Bilan

Après la découverte de meutes dans le Bas-Valais et le Jura vaudois, quel est le coût du loup?

Entre éleveurs de moutons et défenseurs de l’animal sauvage, une solution harmonieuse est-elle possible? Il en coûterait 7,6 millions pour l’ensemble de la Suisse.

Avec l'identification de nouvelles meutes de loups en Suisse, le débat entre éleveurs et protecteurs de la faune sauvage risque de s'amplifier.

Crédits: Keystone

Pour s’endormir, faudra-t-il plutôt compter les loups que les moutons? Une meute de sept louveteaux a été filmée de nuit, à fin août, dans le Chablais valaisan, dans les vallons de Vionnaz et de Vouvry. Quelques jours plus tard, un autre piège photographique a capté l’image de trois jeunes loups au col du Marchairuz, dans le Jura vaudois, portant à sept grands canidés recensés en terres vaudoises depuis le début de l’année.

C’est la première fois depuis 150 ans qu’est constatée la présence d’une meute constituée dans le canton. Il s’agirait de la huitième meute recensée en Suisse : quatre aux Grisons, deux en Valais et une au Tessin. Un bilan tout provisoire qui ne tient pas compte des individus isolés constatés à Augstbord, près de Rarogne, de la vallée de Conches, du Val d’Illiez, du Val d’Entremont (VS) qui mène au Grand-Saint-Bernard, au Chenit (VD), à Rossinière (VD), etc. En Suisse, deux autres meutes sont dénombrées, l’une dans le massif de Calanda (GR) et l’autre dans le Val Morobbia (TI). Le loup est partout et nulle part.

Un grand chasseur

Selon les chiffres de la Chancellerie valaisanne à Sion, le loup a tué 269 animaux de rente en Valais entre le 1er janvier et le 31 octobre 2018. Novembre et décembre ne sont pas tenus en compte, les moutons étant à la bergerie: «C’est en forte hausse par rapport à la même période de l'an dernier, où le grand prédateur avait fait seulement 46 victimes», assure le Service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF). Parmi les 269 moutons tués, 98 l'ont été dans des conditions protégées, 70 dans des situations non protégeables et 101 sans être protégés du tout.

Le montant total des dégâts enregistrés à ce jour, y compris les soins vétérinaires apportés aux animaux blessés, se monte à 118'450 francs. La Confédération prend en charge 80% du montant. Le loup a également fait des dégâts sur le gibier. Ce sont surtout les cerfs, les chevreuils, mais également les chamois qui ont été attaqués. En tout, 44 animaux morts ont été comptabilisés: «Ce nombre n’est cependant pas représentatif, car une grande partie des victimes demeurent introuvables», explique le SCPF. En hiver, les zones concernées sont difficilement accessibles, soit les jeunes animaux sont complètement dévorés en période de mise à bas ou les carcasses sont dispersées par les charognards.

Deux autorisations de tir ont été délivrées fin septembre, début octobre pour les régions du Haut-Valais et du Valais central. Mais les tirs n'ont pas pu être effectués. Les prédateurs ont été aperçus plusieurs fois par les chasseurs, mais en dehors des périmètres de tir définis par le législateur.

7,6 millions de francs pour l’ensemble de la Suisse

Les mesures prises pour protéger les troupeaux et adapter l’exploitation des alpages ovins sont importants. Selon une étude mandatée par les cantons du Valais et d’Uri après d’un bureau d’experts en économie alpine («Büro Alp»), les coûts peuvent s’élever jusqu’à 7.6 millions sur l’ensemble du territoire suisse. La présence de grands prédateurs dans la même région où les moutons passent l'été pose des défis majeurs aux bergers. Des mesures doivent être prises pour protéger les troupeaux et les exploitations.

Cofinancée par l’Office fédéral de l'environnement (OFEV), l’étude s’appuie sur la comparaison de la situation économique entre treize alpages d’Uri et du Valais avant et après l’adaptation de l’estivage à la présence des grands prédateurs. Les exploitants supportent un surcoût moyen de 18'000 francs par alpage et par saison, ce qui correspond en moyenne à 43 francs par mouton. Le montant du surcoût annuel estimé pour l’ensemble des alpages s’élève à 560'000 francs dans le canton d'Uri et 1.6 million en Valais.

En transposant les résultats de l’étude sur l’ensemble du territoire suisse, le surcoût annuel pour l'adaptation de l'estivage des moutons s’élève à 7.6 millions: «Près de la moitié des surcoûts sont couverts par des paiements directs supplémentaires», assure cette étude. Les exploitants supportent environ 50% des surcoûts, soit plus de 9'000 francs par alpage ovin et par saison, pour un total d’environ 3.8 millions de francs pour l’ensemble des alpages sur le plan suisse.

S’habituer à la présence du loup

Défenseur du grand canidé, le Groupe Loup Suisse (GLS) fait part d’un sentiment mitigé face aux nouvelles meutes en Suisse romande: «D’une part, nous sommes contents que le loup se sente bien. L’arrivée de louveteaux est une suite logique: ceux qui ont été photographiés ont entre trois et quatre mois, ils sont déjà grands et leurs parents vont bientôt leur permettre de chasser; ils vont se disperser, remarque Isabelle Germanier, responsable du GLS pour la Romandie. D’un autre côté, nous sommes un peu inquiets pour leur durée de vie. En Valais elle est moindre que dans les Grisons avec les risques de braconnage et un territoire plus exigu».

La cohabitation est-elle néanmoins possible? «C’est une question de mentalité. Tous les moyens sont à disposition pour dissuader le loup de s’attaquer aux troupeaux, avec les clôtures et les chiens pour lesquels les éleveurs reçoivent des indemnités. Il faudra s’habituer à la présence du loup. L’animal peut couvrir des distances énormes, allant parfois de la Roumanie à l’Espagne, sur des milliers de kilomètres. Il peut parcourir 70 km en une nuit. Il n’y a pas de raison qu’il ne traverse pas la Suisse.»

«Le loup ne s’attaque pas à l’homme»

Malgré les légendes et les contes pour enfants, ce n’est pas un danger pour l’homme, poursuit Isabelle Germanier: «L’homme a fait du loup une bête criminelle et malfaisante. Il a parfois véhiculé des cas de rage, mais c’était il y a 200 ou 300 ans. Ces cent dernières années, on ne déplore aucune mort d’homme. Une fois une promeneuse avec son chien a été attaquée dans les Grisons par un ours, mais c'est le seul cas d'agression sur l'humain par un animal sauvage en Suisse ces dernières années».

Comme tout animal sauvage, le loup s’attaque aux plus faibles comme les moutons, les brebis et les chèvres, et là les dégâts sont parfois considérables: «S’il pénètre dans un enclos, c’est comme un McDonald's à ciel ouvert. Son instinct le pousse à tuer. Dans les Grisons, l’éleveur qui ne protège pas ses troupeaux ne reçoit pas de dédommagement. Il n’en va de même en Valais, regrette le Groupe Loup. C’est un sujet très politisé. On ne devrait pas mélanger les touristes et les troupeaux, cela peut perturber les chiens de protection. La cohabitation est possible, mais elle demande des mesures d’adaptation.»

Oliver Grivat

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