Bilan

Bienne sera bientôt méconnaissable

Soutenus par Rolex et Omega, des projets spectaculaires transforment la troisième ville de Suisse romande en site de production de pointe et haut lieu de formation. Reportage.
  • Les grands chantiers transforment la ville dans tous les domaines: travail, logement, formation, innovation...

    Crédits: Guillaume Perret/lundi13
  • L’essor actuel de Bienne doit beaucoup à Thomas Gfeller, délégué à l’Economie.

    Crédits: Guillaume Perret/lundi13

«Bienne est une ville industrielle. Et elle est fière de l’être.» Délégué à l’Economie et responsable du marketing de la ville, Thomas Gfeller résume ainsi l’ADN de Bienne, la ville rouge aujourd’hui en pleine métamorphose. Ce matin de mars sur la place Centrale, piétons emmitouflés dans de grosses vestes et voitures au ralenti se croisent avec civilité.

C’est le seul endroit en Suisse où la gestion du trafic est laissée aux habitants, sans un seul panneau indiquant priorité ni vitesse limite. Un esprit convivial que l’on retrouve dans des commerces et des cafés animés. Les stigmates de la crise horlogère des années 1980 ont cédé la place à des chantiers massifs.

Il y en a une dizaine, dont les plus importants sont financés par les légendes horlogères du cru, Rolex et Swatch Group. «Ces projets doivent doper l’attractivité de Bienne, reprend Thomas Gfeller. Ils s’étendent à tous les domaines: travail, logement, vie urbaine, formation et innovation.»

«Bienne bouge», observe Sébastien Gass, Biennois de toujours et responsable produit dans une entreprise horlogère. «Les changements doivent beaucoup à l’horlogerie, le poumon de la région. Le contournement autoroutier en construction va enfin permettre de décongestionner la ville. Avec l’ouverture de la Manufacture de Montres Rolex, l’offre des transports publics s’est renforcée. Vu l’importance de la culture alternative, la Coupole, le premier centre autonome de Suisse installé dans une ancienne usine à gaz, va être intégrée dans le nouvel ensemble de l’Esplanade, qui comprend le Palais des Congrès. Un arrangement typiquement biennois.» 

Un pôle national d’innovation industrielle

Dépourvue d’Ecole fédérale polytechnique et d’université, Bienne doit se fixer sur la carte de l’innovation grâce à Innocampus, la société qui va gérer l’antenne de Bienne du Parc suisse d’innovation (PSI). 

Egalement président du conseil d’administration d’Innocampus, Thomas Gfeller relate: «Le lancement abouti d’Innocampus, qui allie pouvoirs publics et entreprises privées, a convaincu, en 2015, la Confédération de nous attribuer l’une des cinq antennes du PSI. L’engagement des privés représente 85% du capital investi.» Un incubateur de start-up occupe déjà des surfaces provisoires sur le site. Innocampus doit construire d’ici à 2019 un premier bâtiment de quelque 15  000 m2 pour abriter de nouvelles activités. La Ville dispose encore de dizaine d’hectares afin de poursuivre le développement à terme.

La première étape de la construction d’Innocampus jouxtera le Campus Biel/Bienne de la Haute Ecole spécialisée bernoise (BFH), pour laquelle le canton de Berne a débloqué 30 millions francs. Dans le cadre d’un mécénat dont le montant reste confidentiel, Rolex va réaliser un «Campus Hall» pour héberger des événements publics.

Cheville ouvrière des partenariats public-privé (PPP) qui autorisent la transformation de Bienne, Thomas Gfeller forme avec le maire socialiste Erich Fehr et l’urbaniste de la ville Florence Schmoll un trio moteur. Diplômé en philosophie et en économie de l’Université de Berne, Thomas Gfeller (44 ans) présente un parcours atypique pour un cadre administratif.

Après avoir exercé pour le cabinet de conseil américain Bain à Zurich, il postule à la ville de Bienne en tant que délégué à l’économie. Ce familier de la région par son père originaire du vallon de Saint-Imier occupe ce poste depuis 2003. Son expérience du monde de l’entreprise s’avère certainement très utile lorsqu’il faut concilier les intérêts de tous autour d’un même projet.

Le bilinguisme de la troisième ville romande derrière Genève et Lausanne constitue un des piliers de l’essor actuel. Erich Fehr témoigne: «Bienne a toujours démontré une grande faculté d’intégration, de l’ouverture d’esprit et de l’adaptabilité. Autant de qualités qui favorisent la créativité.» 

Réalisation de prestige pour Swatch

Dans le même élan, Swatch Group va construire un nouveau siège et des bâtiments pour les marques Swatch et Omega. Le tout pour plus de 100 millions de francs. Star de l’architecture, le Japonais Shigeru Ban a dessiné un tunnel en bois monumental qui serpentera le long de la Suze, sur une future place Hayek.

«L’ouverture d’un musée Omega montrant par exemple les astronautes d’Apollo qui portaient la montre doit permettre d’attirer une nouvelle clientèle touristique. Notamment parmi les visiteurs asiatiques fanatiques de la marque», détaille Thomas Gfeller.

A un jet de pierre, la Manufacture de Montres Rolex, inaugurée en 2012, sera bientôt voisine de Georg Fischer. Le groupe industriel basé à Schaffhouse construit un bâtiment pour environ 500 employés, par le biais de la filiale Mikron Agie Charmilles.

Erich Fehr souligne: «Le savoir-faire industriel de la région explique l’implantation de cette unité à Bienne. Pour nous, il est important de nous diversifier afin de limiter la dépendance à l’horlogerie.» Enfin, aux confins de la commune, le complexe Tissot Arena constitue un ouvrage d’envergure à 200 millions inauguré l’année dernière.

Forte d’un dynamisme retrouvé, Bienne souhaite attirer de nouveaux habitants, par exemple chez les classes moyennes chassées de l’arc lémanique par le prix prohibitif des logements. «Le mètre carré est vendu 40% moins cher ici», calcule Thomas Gfeller. L’investisseur Hans Widmer (Oerlikon-Bührle, Bally) bâtit 200 logements de standing à proximité du Palais des Congrès.

L’effet Expo.02

Au total, les investissements consentis par les pouvoirs publics et l’industrie avoisinent les 2 milliards de francs. Où cette ville laissée pour sinistrée il y a vingt ans a-t-elle trouvé la foi nécessaire pour lancer de tels défis? «Expo.02 a joué un rôle déterminant en montrant qu’il était possible de faire des choses ici», répond Thomas Gfeller.

Sous l’impulsion du maire socialiste Hans Stöckli, la manifestation a été un succès sur toute la ligne. L’événement a rendu la confiance aux habitants et leur a donné envie de poursuivre les aménagements entrepris pour l’occasion. Etonnant de voir comment une initiative si controversée peut avoir des conséquences positives sur le long terme.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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