Bilan

Barry Callebaut privilégie le cacao durable et refuse les OGM

Le numéro 1 mondial du cacao, le zurichois Barry Callebaut, révèle sa stratégie pour contrer la pénurie: privilégier l'agriculture durable et renoncer aux fèves génétiquement modifiées.
  • La production de cacao fluctue ces dernières années au gré des maladies dans les plantations, mais aussi des instabilités géopolitiques des pays producteurs.

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  • La demande en produits issus du cacao augmente fortement ces dernières années, dans les pays développés mais surtout dans les pays émergents.

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  • Barry Callebaut annonce la couleur pour sa production de cacao dans les années à venir: oui à l'agriculture durable avec les producteurs, non aux OGM.

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  • A la tête de Barry Callebaut, Juergen Steinemann veut miser sur le développement durable et non sur les OGM ou les produits phytosanitaires pour augmenter la production.

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  • Des programmes ont été lancés par Barry Callebaut pour former les producteurs, notamment en Côte d'Ivoire.

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Près de 115'000 tonnes: c'est le différentiel attendu pour 2014 entre la production et la consommation mondiales de fèves de cacao. Sans les stocks réalisés depuis plusieurs années, il y aurait pénurie de chocolat. Virus et épidémies dans les plantations du Ghana ou d'Equateur? C'est en fait surtout l'augmentation de la consommation planétaire, notamment dans les pays émergents, qui est à l'origine de ces tensions sur le marché.

Alors que chaque Suisse dévore en moyenne 12kg de chocolat chaque année (record mondial), le consommateur chinois se contente actuellement de 50g en moyenne. Mais avec d'énormes disparités entre les secteurs urbains, dont les habitudes se rapprochent à grande vitesse des standards occidentaux, et les régions rurales, où le chocolat reste un produit de luxe. Or, plusieurs études annoncent des taux de croissance compris entre 5 et 6% annuellement en Chine entre 2014 et 2018. Et vu le poids du marché chinois, les réserves actuelles risquent de se tarir rapidement.

Fortes fluctuations de la production mondiale

De même, l'Inde se découvre une passion nouvelle pour le chocolat: le pays a enregistré la plus forte hausse de consommation de chocolat entre 2008 et 2011: les ventes y ont doublé en trois ans, passant de 418 millions à 857 millions de dollars. «On considère qu'à horizon 2020, on aura besoin d'environ un million de tonnes supplémentaires de fèves de cacao», prévoit Philippe Janvier, vice-président de Barry Callebaut en charge de la zone Europe.

Pour le numéro 1 mondial du cacao, qui fournit aussi bien Nestlé que Mondelez ou Mars, la question est cruciale alors que les derniers résultats faisaient état d'une baisse du chiffre d'affaires. Or, entre 2011/2012 et 2012/2013, la production mondiale a baissé, passant de 4085 à 3942 milliers de tonnes de fèves. Même si les prévisions envisagent un retour de la croissance pour cette saison 2013/2014 (4104 milliers de tonnes), des incertitudes subsistent, notamment en raison d'incertitudes géopolitiques dans certains des principaux pays producteurs (Côte d'Ivoire, Venezuela, Colombie).

Des fluctuations d'autant plus impactantes pour le groupe zurichois que «25% des parts de marché dans la transformation des fèves de cacao» sont entre ses mains, ainsi que le rappelle Juergen Steinemann, CEO du groupe.

Pas d'OGM pour Barry Callebaut

Une des pistes régulièrement évoquées, et déjà mise en oeuvre par certains producteurs équatoriens, réside dans les plants de cacao génétiquement modifiés. Mais pour Barry Callebaut, cette piste est à écarter: «Pour la recherche fondamentale, nos centres de recherche et de développement se concentrent sur les propriétés du chocolat et du cacao pour la santé», explique Philippe Janvier au quotidien français La Tribune. Renoncer aux OGM et promouvoir une agriculture durable: c'est le credo prononcé par l'entreprise suisse. Et pour atteindre cet objectif, des programmes maison ont été lancés, notamment en Côte d'Ivoire, avec les planteurs de cacao, afin que la productivité soit revue à la hausse.

Dans ce pays, Barry Callebaut a investi entre 7 et 8 millions de francs pour former les producteurs, leur enseigner les techniques d'entretien et d'enrichissement des sols sans excès de produits phytosanitaires, leur apprendre à gérer au mieux les plants en tenant compte des spécificités de chaque variété de cacao. «Grâce à des techniques de culture plus appropriées, on pourrait facilement doubler ces rendements. Il est de notre responsabilité de former les agriculteurs, de fournir des aides pour accroître les rendements en Côte d' Ivoire et dans d'autres pays ensuite», ajoute Philippe Janvier.

Un travail de longue haleine: la Côte d'Ivoire à elle seule compte plus de 750'000 producteurs, dont les plantations excèdent rarement les 2 à 3 hectares.

Des programmes hors du circuit des ONG

Grâce à ces enseignements, Barry Callebaut espère passer les rendements de 400 kg de fèves par hectare à 800 kg à terme. Et pourquoi ne pas faire appel aux OGM pour arriver plus vite à ces résultats? Les fèves génétiquement modifiées présenteraient des qualités gustatives peu intéressantes, selon les dirigeants du groupe suisse. Et peu de chances de voir des recherches intensives menées en ce sens par les principaux semenciers: le cacao est un marché trop restreint par rapport au soja, au riz, au blé ou à d'autres productions de masse pour attirer les Monsanto, Bayer et autres Syngenta, glisse Juergen Steinemann.

Cependant, ces programmes sont critiqués par certaines organisations qui regrettent le fait qu'ils aient été développés sans caution externe, d'une association de soutien du commerce équitable ou de labellisation des procédés durables. Or, ces dernières mettent au point des programmes similaires: La Tribune cite ainsi Marc Blanchard, directeur général de Max Havelaar France, qui affirme que des politiques de soutiens aux producteurs «peuvent permettre de rééquilibrer l'offre et la demande».

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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