Bilan

Bars et restaurants: quelles aides publiques pour les locataires des communes?

Depuis le printemps dernier, les villes romandes ont largement soutenu leur tissu économique local. Une catégorie a bénéficié d’un traitement particulier: les bars, cafés et restaurants locataires des collectivités.

Face aux fermetures pour se conformer aux mesures sanitaires, les établissements de restauration locataires de leurs murs auprès des autorités communales ont pu bénéficier de soutiens à divers titres.

Crédits: Keystone

Ils sont 93 à Genève, 12 à Neuchâtel, 8 à Fribourg ou une petite cinquantaine à Lausanne. À travers la Suisse romande, de nombreux bars, cafés et restaurants sont directement locataires d’une commune. Depuis le début de la pandémie, ils ont pu bénéficier de réductions de loyer parfois très généreuses. Certains n’ont même pas encore payé de loyer en 2021. Il est cependant impossible d’obtenir le nom des établissements. Les collectivités agissent là comme acteur privé et ne sont pas soumises aux mêmes exigences de transparence que dans leur activité publique.

Parmi les plus grandes villes romandes, Lausanne et Genève n’ont pas demandé de loyers dès que les établissements étaient forcés de fermer. Neuchâtel a offert trois mois de loyer en 2020 (avril, mai et décembre) et une réduction d’un quart entre janvier et avril 2021. Fribourg n’a pas agi uniformément envers ses huit locataires. En fonction de leurs situations, les établissements ont pu bénéficier d’une gratuité de loyer allant généralement de 3 à 6 mois, voire plus dans certains cas.

Le double rôle des villes

Natacha Litzistorf. (F. Wavre - Lausanne)
Natacha Litzistorf. (F. Wavre - Lausanne)

L’action est à la limite du politique. Pour Natacha Litzistorf, municipale de la Ville de Lausanne, «ce serait simplement un non-sens économique de ne pas aider». D’autres, comme la Ville de Neuchâtel, l’inscrivent dans un programme de soutien plus large. Le renoncement aux loyers figure parmi différentes «mesures d’urgence pour soulager les acteurs locaux» et s’inscrit donc dans une claire volonté politique.

Même à Lausanne, la location de ces immeubles ne sert pas uniquement à générer des rentrées financières. «Nous avons historiquement une politique foncière active», analyse Natacha Litzistorf. «Il est intéressant que les rez-de-chaussée soient actifs. Les cafés et restaurants contribuent beaucoup à la qualité des rues. Il nous tient à cœur de maintenir ça à Lausanne.»

Les établissements publics qui correspondent à certains critères peuvent obtenir un local. Cela comprend certains aspects techniques comme la solidité financière du projet mais aussi des choix qui favorisent des types de projets spécifiques. «Nous privilégions les établissements qui consomment local, en proposant des vins de la Ville ou des produits de la région par exemple», explique Natacha Litzistorf. Malgré ces critères, elle refuse de parler de politique interventionniste.

Lausanne est la seule des villes contactées à détailler aussi clairement les raisons de ses choix. La capitale vaudoise est également la seule à assumer «des prix légèrement en dessous de ceux du marché», selon les mots de Natacha Litzistorf. Les autres tentent de rester dans la moyenne des pratiques du privé.

Une inégalité acceptable

Gilles Meystre. (GastroVaud)
Gilles Meystre. (GastroVaud)

Les restaurants, cafés et bars locataires d’un privé n’ont pas toujours eu le privilège de bénéficier d’une telle réduction. La situation exceptionnelle provoquée par la pandémie explique cette inégalité de traitement selon Gilles Meystre, président de GastroVaud. «L’inégalité est le régime en vigueur depuis mars 2020», constate-t-il en mentionnant les restrictions variables qui s’appliquent aux différentes branches de la restauration. «Dans l’inégalité, on essaye de trouver ce qui est le plus acceptable. Je préfère qu’on aide les restaurateurs plutôt qu’on les laisse mourir. Tant mieux pour ceux qui survivent.» Dans sa perspective, les principes de concurrence sans intervention publique sont souhaitables en situation normale, mais actuellement «c’est la moins pire des solutions.»

Même son de cloche pour Laurent Terlinchamp, président de la société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève. «De toute façon, c’est une situation de merde», constate-t-il crument. «Toute amélioration est bonne à prendre. On ne s’attarde pas sur l’égalité de traitement. On demande juste une possibilité de survivre.» Dans ce contexte, il serait malvenu selon lui de «chercher des poux à ceux qui aident.»

Les privés aident également

Pour les communes, ces allégements de loyers peuvent constituer des aides, mais pour certains propriétaires privés, ils relèvent de «l’intelligence commerciale», selon Gilles Meystre: «Ils ne veulent pas avoir à supporter le prix d’un local vide en cas de faillite.» Plusieurs cantons ont d’ailleurs mis en place des dispositifs pour encourager les baisses de loyers. Souvent le prix est réparti entre les bailleurs, les locataires et l’Etat.

Selon plusieurs faitières de restaurateurs, les petits propriétaires ont souvent fait un geste. «Seul un petit pourcentage n’a pas pu se le permettre», estime Karen Allemann, directrice de GastroNeuchâtel. Pour une autre catégorie de propriétaires, c’est plutôt la règle de refuser une baisse de loyer. «Les assurances ou caisses de pension ne rentrent généralement pas en matière.» Cette constatation est confirmée par d’autres faitières de la restauration que nous avons contactées.

Philéas Authier

Journaliste stagiaire

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