Bilan

Banques et start-up: collaborer ou mourir

Si les banques passent trop de temps à construire leurs produits fintechs, les start-up innovantes atteignent rarement la masse d’utilisateurs critique. Seule solution: se rapprocher.
  • Taavet Hinrikus a créé TransferWise en 2011:  le transfert d’argent rapidement et à moindre coût.

    Crédits: Dr
  • Pour Valentin Stalf, de Number26, la banque de demain figurera «parmi les apps mobiles».

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Crédits, transactions mobiles, gestion de fortune… Les start-up fintech attaquent de toutes parts le gigantesque marché financier et bancaire. S’ils ont attiré 38 milliards de dollars d’investissements en 2015, soit plus du double comparé à 2014, ces services financiers disruptifs font face à de puissantes banques traditionnelles, encore largement dominantes. Qui finira par prendre le dessus?

La conférence MoneyConf, organisée en juin dernier à Madrid par le Web Summit, grand-messe technologique européenne, a dressé un panorama des défis que le secteur doit affronter pour séduire la prochaine génération de clients.

«La banque de demain sera celle capable de figurer parmi vos apps mobiles, entre Facebook et Uber, prédit, sur la scène de la conférence, Valentin Stalf, cofondateur de la start-up berlinoise Number26. Il est désormais moins question d’être expert en produits financiers que de savoir créer la bonne expérience utilisateur. Lorsque nous avons démarré en 2013, personne n’était banquier au sein de notre start-up.»

Le jeune trentenaire dirige une des entreprises fintechs les plus courues du moment. Intégralement sur smartphone, Number26 a annoncé une levée de fonds de 40 millions de dollars. Le régulateur des marchés financiers allemands vient de lui accorder sa licence bancaire européenne, ce qui l’autorise à déployer en toute légalité les services proposés par une banque en ligne classique. «Notre avantage? Une structure IT flexible basée sur le cloud, et surtout une agilité à créer rapidement des produits et à les intégrer.» 

Un modèle peu rentable

De quoi inquiéter les établissements traditionnels, souvent pénalisés par leur lourd héritage technologique? Pas si sûr. «De nombreuses banques ont pris le virage numérique et se sont concentrées sur les besoins des clients, par l’intégration d’équipes dédiées à l’expérience utilisateur, rétorque Neal Cross, chief innovation officer de l’enseigne singapourienne DBS Bank. Les divergences entre les services offerts par les fintechs et les banques se réduisent peu à peu, comme on peut déjà le constater en Asie.»

Rares sont les nouveaux acteurs qui atteignent un volume important d’utilisateurs pour compenser les faibles marges des transactions. «Ils stagnent en moyenne autour des 100 000 utilisateurs, ajoute-t-il. Les coûts d’acquisition clients, de compliance et de maîtrise des risques deviennent dès lors trop élevés.» Une grande majorité de ces entreprises innovantes – jusqu’à 80%, avancent certaines études – seraient ainsi vouées à disparaître aussi vite qu’elles sont apparues.

Si elles présentent un modèle économique encore peu rentable, les start-up fintechs répondent aux attentes des natifs digitaux, souvent en quête d’une plus grande transparence des services et d’une expérience utilisateur complète.

TransferWise fait partie de ces pépites actuellement plébiscitées. Fondée en 2011 et comptant aujourd’hui quelque 600 employés, cette start-up qui entend faciliter le transfert d’argent à moindre coût, dans des délais plus courts que les prestataires traditionnels, est valorisée à 1,1 milliard de dollars. Pour son cofondateur et CEO Taavet Hinrikus, il reste de grandes opportunités à saisir liées à la transparence des services financiers, dans les prêts particulièrement.

«Les banques pensent: combien je peux faire payer pour un service qui ne me coûte rien?, tandis que nous pensons: quel est le prix le plus bas que je puisse faire payer», clame-t-il, catégorique, devant l’auditoire de MoneyConf. 

Agir ensemble pour survivre

Neal Cross, lui, constate que de nombreux établissements traditionnels ont compris qu’il ne suffisait pas d’intégrer une dose de médias sociaux, de peer-to-peer et de banque mobile pour établir une stratégie solide de développement. Or, ajoute-t-il, ils doivent encore régler des problèmes d’ego.

«Les banques passent trop de temps à construire leurs propres produits et services fintechs au lieu de se rapprocher de l’écosystème innovant des start-up, pointe le responsable de l’innovation chez DBS Bank. Une façon pertinente d’être flexible, c’est d’accorder des licences, de nouer des partenariats ou de racheter des compagnies fintechs et de les intégrer intelligemment dans sa stratégie.»

D’autant plus que les géants de la tech comme Apple, Facebook et Google convoitent aussi le marché des services bancaires. Agir chacun de son côté se révèle ainsi contre-productif et peut pénaliser tous les acteurs financiers, souligne Claire Calmejane, directrice de l’innovation au sein du groupe bancaire britannique Lloyds Bank.

«Les grandes banques investissent aujourd’hui de façon importante dans leur transformation numérique. Mais l’innovation demeure impossible sans la collaboration de tous les acteurs, soit le gouvernement, les banques, le capital-risque et les sociétés fintechs, pour développer les meilleures façons de satisfaire les attentes des clients et de fournir un accès homogène aux services bancaires.»

D’étroites synergies se développent peu à peu. Dernière en date en Europe: le fonds de capital-risque dédié à la fintech du groupe Santander a récemment annoncé son investissement dans Socure, une des start-up les plus prometteuses dans les solutions de vérification d’identité numérique. Il s’agit de la neuvième prise de participation du groupe bancaire espagnol depuis la création de son fonds en 2014.

Du côté des banques suisses, les géants tels que Credit Suisse et UBS explorent les opportunités des start-up fintechs… surtout à l’étranger. Sur le marché national, les synergies sont encore timides, alors que la scène fintech suisse se développe activement. La Haute Ecole de Lucerne dénombrait plus de 160 start-up fintechs en 2015 en Suisse, contre 24 en 2010. Une montée en puissance qui ne devrait pas laisser les banques suisses indifférentes.

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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