Bilan

Au hit parade des pires entreprises, il y avait une suisse

En marge du World Economic Forum, la Déclaration de Berne et Greenpeace Suisse ont élu Goldman Sachs «pire entreprise», Shell a reçu le prix du public. Repower, groupe énergétique basé dans les Grisons, était nominé.
Shell et Goldman Sachs ont remporté le scandaleux trophée de «pire entreprise» 2013. Le premier de la part du public, le second du jury. Mais tous les candidats disposaient d'un haut potentiel. Corruption, conditions de travail désastreuses, atteinte à l'environnement: tels sont les domaines de prédilection des sept entreprises qui étaient nominées. Panel des finalistes.

Repower, du charbon qui sent le soufre
Le groupe énergétique dont le siège se trouve à Poschiavo (GR) peut se vanter d'être la seule entreprise suisse dans le top 7. En cause, sa décision d'implanter une centrale à charbon de 1320 MW à Saline Joniche en Calabre (Italie). Citoyens et autorités de la région concernée s'opposent vivement à ce projet qui, non seulement, serait dangereux pour l'environnement et la population en raison des émissions élevées de CO2, mais qui de surcroît bénéficierait sans doute à la Ndrangheta. La mafia calabraise, parmi les plus influentes du monde, détient le territoire sur lequel Repower projette de construire sa centrale.

Selon plusieurs spécialistes de la lutte contre la mafia, le groupe ne pourra donc pas échapper à des négociations avec ce puissant pouvoir local. Mais il poursuit sur sa lancée et ni les Grisons, ni les nombreuses manifestations des communes de la région concernée ne l'arrêtent, pas plus que le refus du Gouvernement et du Parlement de Calabre. Car Repower ne se trouve pas à proprement parler dans l'illégalité, puisque Berlusconi «avait créé en son temps une réglementation d'exception retirant aux régions l'habilitation à décider elles-mêmes de la création de centrales d'une puissance supérieure à 1000 MW», comme le souligne l'association Zukunft statt Kohle. Une sorte de lex Repower qui permet au groupe de passer outre l'opposition.

Shell, l'or noir à tout prix
La compagnie hollandaise, active dans l'extraction de pétrole et de gaz, traîne derrière elle un triste CV. Pour l'instant, elle se trouve d'ailleurs en tête du vote des internautes. Déjà impliquée dans plusieurs marées noires, notamment au Niger et au Royaume-Uni, Shell peut se targuer d'un fort esprit d'initiative. Elle veut se profiler dans l'Arctique mais déclare à Greenpeace Russie avoir «élaboré plusieurs plans pour gérer correctement l'exploitation de pétrole enfoui sous la glace».

Tout en admettant que les défis techniques et environnementaux «sont immenses». La présence de Shell en Arctique où une de ses plateformes s'est récemment échouée, n'est d'ailleurs pas vraiment concluante. Mais la compagnie fait part d'une volonté à toute épreuve, peu importent les émissions de CO2 dues aux forages qui accéléreraient la fonte des glaces, déjà en hausse en raison du réchauffement climatique.

Quant à une éventuelle marée noire, les plans d'intervention sont «profondément inadaptés» selon le Pew Environment Group, alors que Shell affirme être «en mesure de retirer jusqu'à 90% de toute marée noire qui pourrait survenir en Alaska». Mais la compagnie manque de persuasion.

Goldman Sachs, l'amour de l'escroquerie financière
La banque new-yorkaise possède une qualité indéniable, elle sait garder la tête hors de l'eau alors que tout le monde coule autour d'elle. La crise n'a que peu atteint ce géant de la finance qui affichait en 2011 un bénéfice de 4,42 milliards de dollars. A l'aide de pirouettes financières complexes devenues illégales, Goldman Sachs a permis de dissimuler une partie de la dette grecque au moment de son entrée dans la zone euro au cours des années 2000.

La banque a ensuite parié contre les emprunts de la Grèce. Lorsque celle-ci s'est écroulée financièrement, la banque a empoché un joli pactole. Selon l'ONG Who is saving whom?, la banque a engrangé plus de 10 milliards de dollars grâce à la faillite de la Grèce. Et cette dernière lui doit encore 400 millions par an jusqu'en 2037. Le géant aux quelque 30'000 collaborateurs sort de la crise grandi. Et il peut compter sur un réseau de choix au niveau politique. Mario Draghi par exemple, vice-président de Goldman Sachs International de 2002 à 2005, est désormais président de la Banque centrale européenne. Goldman Sachs possède une grande maîtrise de l'art du réseautage.

