Bilan

Bienvenue dans l’ère du plexiglas

En ces temps de pandémie de Covid-19, les larges écrans de protection sont devenus incontournables sur tous les lieux de travail et de rencontre. Zoom sur un business en plein boom.

  • Le plexi est aujourd’hui omniprésent. Son prix dépend notamment de l’épaisseur de la plaque.

    Crédits: Di Nolfi/Gillieron/Keystone, Laurent Guiraud
  • Crédits: Di Nolfi/Gillieron/Keystone, Laurent Guiraud
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  • Crédits: Di Nolfi/Gillieron/Keystone, Laurent Guiraud

«A l’origine, nous sommes une entreprise de graphisme. Mais du graphisme, nous n’en faisons quasiment pas en cette période. En revanche, la machine de découpe laser est constamment en marche pour débiter des plaques de plexiglas. Nous enregistrons une énorme demande pour des parois de protection de la part de magasins et d’entreprises de services.» A la tête de Villars Graphic à Neuchâtel, Michel Villars a fait preuve d’un grand sens commercial. A la mi-mars, au début du confinement, il crée une nouvelle adresse internet – protection-plexiglas.ch – qui répond au mieux aux recherches Google des internautes en mal d’écrans antivirus. Et les commandes pleuvent. «En quelques semaines, j’ai vendu 400 plaques! Je le fais davantage pour rendre service que pour gagner de l’argent.»

Ce business en plein essor permet de compenser un peu les pertes subies dans les activités traditionnelles, à l’arrêt depuis plusieurs semaines. Le souci, maintenant, c’est de trouver de la matière première. «Les importateurs de la région sont tous en rupture de stock. Les prochains arrivages sont prévus seulement pour la mi-juin.» Un nombre croissant de grossistes se tournent maintenant vers la production chinoise, écoulée, par ailleurs, à des prix plancher. Ainsi, Alibaba, géant du commerce en ligne de Hangzhou, propose plus de 120 000 entrées répondant à la mention «acrylique».

Forte concurrence

Matériau emblématique de la crise du coronavirus, le plexiglas mérite bien un coup de projecteur. Marque déposée, le Plexiglas désigne un polymère, le polyméthacrylate de méthyle, souvent abrégé PMMA. Ce plastique est également vendu sous les noms d’Altuglas, Perspex ou encore Cryolite. «Pour fabriquer les plaques, on utilise de l’acrylique liquide qui se solidifie grâce à un additif chimique. Suivant la qualité, la paroi transparente vieillit plus ou moins bien», détaille Aurélien Vassort, chez Novoglas à Corseaux (VD). Avec cinq bureaux de vente en Suisse, l’entreprise pratique ce métier depuis 1956. «Nous avons senti venir le boom de la demande dès début mars et avons déjà écoulé plus d’un millier de vitres plastique. En cette période de pénurie, notre réseau de fournisseurs est précieux parce que nous faisons face à une forte concurrence. Tout le monde s’est mis à proposer des hygiaphones.»

Porte-parole du groupe Migros, Tristan Cerf confirme: «Le marché du verre acrylique s’est tari dans toute l’Europe, d’où provient notre gamme de produits constituée d’autres marques que Plexiglas. Dans nos magasins Do it + Garden, cet assortiment reste cependant disponible, à l’exception des pièces découpées.» Chez la filiale helvétique du groupe allemand Hornbach, Reto Kaspar fait une promesse similaire: «Nous avons toujours des stocks, mais en fonction des ventes, certaines références peuvent manquer à court terme.» La situation est la même chez Coop Brico + Loisirs.

Des taxis jusqu’aux écoles

A titre indicatif: en tant que client privé, comptez dans les 250 francs pour l’installation d’une protection en verre acrylique standard. Les prix dépendent notamment de l’épaisseur de la plaque. Après la grande distribution qui a dû de toute urgence protéger ses caissières du virus, c’est au tour des indépendants – autorisés à reprendre le travail le 27 avril dernier – de s’équiper. Dans la région genevoise, Maria Martins a installé des parois transparentes dans son onglerie. «Sans cette solution, nous devrions travailler avec des masques. Après quelques heures, ça devient intenable.» Chauffeur VTC et entrepreneur, Carlos Serrano a quant à lui ajusté une plaque transparente dans son véhicule afin d’isoler l’espace réservé aux passagers sur les sièges arrière. «Dès le début du confinement, je me suis mis à chercher le matériel nécessaire, mais c’était quasi impossible à trouver. Lorsque les magasins de bricolage ont rouvert, j’ai pu acheter une vitre en plastique que j’ai fait poser par un carrossier. C’est un vrai plus. La clientèle est rassurée quand elle découvre cet aménagement.»

A mesure que la pandémie s’installe dans notre quotidien, le verre acrylique gagne du terrain. Certains restaurants envisagent de poser des barrières de ce type entre les tables. En Italie et en Grèce, on parle d’équiper les plages de parois transparentes pour faire respecter les distances entre les baigneurs. A Las Vegas, les casinos rêvent de rouvrir, en vertu d’écrans plexiglas qui sépareraient joueurs et croupiers. A Wuhan, berceau chinois de la pandémie, les lycéens ont repris les cours début mai, reclus dans une pièce de PMMA à trois faces, fixée à leur pupitre.


A chacun sa piscine

Ventes «Depuis début avril, nous recevons chaque jour trois ou quatre demandes de renseignement pour nos piscines. C’est deux fois plus qu’en temps normal à cette saison. Les gens veulent s’équiper dans la perspective de passer leurs vacances chez eux. Comme nous sommes dans le créneau haut de gamme, certains déchantent quand ils découvrent les prix.» Responsable des achats chez Piscines Fitness à Bremblens (VD), Laurent Liechti ajoute que «les ventes de grils ont quant à elles explosé». Chez Pamatrex, à Grandcour (VD), Olivier Treuthardt constate de son côté une hausse de la demande de 50%. «La clientèle s’intéresse beaucoup aux piscines hors-sol. Dans cette catégorie, l’offre s’étend de 3000 à 25 000 francs.»

C’est que, en plus de vacances à la plage déjà quasiment exclues, la fréquentation des piscines publiques s’annonce d’ores et déjà compliquée cet été. En vertu de la distanciation sociale, les entrées seront sans doute limitées. En conséquence, c’est la ruée sur les bassins gonflables et autres modèles proposés par les grands distributeurs. «Chez Migros, les ventes de piscines sont trois plus élevées qu’en temps normal», dévoile le porte-parole Tristan Cerf. D’après les commentaires laissés sur les sites de commerce en ligne, de nombreuses personnes cherchent même à installer une piscine sur leur balcon.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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