Bilan

Banque Hottinger: les dessous d’une faillite

Le 26 octobre dernier a pris fin, pour la modique somme de 2 millions de francs, une saga bancaire débutée au XVIIIe siècle à Paris. Comment en est-on arrivé là? Nos révélations.

La Banque Hottinger & Cie souffrait notamment de coûts opérationnels trop élevés.

Crédits: Walter Bieri/Keystone

La disparition de la société anonyme Banque Hottinger & Cie, fondée en 1968 à Zurich par un descendant direct de la branche française, est liée à de nombreuses mésententes familiales. Mais pas uniquement. Jugez plutôt.

Les différentes branches de la famille se sont longtemps déchirées pour la contrôler. Jusqu’à ce que la branche aînée, celle du baron Henri (décédé en avril de cette année), en prenne le contrôle en 2008 après de multiples conflits et arbitrages. 

Au cours de l’année 2009, Rodolphe, neveu d’Henri, quitte ses fonctions d’associé-gérant et sort du capital de la banque. Il crée sa propre société financière et ambitionne de s’attaquer à la clientèle américaine. Il sous-traite le back-office et l’informatique au Crédit Agricole. Cela étant, faute d’expertise suffisante, la clientèle n’afflue pas et l’aventure capote. La société sera liquidée entre fin 2013 et début 2015. Rodolphe Hottinger aurait perdu environ 8 millions de francs dans l’aventure. Sa maison de Corsier aurait été mise en vente.

Rodolphe a un frère, Frédéric, avec qui il est fâché. Frédéric travaillait à Nassau où était établie l’une des filiales de la Banque Hottinger & Cie. Voilà deux ans, sur instruction de la Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, la banque a dû se défaire de cette filiale, laquelle a été reprise par Frédéric, de même que les entités de Londres et du Luxembourg. Depuis, Frédéric réside à Nassau.

Venons-en à la cause précise de la mise en faillite de la banque. Voilà quelques semaines, la Finma avait exigé des actionnaires de la banque qu’ils remettent 2 millions de fonds propres. Un montant lié à la fois à ses pertes d’exploitation (environ 300 000 francs par mois) et au règlement d’un litige au Tessin. 

Qui sont les actionnaires de la Banque Hottinger & Cie? D’après nos informations, Paul Hottinger, le père de Rodolphe et de Frédéric, détiendrait environ 20%; sa sœur Véronique Bowder-Raynar environ 20% aussi; ses deux enfants, William et Jonathan, qui étaient actifs chez Hottinger, environ 30% avec la femme de Jonathan; Paul de Pourtalès, un cousin genevois actif dans la banque, 10%; l’hoirie du baron Henri, 10%; et 5% à un certain Patrick Caillard.

L’idée était qu’au moins l’un d’eux fasse un prêt subordonné de 2 millions de francs afin d’obtenir le feu vert de la Finma. Cet engagement personnel devait servir à couvrir les excédents de passif dans le cadre d’une cession des actifs (en l’occurrence la clientèle restante), sauf que la majeure partie de celle-ci était en fait en grande partie en main de tiers gérants.

D’après un proche du dossier, le cabinet d’avocats qui conseillait la famille Hottinger lui aurait laissé entendre que le groupe d’investisseurs, prêt à venir dans le cadre d’une prochaine augmentation de capital devenue urgente, n’aurait pas été accepté par la Finma. Vrai ou faux, nous ne le saurons sans doute jamais.

Toujours est-il que les Hottinger auraient alors demandé à la Finma de prolonger encore le délai pour trouver une solution. Ce que la Finma n’a pas accepté. Le hic, c’est que celle-ci n’avait pas encore reçu le dossier des repreneurs. Dès lors, certains estiment que le rôle joué par le cabinet d’avocats aurait été plutôt néfaste.

La Banque Hottinger & Cie a sauté à la suite d’un triple effet de ciseau. Premièrement, ses coûts opérationnels étaient trop élevés. A Zurich, la banque louait tout un immeuble de six étages alors qu’elle n’occupait qu’un étage et demi. A cela, s’ajoutaient des effectifs (55 collaborateurs) pléthoriques par rapport à la masse sous gestion. En effet, celle-ci avait chuté, passant de 4 à 1,5 milliard de francs en l’espace de cinq ans.

Entre-temps, une partie de la clientèle est soit partie ou soit restée dans la structure créée par Frédéric Hottinger. Il faut ajouter à cela la nécessité de payer pour clore la liquidation de la société financière de Rodolphe (5 millions auraient été pris sur le cash-flow et le capital de la banque). Voilà comment la Banque Hottinger & Cie aura cessé d’exister. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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