Bilan

Art et blanchiment: les signes qui alertent

Une initiative lancée par des professionnels veut rétablir l’image du marché de l’art en bannissant les risques de blanchiment et de menaces de financement du terrorisme.

«Study of a Head», de Francis Bacon. 47% du chiffre d’affaires du marché de l’art provient des ventes aux enchères.

Crédits: Suzanne Plunkett / Reuters

C’est à l’occasion d’une conférence donnée le 26 janvier en marge du Salon artgenève qui se déroulait à Palexpo, que l’initiative RAM (The Responsible Art Market Initiative) a été lancée. Sa mission? Sensibiliser les acteurs et les collectionneurs d’art aux risques auxquels est confrontée l’industrie et fournir des conseils pratiques sur l’établissement et la mise en œuvre de pratiques responsables pour faire face à ces risques. «Certes, des outils existent déjà mais ils sont en général très réglementaires, donc mal perçus par le marché», indique Pierre Gabus, avocat et président de la Fondation pour le droit de l’art à Genève.

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Ces recommandations ont été élaborées par un groupe de travail comprenant des collaborateurs de la SGS Art Services, de Christie’s, des Ports Francs, de Seydoux & Associés et du Centre du droit de l’art de l’Université de Genève. Elles se veulent évolutives et surtout non contraignantes. «Il s’agit surtout d’indiquer les règles de comportement à suivre dans le marché de l’art», souligne Pierre Gabus. Ainsi, l’initiative RAM liste principalement les «voyants rouges» ou «red flags» concernant le client, l’œuvre ou la transaction qui doivent alerter l’acheteur ou le vendeur sur les possibles risques de blanchiment ou de financement terroriste.

Cash et exposition de l'acheteur comme indices

Parmi ces voyants rouges, il y a par exemple le cas de l’acheteur qui insiste pour payer l’œuvre avec une grosse somme en cash. A savoir qu’en Suisse, le client peut acquérir en liquide un bien jusqu’à 100'000 fr. alors qu’en Europe ce montant est limité à 10'000 fr. Autres risques à prendre en compte: lorsque le client est une personnalité politiquement exposée, une compagnie offshore, un trust ou une fondation.

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Ou quand le client espère vendre à un prix artificiellement bas ou au contraire excessivement haut. «La fixation du prix peut entraîner une suspicion de blanchiment, indique Pierre Gabus. En effet, les prix sont calculés selon de nombreux critères, mais doubler un prix ou au contraire le diviser par deux doit mettre la puce à l’oreille de l’acheteur.»

Depuis quelques années et à la suite de «quelques affaires», le milieu de l’art, notamment en Suisse, a une réputation sulfureuse, regrette Simon Studer, marchand d’art à Genève. L’une des causes vient de l’extrême discrétion des acteurs dans un secteur où l’on exige de plus en plus de transparence, ce qui entraîne inévitablement des suspicions de la part du public non initié. Le fondateur de Simon Studer Art suggère ainsi une meilleure communication auprès du public: «Nous devons expliquer ce que nous faisons afin de rétablir la réputation de ce marché.» Il faut rappeler que les clients ne sont pas tous des investisseurs qui espèrent faire des «coups» mais aussi des passionnés qui veulent exposer une belle œuvre dans leur salon, rajoute le Genevois.

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Chantal Mathez

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