Bilan

Berne veut réduire le nombre de paysans

Le Conseil fédéral veut que les futurs exploitants agricoles suivent une formation supérieure pour obtenir des paiements directs. Les organisations paysannes s’y opposent.

Le nombre de fermes baisse en Suisse d’année en année.

Crédits: Gian Ehrenzeller/Keystone

Au cours de la prochaine décennie, la disparition des exploitations agricoles pourrait s’accélérer en raison des nouvelles exigences du Conseil fédéral. L’une d’elles soulève l’incompréhension et l’hostilité de la branche. Dans son projet de réforme de la politique agricole (PA 2022+), le Conseil fédéral propose que les futurs exploitants soient au bénéfice d’un brevet fédéral d’agriculteur s’ils veulent percevoir des paiements directs. 

Il estime que la poursuite d’une formation professionnelle supérieure est nécessaire en raison de la complexité toujours plus grande de ce métier. «La formation de base, constate-t-il, n’enseigne pas la gestion d’entreprise, alors même que de nos jours – compte tenu d’un contexte de plus en plus difficile et complexe – cette matière revêt une importance croissante pour gérer avec succès une entreprise durable et axée sur le marché.» Le gouvernement remarque sur la base des résultats financiers des exploitations qu’il y a une corrélation positive entre le niveau de formation et le revenu du travail. Or, il constate que «seuls un tiers des exploitants disposent d’une telle formation, soit une proportion très inférieure à celle que l’on observe dans d’autres professions artisanales ou indépendantes.» 

Inégalité de traitement

«Même si nous sommes favorables à l’amélioration des exigences de base, la proposition du Conseil fédéral représente un saut énorme par rapport à la situation actuelle. Aujourd’hui, il suffit de suivre une brève formation consacrée aux paiements directs dans une école d’agriculture pour remplir les conditions nécessaires à leur obtention», relève François Monin, responsable de la division agraire de l’Union suisse des paysans. Ce dernier dénonce aussi une inégalité de traitement. Pour mettre du sang frais dans l’agriculture, le Conseil fédéral veut faciliter l’accès aux paiements directs aux personnes qui ont obtenu un diplôme dans d’autres domaines d’activité. «Celles-ci ne devraient suivre que les modules du brevet fédéral liés à la gestion d’entreprise. Ce qui est, à nos yeux, nettement insuffisant pour diriger une exploitation», affirme François Monin.

Parmi les participants romands à la procédure de consultation qui ont déjà transmis leurs observations à la Confédération figure le canton de Fribourg. Ses autorités partagent les inquiétudes des paysans: «Le succès d’une exploitation ne dépend pas uniquement du niveau de formation de ses exploitants», affirme le Conseil d’Etat. Et d’insister: «Encourager la formation supérieure est une bonne chose, mais imposer le brevet comme une nouvelle exigence est excessif.»

L’obtention d’un tel diplôme érige surtout une barrière à l’entrée dans la profession. «Cela risque de réduire le nombre de personnes qui pourront reprendre ou acquérir un domaine. Nous ne sommes pas favorables à cette disposition», estime Charles-Bernard Bolay, président du syndicat paysan Uniterre. Si le versement des paiements directs liés aux prestations écologiques et paysagères est subordonné à la possession d’un brevet fédéral, il est probable que le nombre d’exploitations qui mettront la clé sous le paillasson augmentera à un rythme plus rapide qu’aujourd’hui. Entre 2008 et 2017, environ 930 fermes ont disparu chaque année (voir tableau ci-dessus). 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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