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Banquiers: la fin des salaires mirobolants

Les années fastes sont loin: dans la finance, les rémunérations sont désormais liées aux performances, selon une étude du cabinet Michael Page, dévoilée en exclusivité par Bilan.
  • Neuf offres d’emploi publiées sur dix concernent la Suisse alémanique.

    Crédits: Gaetan Bally/Keystone
  • Directrice de l’ASEB, Denise Chervet milite pour créer un fonds paritaire de formation.

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  • Céline Corletti: «Les banques engagent en priorité des professionnels polyvalents.»

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  • Qui gagne le plus? les rémunérations annuelles moyennes des cadres

«Or on assiste à un changement de génération chez les détenteurs de fonds. Des sociétés sont maintenant capables de présenter des milliers de portefeuilles consolidés de manière graphique sur un iPad. Avec l’arrivée d’une clientèle plus jeune et sensible aux aspects technologiques, il est primordial que les banquiers de Genève puissent soutenir la comparaison», prévient Charles Bruno, consultant senior dans IT (Information Technology) chez le cabinet de recrutement Michael Page à Genève.

Responsable Banque et services financiers pour la même société, Céline Corletti renchérit : «Le monde de la finance est toujours plus technique et réglementé. Les banques engagent maintenant en priorité des professionnels polyvalents, orientés projet, qui maîtrisent la programmation informatique tout en comprenant les produits d’investissement. Genève doit développer son savoir-faire dans cette direction afin de s’imposer au niveau international.» 

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Ces recommandations découlent de l’enquête annuelle de Michael Page sur les rémunérations et les emplois dans le secteur de la finance que Bilan vous présente en exclusivité. Après trois ans de baisse de 2014 à 2017, les rémunérations sont en train de se stabiliser à un niveau en lien direct avec les performances. Les bonus en particulier récompensent en priorité les contributeurs à la création de valeur, par exemple les professionnels chargés de minimiser les risques ou d’optimiser la productivité.

Durant ces trois dernières années, les bonus ont fait un bond de 25,5% dans les fonctions de «Relationship manager» orientées «Hunter», autrement dit les profils qui ramènent des affaires à la banque. Pour cette fonction, la rémunération annuelle moyenne (bonus compris) s’élève à 220 000 francs. Les métiers où les hausses de bonus ont été les plus hautes sont chef du contrôle des risques (+23,8%), chef des finances (+20%), conseiller en investissement (+14,3%) et chef de l’audit interne (13,3%). En revanche, pour les postes de conseil notamment dans la comptabilité en Trust ou la planification financière, les bonus enregistrent des reculs de 27% à 11,5% depuis 2014. 

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Des attentes accrues concernant la polyvalence et l’autonomie des collaborateurs traversent tous les secteurs de la banque. Directrice de l’ASEB (Association suisse des employés de banques), Denise Chervet rapporte : «La personne doit être à l’aise avec la digitalisation des processus. Comme les postes d’assistantes et de support disparaissent, le cadre doit être doté de bonnes compétences sociales et capable de travailler lui-même en réseau au sein de l’entreprise.» 

Des engagements en hausse

Après des années de décrue des effectifs bancaires, la demande est repartie à la hausse en Suisse romande. Les offres d’emploi ont enregistré un bond de 8% sur le premier semestre 2017, avec une forte accélération (+23,9%) entre mai et juin dernier, selon le Michael Page Swiss Job Index. Les budgets de recrutement restent stables mais sont toujours davantage répartis en fonction de la contribution aux gains en valeur.

«Le marché se décrispe en effet progressivement après avoir été figé en raison de deux facteurs : le souci de maîtrise des coûts côté banques et l’attentisme des candidats potentiels compte tenu des incertitudes réglementaires», constate Pascal Pupet, responsable des ressources humaines de la communication chez Gonet & Cie à Genève. Les effectifs bancaires se sont entre-temps allégés des professionnels dont les activités étaient liées au secret bancaire. «Ceux qui ont le plus souffert des mutations de ces dernières années? Certainement les quinquagénaires conseillers d’une clientèle française ou européenne non déclarée, pour des montants inférieurs à 300 000 francs», lâche un observateur. 

Si les affaires reprennent à Genève, le décalage avec Zurich n’en reste pas moins spectaculaire. Entre juillet et août 2017, le nombre d’offres d’emplois bancaires a fait un bond de 2,3% à l’échelle de la Suisse. Mais elles sont loin d’être réparties sur tout le territoire. Neuf offres publiées sur dix concernent la Suisse alémanique. Depuis le début de l’année, elles ont grimpé de 13,5% à Zurich contre quelque 2% dans l’arc lémanique (GE, VD, VS).

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Partout, la demande en spécialistes en informatique se renforce, avec des rémunérations en progression de 15% par rapport à 2016. Un poste ouvert sur cinq en banque à Genève est maintenant destiné à des professionnels IT (Information Technology) pourvus d’une solide connaissance en finance. «Depuis juin, nous voyons des hausses de 10% des offres pour des postes IT en banque. La demande la plus forte concerne des personnes qui maîtrisent toutes les étapes d’un projet, du développement informatique au lancement du produit», commente Céline Corletti. Les profils les plus recherchés sont ceux de chef de projet et «business analyst». Les professionnels présentant ces spécificités cumulent les sollicitations des employeurs. Et, faute de candidats locaux, la Suisse romande doit aussi recruter à l’étranger. 

Compliance et informatique

Parallèlement, la demande en spécialistes de la «compliance» (conformité en français) se maintient à un haut niveau. Cette fonction consiste à vérifier que toutes les règlementations sont respectées. «Les «compliance officers» sont le plus souvent juristes ou viennent de l’audit. Ce sont eux qui contrôlent les transactions, les ouvertures de comptes ou encore les produits financiers. Les mêmes travaillent à la mise en conformité de la banque aux nouvelles réglementations», détaille Marc-Antoine Glauser, partenaire au sein du bureau Alec Allan. Au bénéfice de quelques années d’expérience, un juriste diplômé en compliance peut déjà prétendre à 140  000 francs de rémunération annuelle, d’après un insider. 

«Un profil polyvalent qui appartient aux plus recherchés actuellement s’obtient grâce à une formation d’informaticien de gestion avec soit une première expérience bancaire, soit un master en finance. La certification Avaloq est très demandée car de nombreuses banques ont mandaté cette firme pour de l’outsourcing», indique Charles Bruno. Denise Chervet souligne quant à elle : «Dans le secteur bancaire, les possibilités de formation continue restent pauvres, alors que la technologie change constamment. L’ASEB milite pour la création d’un fonds paritaire de formation, financé par l’employeur et les collaborateurs, qui garantirait davantage de droits d’accès à l’enseignement aux employés.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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