Bilan

Après la pandémie, le WEF avertit d’autres risques systémiques

Dans son rapport 2021 sur les risques globaux publié ce jour, le World Economic Forum revient sur la pandémie qui affecte le monde depuis plus d’un an, mais avertit aussi sur le danger que constituent d’autres risques de long-terme. Et sur les dangers à négliger la préparation d’une réponse adéquate.

Le lit sec de la rivière Gan, dans la province du Jiangxi en Chine, le 5 décembre 2017.

Crédits: AFP

SARS, H5N1, Ebola,… depuis l’aube du XXIe siècle, les alertes épidémiques ont été multiples. Mais c’est en 2020 que le risque s’est concrétisé avec le coronavirus SARS-Cov-2 qui s’est répandu à travers la planète depuis la province du Wuhan et a causé non seulement plus de deux millions de morts, mais également une crise économique grave dans laquelle sont englués de nombreux pays sur Terre.

Cependant, était-il possible de prévoir cette pandémie? Gouvernements, entreprises et autres acteurs de la gouvernance planétaire pouvaient-ils s’y préparer afin de contrer les effets néfastes de cette catastrophe dès les prémices et en limiter l’impact? Selon les auteurs du Global Risks Report 2021 du World Economic Forum (WEF), «en 2020, nous avons vu les effets à ignorer la préparation et à ignorer les risques de long-terme». Ils affirment en effet avoir averti année après années des dangers d’une pandémie d’échelle mondiale et de l’intérêt de mettre en place une préparation adéquate.

L'échec des gouvernants et des organisations internationales

Or, «en dépit de quelques remarquables exemples de détermination, de coopération et d’innovation, la plupart des pays se débattent avec au moins certains aspects du management de la crise, et le monde ne s’est pas encore remis en ordre de bataille pour faire face aux défis», constatent les experts. Et de pointer les échecs de la coordination internationale et des institutions chargées de la réponse face à ce genre de risque systémique: «Derrière l’OMS, d’autres acteurs internationaux ont échoué à mettre sur pied une réponse coordonnée à la crise sanitaire, sociétale et économique. Par exemple, le Conseil de sécurité des Nations Unies a été lent à adopter une résolution pour soutenir l’appel du Secrétaire Général à un cessez-le-feu. Le G7 et le G20, accaparés par des défis intérieurs et bilatéraux, ont également échoué à monter une réponse collective à la hauteur des impacts, même s’ils avaient été en mesure de le faire lors de crises précédentes. Cela a été vu comme un échec initial pour accroître les ressources disponibles pour les organisations financières internationales et suspendre les remboursements de la dette».

Toutefois, le rapport de ce 19 janvier 2021 ne se contente pas de revenir sur les maux de l’année écoulée. C’est davantage sur la démonstration qu’une préparation efficace aux risques de long-terme aurait permis d’atténuer la crise que les auteurs s’appuient. Et sur cette base, ils avertissent avec d’autant plus d’acuité que d’autres risques majeurs menacent la stabilité internationale. Les auteurs classent ces risques (au nombre d’une trentaine) dans cinq catégories majeures: risques économiques, environnementaux, géopolitiques, sociétaux et technologiques.

Certains représentent des dangers immédiats (à un horizon de deux ans), comme la pandémie, les inégalités numériques, des événements climatiques extrêmes, ou encore des attaques terroristes. D’autres risqueraient de déstabiliser la planète à l’horizon de trois à cinq ans, à l’instar d’un krach boursier, d’un conflit international ou encore de la crise des dettes publiques. Et d’autres enfin, dont les effets seraient à prendre en compte à long terme (cinq à dix ans), pourraient représenter des menaces existentielles pour l’humanité… Et ce sont évidemment ces derniers que le rapport pointe en priorité. On y retrouve notamment les armes de destruction massives, l’effondrement d’états ou d’institutions internationales, mais aussi et surtout la perte de biodiversité, une crise des ressources naturelles ou l’échec des politiques de lutte contre le réchauffement climatique.

«Pas de vaccin contre les risques climatiques»

Ces menaces liées à l’environnement, si elles ont parfois été éclipsées par la crise pandémique au cours des douze mois écoulés, sont plus graves que jamais, constatent les auteurs du rapport et les experts sollicités. Ainsi, pour Peter Giger, responsable du risque chez l’assureur Zurich, «le plus grand danger à long-terme reste un échec des actions sur le changement climatique: il n’existe pas de vaccin contre les risques climatiques; la reconstruction post-pandémique devra se focaliser sur une croissance alignée avec l’agenda de la durabilité, afin de sortir renforcés de cette crise».

«Les émissions mondiales de CO2 ont chuté de 9% pendant le premier semestre 2020, lorsque le Covid-19 a mis à l’arrêt forcé pendant plusieurs semaines la plupart des économies. Un recul similaire est requis chaque année de la prochaine décennie pour maintenir les progrès dans la lutte pour limiter le réchauffement à 1,5°C et éviter les pires effets du changement climatique», notent les auteurs du rapport.

Saadia Zahidi. (WEF)
Saadia Zahidi. (WEF)

Plus que jamais, une réponse globale semble être la seule option envisageable pour minimiser les dangers auxquels fait face l’humanité. «En 2020, le risque d’une pandémie mondiale est devenu réalité, quelque chose que ce rapport a mis en lumière depuis 2006, Nous savons à quel point il est difficile pour les gouvernements, les entreprises et autres parties prenantes de faire face à de tels risques à long-terme, mais la leçon, en l’occurence, est pour nous tous d’admettre que les ignorer ne les rend pas moins probables. Alors que les gouvernements, les entreprises et les institutions commencent à sortir la tête de l’eau de la situation pandémique, elles doivent adapter les nouveaux systèmes économiques et sociaux destinés à augmenter la résilience collecte et la capacité à faire face aux chocs tout en réduisant les inégalités, en améliorant la santé publique et en protégeant la planète. Pour contribuer à relever ce défi, l’événement de la semaine prochaine, L’Agenda de Davos (NdlR: événement qui remplace le Forum de Davos reporté cette année pour cause de pandémie), va mobiliser les leaders mondiaux pour définir les principes, les politiques et les partenariats requis dans ce nouveau contexte», explique Saadia Zahidi, directrice exécutive au World Economic Forum.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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