Bilan

Au Web Summit, les femmes tentent de se faire une place dans le numérique

Le Web Summit, la grand-messe européenne consacrée aux nouvelles technologies qui se tient depuis mardi à Lisbonne, se distingue par la large proportion de femmes présentes.

Afin d'attirer les femmes, le Web Summit a d'ailleurs proposé des billets gratuits, permettant ainsi à 5.000 femmes de participer à l'événement.

 

 

Crédits: AFP

Présentes partout dans les travées du Web Summit, la grand-messe européenne consacrée aux nouvelles technologies qui se tient depuis mardi à Lisbonne, les femmes surprennent par leur nombre croissant, dans un univers dont elles sont encore traditionnellement assez largement absentes.

Alors que la majorité des grands événements technologiques voient bien souvent une sur-représentation des hommes, reléguant les femmes, dans bien des cas, aux aspects purement relationnels, hôtesses d'accueil ou attachées de presse, le Web Summit se distingue par la large proportion de femmes présentes parmi les visiteurs et même parmi les professionnels présents.

Les organisateurs y ont d'ailleurs contribué, par le biais notamment d'un espace qui leur est totalement consacré, le "Women in tech lounge", un salon réservé aux femmes, ainsi que divers événements réservés, où les professionnelles peuvent se rencontrer et échanger.

"Il y avait des pauses cafés, des sessions réservées, ce sont de réelles occasions de se rencontrer et de discuter, de créer du réseau pour le travail", souligne Carla Barros, directrice stratégie et marketing d'une entreprise brésilienne, venue à Lisbonne pour l'occasion.

Afin d'attirer les femmes, le Web Summit a d'ailleurs proposé des billets gratuits, d'une valeur d'au moins 300 euros, permettant ainsi à 5.000 femmes de participer à l'événement.

"L'année dernière, moins de 20% de nos visiteurs étaient des femmes, nous avons donc décidé de faire un effort significatif dans leur direction et avons réussi à faire monter la proportion à 42%", s'est félicité Paddy Cosgrave, le directeur du Web Summit.

Mais l'événement, qui a accueilli 53.000 visiteurs, a également montré à quel point le chemin est encore long pour que les femmes occupent pleinement leur place dans l'univers de la technologie.

Car parmi les 663 invités qui se sont exprimés sur les différentes scènes, à peine plus d'une centaine étaient des femmes, une proportion qui démontre encore la faible part prise par ces dernières dans les postes de direction des entreprises de nouvelle technologie.

"Même ici, où vous avez un espace qui nous est consacré, vous ne voyez sur scène que des hommes blancs d'une quarantaine d'années qui s'expriment. Il n'y a pas beaucoup de diversité", regrette Maria Inès, responsable du marketing numérique d'une chaîne d'hôtellerie portugaise.

Faire doublement leurs preuves

Une réalité qu'avait déjà souligné, en 2015, une étude réalisée en France par le cabinet EY, en partenariat avec l'association France Digital, qui soulignait que 91% des start-ups hexagonales étaient dirigées par des hommes.

"Nous faisons face à un déséquilibre de genre dans les entreprises technologiques", reconnaissait mercredi Tony Conrad, cofondateur de about.me, un site qui permet de relier entre elles les différents profils de réseaux sociaux d'une personne.

Car l'industrie du numérique dans son ensemble reste largement marquée par une forme de sexisme, qui s'exprime tant dans la place faite aux femmes, en particulier sur les postes à responsabilité, que dans les différences de salaires, à compétences égales.

"Les différences de revenus entre les hommes et les femmes sont assez importantes dans l'industrie, en particulier dans mon pays, et ce même à un niveau équivalent de responsabilité", regrette pour sa part la Brésilienne Carla Barros.

"Plus vous montez dans la hiérarchie, moins les femmes sont présentes. Nous avons encore un long chemin à parcourir et pour l'heure moins d'occasions que les hommes. Pourtant il y a de la place pour tout le monde", estime pour sa part Maria Inès.

Toutes deux l'affirment, le fait d'entrer dans un univers largement créé par des hommes les oblige à faire doublement leurs preuves.

"Il est difficile d'être prise en considération au départ. Si vous parlez comme un homme, ça marche mieux. Mais d'une manière générale, les hommes vont considérer les autres hommes directement comme des partenaires alors que nous devrons prouver bien plus notre valeur", raconte Mme Inès.

S'ils se félicitent d'avoir réussi à attirer de plus en plus de femmes à ce type d'événement, les organisateurs reconnaissent que beaucoup reste encore à faire.

"C'est un problème global et nous faisons partie de cette industrie, nous tentons d'y remédier. Nous savons qu'il nous reste beaucoup à faire et nous y travaillons, en particulier concernant la représentativité parmi les intervenants", assure à l'AFP Mike Harvey, l'un des responsables du Web Summit.

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