Bilan

Avoir peur ou profiter du changement climatique

Ne plus voir le changement climatique sous l'angle des contraintes mais des potentiels: c'est l'invitation lancée par des leaders économiques et politiques depuis Davos.

L'ancien vice-président américain Al Gore se sent «encouragé par ce que l'Europe a pu faire jusqu'à présent» en termes d'environnement.

Crédits: Keystone

Voici quelques jours, la Commission européenne a déçu les défenseurs de l'environnement en revenant sur un package de mesures ambitieuses proposées par les eurodéputés. Pas question pour autant de déprimer selon Al Gore. L'ancien vice-président américain se sent «encouragé par ce que l'Europe a pu faire dans ce domaine jusqu'à présent. Il ne faut pas se focaliser sur la fin des objectifs contraignants».

Le recul de la Commission a été vu comme une victoire des puissants lobbies industriels de l'énergie, inquiets du modèle proposé par les eurodéputés. La peur des entreprises devant les contraintes: voilà souvent l'une des barrières majeures dans le processus de changement du modèle économique. Pourtant, certains industriels réfutent cette peur: «Il faut cesser de voir le changement climatique comme un problème mais une opportunité pour les entreprises», affirme Paul Polman, CEO d'Unilever.

Le succès des labels forestiers

Le dirigeant du géant anglo-néerlandais de l'agroalimentaire l'assure: s'engager sur des voies écologiquement responsables peut apporter un avantage. Et de citer l'exemple des programmes de certification des produits sur la préservation des forêts tropicales: «Le consommateur nous a suivis sur ce point et les produits labellisés ont très rapidement conquis les marchés». Au plus grand bénéfice des entreprises qui avaient choisi de s'engager en pionniers dans cette voie. «Il y a une prise de conscience chez nos clients et nous devons miser sur cet esprit responsable», poursuit le CEO d'Unilever.

Avantage en terme d'image auprès du grand public donc, mais aussi contrats à la clef. Ainsi, en l'absence de programmes internationaux à la hauteur des défis engendrés par le changement climatique, le secteur privé a sa carte à jouer. «En Afrique nous ne pouvons pas attendre: nous nous sommes donc tournés vers le secteur privé pour une assurance climatique. Lorsque nous avons dû faire face à des phénomènes météorologiques exceptionnels, nous avons pu compter sur un déblocage de fonds rapide pour la reconstruction», détaille Ngozi Okonjo-Iweala, ministre des finances du Nigeria.

L'émergence du business model

Peu à peu, les potentiels du marché apparaissent donc clairement. Paul Polman le reconnaît: «Un business model cohérent et rentable émerge réellement depuis un an et demi au maximum, mais il est à la hauteur des attentes et sera bientôt incontournable». Ce qui freine encore ses confrères, c'est le flou dans les politiques publiques dans ce domaine. Il réclame donc «des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre liés à des délais et des partenariats concrets pour les entreprises de la part des Etats».

Mais du côté des Etats, des blocages demeurent. Le président Obama est décidé à aller dans la bonne direction même s'il y a des difficultés au niveau du Congrès, avance Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations unies. Ce dernier réunira les dirigeants des pays membres de l'ONU en septembre  New York et il veut un sommet orienté sur des actions, afin d'arriver à un agenda de mesures claires, quantifiées et avec un calendrier de mise en oeuvre dès 2015. Sur le plan économique, il préconise notamment une inversion des politiques des Etats, des entreprises et des établissements financiers: «Il faut au plus vite réduire voire arrêter les investissements dans les technologies dépassées et polluantes et les réorienter vers les solutions respectueuses de l'environnement».

Et si les avancées technologiques et le marché devançaient ces appels? Al Gore note que «dans quatorze pays, les prix de production de l'énergie solaire sont déjà tombés sous le coût de production de l'énergie selon des procédés traditionnels. Et dans quelques années, la moitié de la population mondiale vivra dans des régions où ce sera le cas». Ceux qui sauront miser sur ces technologies dans les bons pays pourraient prendre une avance substantielle en terme de parts de marché. De quoi aiguiser certaines ambitions et réveiller la fibre environnementale de bien des entrepreneurs.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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