Bilan

Au cœur de l’Atlantique, sur les traces d’une traversée mythique

Il est le dernier survivant des paquebots transatlantiques: le «Queen Mary 2» fait revivre à ses passagers le glorieux passé des croisières de luxe.

  • De Southampton à New York, le «QM2» emprunte la même route que le «Titanic». A bord, la nostalgie et le luxe règnent.

    Crédits: Nivez


  • Crédits: Cunard
  • Crédits: Cunard

Dès vos premiers pas à bord, vous voilà transportés dans le passé. Dans le grand hall du Queen Mary 2, le pianiste joue Chopin au pied d’un immense escalier Art déco. Dans une vitrine, les photos du Titanic ajoutent un brin de nostalgie et de frisson qui ne nous quitteront plus de la croisière. Oui, les plus grandes fortunes du monde ont navigué sur cette même route maritime et ont coulé avec le Titanic en 1912. A l’époque, l’homme le plus riche à bord, l’Américain John Astor, avait déboursé l’équivalent actuel de 90 000 fr. pour occuper la plus grande suite. Un siècle plus tard, à bord du QM2, la chambre équivalente coûte beaucoup moins cher: seulement (!) 30 000 fr. pour 209 m2 en duplex avec terrasse extérieure. Le luxe s’est démocratisé. 

A l’autre bout du «liner» (paquebot en anglais), la chambre «premier prix» est proposée à 2600 fr. pour 2 personnes sur une surface de 14 m2 sans hublot, sans terrasse, mais la literie et le service, impeccables, sont les mêmes partout. Sur le Queen Mary 2, les 1re, 2e et 3e classes ont disparu, remplacées par 30 catégories de chambres et autant de prix différents. Les passagers VIP existent encore, ils ont leur restaurant et une piscine qui leur sont réservés sur les ponts supérieurs, mais les grandes tables restent accessibles à tous les passagers moyennant un supplément raisonnable (39 fr. de supplément pour le dîner, sans les vins). Vingt-quatre heures après avoir largué les amarres, c’est la traditionnelle soirée du capitaine dans la Queens Room. Dans cette grande salle de bal, Christopher Wells prononcera son discours de bienvenue avant le dîner donné au restaurant mythique Le Britannia.

Ce soir pourtant, il y a de nombreux absents, en proie au mal de mer. La tempête Hélène nous a déroutés vers les côtes portugaises et le golfe de Gascogne. Malgré ce changement de cap, le Queen Mary 2 affronte, pour cette soirée de gala, des vents de force 9 et des vagues de 7 m. Etrange sensation de chevaucher l’océan Atlantique en robe de soirée, sur les épaules d’un géant des mers (345 m) au milieu d’une tempête. Les ponts extérieurs sont fermés, on s’accroche dans les couloirs pour ne pas perdre l’équilibre. Dans la grande salle à manger, les rideaux dansent; à l’autre bout de la table, un couple de Français, rencontré hier, nous rassure: «Il n’y a aucun risque», me lance la femme originaire de Versailles. qui capte mon inquiétude. «Je me souviens d’une croisière avec des vents encore plus forts. Ces paquebots sont taillés pour le gros temps.» Quelle que soit la météo, sur un transatlantique, on garde l’attitude et le dress code de célébration.

L’extravagance en gants blancs

A l’époque du Titanic, dont le souvenir est omniprésent, voyager était une aventure en soi. Certains passagers de 1re classe faisaient la traversée uniquement pour faire la fête et passer du bon temps dans des suites somptueuses. Sans but particulier à l’arrivée. Les paquebots rivalisaient alors d’attractions comme les bains turcs, le jardin d’hiver et surtout un programme de divertissements parfois extravagant. Les fêtes grandioses succédaient aux soirées déguisées pour satisfaire les caprices d’une clientèle aisée. 

A l’apogée des traversées de l’entre-deux-guerres, les personnalités publiques: acteurs de cinéma, sportifs, hommes politiques voulaient tous goûter à l’aventure des grandes traversées. Leurs photos en noir et blanc décorent encore les murs du Queen Mary 2, dont les animations ont été adaptées au goût du XXIe siècle. Aujourd’hui, 6 orchestres animent la croisière: jazz, rock country au pub irlandais, comédie musicale au théâtre et même orchestre funky dans la discothèque. 

Que fait-on de ses journées au milieu de l’Atlantique? Chaque jour, une quarantaine de rendez-vous sont proposés, depuis l’atelier d’art floral, le cours de bridge, les visites des cuisines, jusqu’au traditionnel thé anglais servi tous les jours à 16 h dans la grande salle de bal. Le service en gants blancs est parfaitement orchestré. C’est dans cette même salle que les amateurs de danse pourront assister au bal donné chaque soir. Les femmes venues seules ne le resteront pas longtemps: des «taxi danseurs», payés par la compagnie, sont là pour faire valser les ladies avec courtoisie. 

Comme souvent sur le Queen Mary 2, les sujets de Sa Majesté sont majoritaires à bord: 1500 des 2400 passagers sont Anglais, 500 sont Américains, 180, Français, et 20 d’entre nous sont Suisses. Auxquels s’ajoutent 1300 membres d’équipage de 52 nationalités. Pour cette croisière d’automne, on apprendra que 17 chiens ont également embarqué avec une jolie cape signée QM2. On ne les verra pas du voyage, ils disparaîtront sur  leur pont de promenade à l’arrière du navire, fermé au public.

Des journées de 25 heures

Nous voilà au beau milieu de l’Atlantique, loin de la terre. La vitesse est rapide: entre 20 et 25 nœuds, le vent est toujours soutenu, l’air est tiède et sur le canal télé, la température de l’eau affiche 20 degrés! Renseignements pris, ce n’est pas
une erreur, c’est l’effet Gulf Stream. L’Europe s’éloigne et le Nouveau-Monde approche. Pour nous ajuster progressivement au fuseau horaire de New York, les pendules reculent d’une heure chaque nuit. Les journées durent donc 25 heures à bord du Queen Mary 2. C’est aussi cela, le chic des grandes traversées: vivre dans un monde privilégié où le temps est plus long. 

L’engouement actuel pour les croisières au long cours tout comme le succès mondial de la série britannique Downton Abbey reflètent cette nostalgie d’un temps aristocratique où la hiérarchie et sa stabilité régnaient. Cet ordre de classes n’existe plus sur le Queen Mary 2. Le luxe des grandes traversées est aujourd’hui un rêve devenu accessible… Reste le jeu. Celui de se sentir vraiment riche le temps d’une croisière. Et de vivre en dehors du monde, au rythme de l’océan
et de ses envies. 

Nivez C Photoa
Catherine Nivez

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, j’ai migré en Suisse et à Genève ou je vis et travaille désormais sur ma nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

J’ai fait l’essentiel de mon parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, j’ai signé une série d’articles pour le quotidien suisse-romand Le Temps et travaille désormais pour BILAN où je tiens la rubrique mensuelle « Santé & Nutrition ».

Vous pouvez aussi me retrouver sur mes blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs que je côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS mon nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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Xavier Casile, le pubard de la Suisse

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