Bilan

Avec son Green Deal, l'Europe confie le gouvernail à ses chercheurs

Face au changement climatique, l'Union européenne et ses partenaires (dont la Suisse) lancent leur Green Deal: un vaste programme pour engager l'ensemble des acteurs de la société et de l'économie vers un modèle durable. Et la science figure au coeur de cette ambition, en faisant confiance aux chercheurs.

Avec son European Green Deal, Bruxelles entend miser sur la transition écologique pour doper sa croissance, et sur la recherche pour accompagner cette mutation.

Crédits: AFP

Alors que Donald Trump appelait mardi 21 janvier à ne pas écouter «les prophètes de malheur», l'Union Européenne s'apprête à leur donner toute leur importance avec son European Green Deal, qui va s'appuyer sur les constats de la recherche scientifique en matière de réchauffement climatique et d'influence humaine sur ce phénomène. Des scientifiques qui alertent depuis 1990, avec un premier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), mais que le président américain refuse toujours de prendre au sérieux.

Du côté européen, l'ambition affichée est de devenir le premier continent neutre pour le climat d'ici 2050. «Le Pacte vert pour l'Europe (ou European Green Deal) est la nouvelle stratégie de croissance pour l'Europe, nous devons agir maintenant», a annoncé Ursula von der Leyen dès l'entame de son mandat de présidente de la Commission européenne en décembre 2019.

Avec 7,5 milliards d'euros pour le fonds dévolu au programme, mais aussi des capacités à entraîner d'autres financements (programmes d’investissement, fonds de soutien de la Banque européenne, financements sectoriels, partenariats privés,…), l'objectif est de mobiliser 100 milliards d’euros entre 2021 et 2027 afin d'accompagner l'ensemble des régions européennes dans la mutation vers un modèle économique moins vorace et destructeur. Un Green Deal accepté le 15 janvier dernier à une très large majorité par le Parlement européen (482 voix pour, 136 voix contre et 95 abstentions).

La Suisse en pointe au sein de l'ERC

Mauro Ferrari. (ERC)
Mauro Ferrari. (ERC)

Mais un Green Deal qui va également miser sur la recherche scientifique, à travers l'European Research Council (ERC). Cet organe qui alloue des fonds à de nombreux scientifiques à travers le continent. En douze années d'existence, ce programme a permis d'allouer des centaines de bourses à d'innombrables chercheurs. Et notamment en Suisse: «Si l'on tient compte du ratio nombre d'habitants/montants attribués, la Suisse est le pays qui bénéficie le plus de ce programme», souligne Mauro Ferrari, nouveau président de l'ERC.

Actuellement, un chercheur de l'EPFL, le professeur Michael Grätzel, qui travaille sur la composition des cellules photovoltaïques, est soutenu par l'ERC. Si ses recherches aboutissent, les panneaux solaires pourraient même être efficaces à l'intérieur des bâtiments!

Et les résultats de cette stratégie de l'ERC sont là: en douze années, les scientifiques soutenus par l'organisme ont vu leurs travaux couronnés par sept Prix Nobel et quatre Médailles Fields (l'équivalent des Nobel pour les mathématiques).

De quoi renforcer la confiance accordée par Bruxelles et ses partenaires aux équipes de recherche scientifique qui œuvrent sur le continent. A fortiori alors que la mutation vers un modèle d'économie plus durable est recherché et que les dangers liés au réchauffement climatique, aux pollutions et à la perte de biodiversité se font plus présents que jamais. «L'ERC est un "game-changer" (NdlR: capable de faire changer de dimension). Nous voulons investir dans les technologies innovantes et disruptives. C’est le seul moyen d’enrayer le changement climatique. Le rôle de l’éducation appuyé sur la recherche est crucial pour que les jeunes générations mais aussi les adultes puissent bénéficier de l’expertise et de la recherche. Il est temps de prendre des actions décisives. Nous pouvons atteindre des résultats si nous combinons nos moyens et coordonnons notre action», avertit Mariya Gabriel, commissaire européenne à l'innovation à la recherche, la culture, l'éducation et la jeunesse.

«Nous avons déjà attribué pratiquement 1 milliard de dollars dans le domaine de la recherche centrée sur le réchauffement climatique. Et ça c’était avant les annonces sur l’European Green Deal», rappelle Mauro Ferrari. Cependant, face aux défis qui attendent l'Europe, certaines voix se sont fait entendre pour une stratégie plus dirigiste de la politique européenne de recherche. «On nous demande souvent pourquoi nous ne disons pas aux chercheurs ce qu’ils doivent chercher. Mais nous faisons l’inverse et écoutons les scientifiques sur ce qu'ils jugent prioritaire. La recherche dirigée ou top-down est importante car elle transforme des découvertes en innovations, mais les vraies avancées, celles qui vont révolutionner une société, viennent de la recherche bottom-up», assure le président de l'ERC.

Et de rappeler que la recherche scientifique a parfois besoin de temps. «Il nous faut beaucoup de données d’abord, puis élaborer un modèle afin de faire des prévisions, puis on confronte les faits à la théorie et on vérifie si le modèle est valide», résume Mauro Ferrari.

Faire dialoguer société civile et chercheurs

Mariya Gabriel. (AFP)
Mariya Gabriel. (AFP)

Pas question pour autant de nier l'urgence climatique portée par la jeune génération et Greta Thunberg en particulier. «La situation actuelle présente des risques substantiels et les limites planétaires ne sont pas une fiction. Nous tentons de les repousser grâce à la recherche. Les efforts de la communauté scientifique sont poussés et simulés par la mobilisation de la société civile et c’est précieux. Je veux rester optimiste, mais il faudra travailler extrêmement dur pour arriver à relever le défi environnemental actuel», avertit le président de l'ERC. Et Mariya Gabriel d'appuyer son propos: «Nous parlons beaucoup du coût de notre action. Mais il faut penser au coût de l’inaction. Il est temps de coopérer, de créer des synergies. Il est crucial de créer des communautés où recherche, société civile, collectivités locales et PMEs peuvent travailler ensemble à faire face à ces défis. Nous avons déjà prouvé dans l’histoire que lorsque les efforts se rejoignent, nous pouvons triompher de défis extrêmement graves. Je veux dire aux jeunes que nous faisons tout ce que nous pouvons pour qu’ils puissent compter sur nous».

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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