Lonmin, du sang et du platine
En Afrique du Sud, la crise du platine fait rage. Les conflits sociaux se sont manifestés par des centaines de licenciements et ont causé de nombreuses morts. Chez le sud-africain Lonmin également, troisième plus grand groupe minier mondial et premier producteur de platine. Contre les mineurs qui ont protesté avec colère pour manifester leur ras-le-bol de travailler dans des conditions extrêmement pénibles pour un salaire de misère, Lonmin n'a pas uniquement eu recours au licenciement.

Le groupe a demandé l'aide de la police, qui a abattu par balles des dizaines de manifestants. Les revendications des mineurs? Un salaire qui permet des conditions de vie décentes, alors qu'ils vivent dans des bidonvilles sans eau courante ni électricité, dans des conditions sanitaires déplorables. Selon l'ONG Groundwork, les «piqueurs travaillent dans des galeries étroites et manient des marteaux-piqueurs de 25 kilos toute la journée. (...) Ils ne peuvent même pas se tenir debout dans les galeries pour travailler». Mais pour Lonmin, compte avant tout le platine.

Alstom, la fièvre acheteuse
Le groupe français d'énergie et de transports n'hésite pas payer pour obtenir les mandats qu'il désire, quitte à se faire pointer du doigt. Mexique, Brésil, Italie, Slovénie, le nom d'Alstom fait le tour du monde des tribunaux toujours pour la même cause, le versement de pots de vin afin de remporter des contrats.

Le 22 novembre 2011, le Ministère public de la Confédération a condamné Alstom Network Suisse SA à payer 36,4 millions de francs de dommages et intérêts pour avoir graissé la patte de fonctionnaires Lettons, Malaisiens et Tunisiens. La Banque mondiale a également exclu Alstom Network Suisse SA d'un projet en Zambie durant trois ans pour des pots de vin versés à des fonctionnaires zambiens dans le but de s'attribuer un marché public. Et avec 19,9 milliards de dollars de chiffre d'affaires, Alstom dispose encore de ressources.

G4S, une armée ingérable
Le plus important prestataire de forces de sécurité au monde, le britannique G4S, est fort de 650'000 employés, dont plusieurs sont des repris de justice selon War on Want. Les hommes de G4S sont envoyés dans plusieurs zones de conflits tels que l'Afghanistan, l'Irak ou encore l'Israël, où ils fournissent notamment leurs services à des prisons qui infligent des mauvais traitements à des prisonniers palestiniens.

En travaillant au sein de territoires sensibles et en accomplissant ses tâches de «sécurité», G4S s'assure de bonnes opportunités en termes de chiffre d'affaires. Mais l'entreprise est également active sur son territoire, puisque qu'elle fournit des personnes aux centres de détention et se charge aussi des expulsions du territoire. Trois agents de sécurité de G4S ont notamment été mis en cause dans le décès d'un réfugié angolais au cours de son renvoi. Faute de preuves concluantes, ils n'ont pas été condamnés. Mais le scandale a entaché G4S, également sous le feu des critiques pour avoir fourni des agents de sécurité incompétents lors des JO de Londres, pour la plupart des adolescents entre 18 et 19 ans, selon la presse britannique.

Coal India, Germinal en Inde
La société indienne détenue par l'Etat est numéro un mondial du charbon. Elle exploite quasiment l'entier des centrales à charbon en Inde, aux dépens de l'environnement et des populations locales. L'exploitation des mines de charbon mène au déplacement de villages entier en raison, entre autres, des gaz toxiques qui se dégagent des feux de charbon souterrains. Et les mines ne souillent pas uniquement l'air, mais polluent aussi l'eau et le sol, ce qui rend les terres non cultivables. L'ONG Urgewald rapporte que des personnes ont été déplacées de force, parfois «jusqu'à cinq fois en 25 ans». Et qu'elles n'«ont toujours pas accès à l'électricité». Un paradoxe pour des populations dont le quotidien est recouvert de suie.
Laureline Duvillard

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