbe la vie des 800 habitants de ce village. D’autant que celui-ci s’étend de part et d’autre de la route cantonale. De l’avis des services de l’Etat, seul le percement d’un tunnel dans le massif du Grammont permet d’éviter la traversée des Evouettes. Les autres alternatives (tronçon dans la zone agricole ou lutte contre le bruit par le biais de la pose d’un bitume phonoabsorbant et de fenêtres antibruit dans les bâtiments proches de la route cantonale) ne peuvent être prises en compte.

Environnement la lutte contre les plantes invasives, 9 millions

Quoi? La berce du Caucase? Une plante ornementale. La renouée du Japon? Une plante exotique. Leur principale caractéristique est d’être fortement envahissantes. Elles font partie, comme l’ambroisie (la plus connue), de la quarantaine d’espèces dites invasives ou appelées néophytes qui ont poussé en Suisse notamment le long des cours d’eau et des voies de chemin de fer ainsi que dans les talus. Leur présence entraîne un certain nombre de dommages. C’est pour cette raison que les cantons, qui sont responsables des mesures de lutte, tentent de les éliminer. Dans une étude publiée récemment, l’organisation de défense de l’environnement Pro Natura estime que ce combat «ne suit aucune priorité sur le plan des espèces à combattre ou des zones d’intervention. Sans compter que les mesures prises ne sont en général pas suivies par des contrôles d’efficacité réguliers.» Par exemple, des garden centres continuent de mettre sur leurs rayons des plantes invasives comme le robinier ou le laurier-cerise, alors qu’elles font, dans le même temps, l’objet de mesures d’éradication ou sont interdites de vente.

Combien? Pro Natura a mené une enquête auprès de cinq cantons (Bâle-Campagne, Thurgovie, Uri, Zurich et Vaud) et de neuf communes. Il en ressort que leurs dépenses atteignent 20 millions de francs. Sur la base d’une cinquantaine de personnes interrogées (surtout au niveau fédéral, cantonal et communal), Pro Natura estime que «9 millions de francs sont utilisés chaque année en vain» faute de politique commune. Un montant largement inférieur à la réalité puisque le calcul ne prend en compte que quelques collectivités publiques.

Pourquoi? Selon l’Office fédéral de l’environnement, les néophytes peuvent causer des dommages au niveau de la diversité biologique (menace sur la flore indigène), de la santé (pollen allergisant, brûlure de la peau) et de l’économie (dégâts aux infrastructures comme les voies ferrées, contamination de cultures).  C’est pourquoi la présence et l’expansion de ces plantes doivent être combattues.

Genève:  des automates à double 17 millions

Quoi? Depuis l’automne 2011, les Transports Publics Genevois (TPG), une entité autonome de droit public contrôlée par l’Etat de Genève, ont installé de nouveaux automates le long des lignes qui sillonnent la ville et le canton. Or, ils ne correspondent pas aux attentes: les distributeurs, censés être à la pointe de la technologie, n’acceptent pas les cartes cart@bonus (cartes prépayées de 20 francs à 50 francs), dont le nombre d’utilisateurs réguliers est estimé à 11 000 par les TPG. Pour répondre à la colère des usagers, les TPG ont dû prendre des mesures. Sur l’injonction de la conseillère d’Etat Michèle Künzler, cheffe du Département de l’intérieur et de la mobilité, ils ont décidé de maintenir, là où c’est pertinent, les deux types de machines, c’est-à-dire à 159 arrêts du réseau sur 694. De surcroît, une hotline a été mise en place pour répondre aux questions des usagers. Mais celle-ci ne répond plus à partir de 21 heures. Jusqu’à aujourd’hui, le fabricant a livré davantage d’automates que les TPG ne peuvent en déployer.

Combien? Alors que le prix d’achat des nouveaux automates, qui s’est élevé à 17 millions de francs, est connu, le surcoût lié à leurs dysfonctionnements est plus difficile à évaluer. De l’avis des TPG, les charges de maintenance sont restées stables. Elles ont été budgétisées à 312 000 francs pour 2012. A ce montant, il faut ajouter 30 000 francs pour trois mois pour la hotline. Reste encore à déterminer si les 200 distributeurs alimentés par des panneaux solaires fonctionneront.

Pourquoi? Le projet de remplacement des automates a été lancé en 2007. Mais les premières machines ont été installées avec deux ans de retard en raison de problèmes chez le fabricant et de déficiences techniques rencontrées lors de la phase de test. Le cahier des charges adressé au fabricant ne prévoyait pas l’usage des cart@bonus pour des raisons de comptabilité, avec l’unification des standards prévue au niveau national.

