Bilan

Banques: le pari osé de Donald Trump

En remettant en cause la loi qui régulait l’industrie bancaire, le président américain vise à donner un avantage concurrentiel au secteur bancaire américain, tout en relançant le crédit.
  • Donald Trump a décidé d'assouplir la réglementation sur les établissements financiers intervenue suite à la crise de 2008.

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  • Le président américain signe le décret qui amende la loi Dodd-Frank promulguée par Obama en 2010.

    Crédits: Kevin Lamarque/Reuters

Wall Street applaudit, l’Europe met en garde. La décision prise par Donald Trump vendredi 3 février d’amender la loi bancaire Dodd-Frank – visant à limiter l’investissement spéculatif des banques et promulguée en 2010 par Barack Obama – a été diversement appréciée d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. L’American Bankers Association (ABA) s’est félicitée des perspectives de ce réexamen, qui «devrait permettre de libérer le pouvoir de l’industrie bancaire».

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A l’opposé, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, a estimé que «la dernière chose dont nous ayons besoin à l’heure actuelle est un assouplissement de la régulation», considérant la perspective  de retrouver les conditions d’avant la crise de 2008 «préoccupante».

Risque de dérive du crédit

Pour Jean-Paul Jeckelmann, directeur de la Banque Bonhôte, le changement de cap américain remet en cause l’effort du régulateur pour replacer l’industrie bancaire dans son rôle premier de financement de l’économie réelle: «La loi Dodd-Frank a notamment introduit une meilleure séparation des activités bancaires d’épargne et de marchés, réduisant l’utilisation de l’épargne des clients à des fins spéculatives. Si la réglementation était battue en brèche, dans un contexte actuel de baisse des taux d’intérêt comparable à celui de 2007-2008, les banques pourraient être de nouveau tentées de compenser la baisse des marges par une augmentation du volume, c’est-à-dire augmenter l’effet de levier et avoir recours à des prêts ou des placements de plus en plus risqués. Avec le danger de retomber dans le cycle de 2004-2008.»

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Relancer le crédit est précisément le premier but affiché de l’assouplissement de la régulation par l’administration Trump afin d’assurer le financement d’une politique de relance au moment où des tensions se font jour, notamment sur le marché de l’emploi. Une décision qui intervient alors que l’endettement privé (entreprises et ménages) repart à la hausse aux Etats-Unis. La dette sur les cartes de crédit américaines dépasse même les 1000 milliards depuis mi-2016.

Etablissements sous pression

Toutefois, la situation reste moins risquée qu’en 2008. Les ménages américains se sont désendettés de façon significative, de plus de 130% du revenu disponible en moyenne au seuil de la crise, à 110% aujourd’hui, portés en particulier par la chute des taux d’intérêt. D’autre part, plus rapidement et plus massivement recapitalisées au lendemain de la crise, les banques américaines affichent de meilleurs bilans consolidés que leurs homologues européennes. Un avantage concurrentiel que vise à renforcer Donald Trump, alors que les banques européennes peinent déjà à retrouver leurs positions d’avant la crise sur le marché américain.

Pour Jean-Paul Jeckelmann, de Bonhôte, un alignement de la réglementation européenne n’est pas envisageable: «La relative fragilité du système bancaire européen ne permet pas une telle dérégulation. Même active sur le marché américain, une banque suisse consolide ses comptes en Suisse suivant les règles de la Finma. Elle n’aura pas la même marge de manœuvre qu’une banque américaine. Toutefois, l’évolution de la réglementation va mettre du temps à être débattue, votée et appliquée. Le cas échéant, les banques européennes pourront bénéficier d’une image de sérieux et de sécurité accrue qu’elles pourraient valoriser auprès des investisseurs. La crise de 2008 est récente, et toujours dans les esprits. Personne ne veut se retrouver chez le futur Lehman Brothers.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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