Bilan

Assurances: le fléau du porte-à-porte

En plus du harcèlement téléphonique, des vendeurs non qualifiés venus de France voisine viennent démarcher en Suisse, souvent sans autorisation de la Finma. Les spécialistes s’insurgent.

Les vendeurs porte-à-porte, peu qualifiés, sont attirés par les commissions touchées à la va-vite.

Crédits: Maskot/Keystone

Les intermédiaires romands en assurances voient rouge. Depuis 2013, un genre nouveau de courtiers inonde le marché: les démarcheurs porte-à-porte, venus de France voisine pour l’essentiel. Le phénomène a pris de l’ampleur avec l’arrivée d’intermédiaires tels que Ranger Suisse, Option One, Royal Trust Consulting ou Free Concept.

Ces sociétés se créent du jour au lendemain et recrutent des frontaliers pour vendre toutes sortes de choses, y compris des polices d’assurance-maladie pour des compagnies telles qu’Assura, mais aussi CSS ou Helsana.

Stefan Zugravu, CEO de Fane Finance à Genève, ne cache pas son agacement. «L’ensemble des courtiers non liés doivent, depuis 2006, être enregistrés auprès de la Finma. Or la quasi-totalité de ces acteurs vendent des assurances-maladie sans être connus de la Finma.» Le spécialiste du conseil financier et fiscal a alerté l’Autorité de surveillance par lettre recommandée, sans succès.

Contactée par Bilan, la Finma souligne qu’elle n’est pas compétente dans le domaine des assurances-maladie de base, surveillées par l’Office fédéral des assurances sociales.

«Mais le nerf de la guerre, ce sont les complémentaires, et celles-là tombent sous la surveillance de la Finma», précise Stefan Zugravu. Pour le reste, la Finma admet que les intermédiaires non liés à des compagnies doivent se faire inscrire au Registre, mais rappelle que ceux qui sont liés à des assureurs n’ont pas l’obligation de s’enregistrer.

Or les vendeurs porte-à-porte sont pour l’essentiel non liés, travaillant pour diverses compagnies. Au profil jeune et très peu qualifiés, ils sont attirés par la perspective de toucher des commissions de 500  francs par contrat. «Ils font du tort à l’ensemble de la profession», estime un courtier de proximité basé à Genève.

Les courtiers assujettis à la Finma sont tenus de former et d’encadrer leurs collaborateurs. Les vendeurs porte-à-porte, eux, «sont formés sur le tas, en quelques jours; ils vendent des produits potentiellement inadéquats», témoigne ce courtier anonyme, qui reçoit au minimum 2 ou 3 e-mails par jour de frontaliers cherchant à se faire engager chez lui.

Harcèlement sans limites

«A la permanence de la Fédération romande des consommateurs (FRC), on constate de gros dégâts suite au passage de courtiers peu qualifiés, témoigne Valérie Muster: des contrats qui se chevauchent, ou plus de contrat du tout suite à une résiliation de l’assurance en cours et à une non-acceptation du nouvel assurance. La FRC appelle de ses vœux un délai de rétractation lors de la signature d’un contrat d’assurance». 

Les courtiers agréés recrutent des éléments disposant au minimum d’un CFC. Ensuite, ils engagent des frais pour leur formation et les envoient parfois en stage auprès des compagnies.

«Je ne les lâche jamais ainsi dans la nature, car il y va de la protection des clients», souligne notre courtier témoin. Pour Stefan Zugravu, «les premiers responsables de cet état de fait sont les assureurs, qui acceptent de collaborer avec ce type de commerciaux. Quant à la Finma, elle est coupable de fermer les yeux sur ces pratiques qu’elle devrait interdire aux compagnies.»

Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC, déplore de son côté que le démarchage téléphonique, lui aussi, ne connaisse plus de limites: «Suite à l’intervention de la Commission de la concurrence, il n’y a aujourd’hui plus d’autorégulation, tandis que le Parlement n’a pas légiféré pour interdire le démarchage téléphonique des assureurs; il est donc à nouveau permis d’appeler sans limites. Attendez-vous à être dérangé au souper!»  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

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