Jura:  un musée et un parc pour les dinosaures, 33 millions

Quoi? Actuellement, seul le Préhisto-Parc de Réclère présente l’évolution animale à travers 45 reproductions grandeur nature de mégacéros ou de protocératops, etc. Or, le patrimoine géologique et paléontologique du canton du Jura est important: on y recense notamment 43 000 fossiles et 13 500 traces de dinosaures dans la seule région de Courtedoux-Chevenez. Depuis plusieurs années, les autorités réfléchissent à mettre en valeur ces découvertes. Un projet concret est désormais sur les rails. Son nom: Paléojura. En plus de la fondation d’un centre de gestion des collections, il prévoit la création de deux infrastructures principales: un nouveau musée des sciences naturelles à Porrentruy et un parc paléontologique à Courtedoux-Chevenez comprenant différents satellites et pavillons. Ouverture prévue: entre 2016 et 2018. Une fondation de droit privé, comprenant à la fois des représentants des collectivités publiques et des particuliers, s’occupe de la réalisation de ce projet.

Combien? La construction des équipements et des accès est estimée à 33 millions de francs. Le business plan compte sur un financement mixte: deux tiers des investissements pris en charge par des partenaires privés (entreprises, particuliers, etc.) et un tiers par le canton. Les coûts d’exploitation prévus s’élèvent à 3,6 millions par an, dont 2 millions à charge de la collectivité. La fondation se charge de la récolte des fonds privés.

Pourquoi? Les autorités cherchent à protéger et à valoriser ces découvertes dans une optique conjuguant sciences et loisirs. Le Jura prévoit la création d’un centre de compétences en géosciences avec le concours d’instituts universitaires. Au niveau touristique, il mise sur l’arrivée de quelque 60 000 visiteurs par an grâce à l’ouverture complète de la Transjurane et à la proximité de la ligne TGV Rhin-Rhône. Si les Jurassiens ne contestent pas la nécessité de mettre en valeur ce patrimoine, certains estiment cependant que ce projet est surdimensionné.

Genève:  indemnités des groupes de l’Assemblée constituante, 765 000 francs

Quoi? Les citoyens du canton de Genève se prononceront le 14 octobre 2012 sur une nouvelle constitution élaborée et approuvée par une assemblée constituante, dont les sessions se sont déroulées entre 2009 et 2012. A ses budgets figure une dépense qui a fait l’objet d’une polémique récurrente lors de l’examen des comptes: les indemnités versées aux onze groupes politiques membres de la Constituante. Lesquelles ont été octroyées en plus du crédit alloué pour financer l’engagement d’un assistant parlementaire.

Combien? Les onze groupes se sont partagé la somme de 200 000 francs par an (165 000 pour 2012 car la Constituante passera devant le peuple en octobre). Soit 765 000 francs au total.

Pourquoi? Selon le modèle en vigueur au Grand Conseil, la Constituante a justifié ces dépenses par les frais de fonctionnement des groupes et leur besoin de communiquer avec la population. Mais on peut aussi les assimiler à des subventions cachées aux partis politiques.

 

Le palmarès des dernières éditions

2010 – Palladium de Champéry et Mycorama de Cernier

Deux ans après son ouverture, le Mycorama de Cernier (NE) consacré aux champignons (musée et recherche) fermait ses portes. Il avait reçu des subventions à hauteur de 2,2 millions. Déjà décrié avant sa construction (16,8 millions), le Palladium (ou Centre national de glace) de Champéry a été sauvé de la débâcle par les collectivités publiques. Aujourd’hui, il fait l’objet d’un assainissement, tant au niveau des charges que des recettes, afin qu’il puisse être repris par la commune.

2007  – Route Vaulruz-Romont

31 millions: le budget prévu pour améliorer la liaison entre le chef-lieu de la Glâne et l’entrée de l’autoroute Vevey-Bulle. Les travaux sont en cours.

2004 – Tunnel autoroutier de Serrières

Devisé à 140 millions puis rehaussé à 155 millions, le percement du tunnel à l’entrée ouest de Neuchâtel arrive à son terme. L’ouverture au trafic est prévue pour l’automne 2013.

2001 – Animaleries vaudoises

Pour leur recherche, quatre institutions – EPFL, ISREC, CHUV, UNIL – prévoyaient chacune la construction d’une animalerie à Lausanne.

Crédits photos: Dr

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
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