Bilan

Antoine Hubert: «La gestion de la crise du COVID est délirante»

L’administrateur délégué d’Aevis Victoria, Antoine Hubert, déplore la gestion actuelle de la crise du Covid-19.

Antoine Hubert n'approuve pas les mesures actuelles face au Covid-19.

Crédits: DR

Antoine Hubert est à la tête de Swiss Medical Network où travaillent 2500 médecins indépendants dans 21 établissements en Suisse, dont les cliniques Genolier (VD) et Générale-Beaulieu à Genève. Il est également président de Swiss Hotel Properties et administrateur de Victoria Jungfrau qui possède une dizaine d’hôtels en Suisse. L’entrepreneur valaisan est également propriétaire du journal économique L’Agefi. Rencontre.

Bilan: Antoine Hubert, on vous sent en colère ?

Antoine Hubert: Ce n’est pas tant de la colère, mais plutôt de l’incompréhension. J’étais très content de la gestion de la crise à ses débuts par la Confédération qui a pris des décisions qui n’étaient pas trop restrictives, en y allant graduellement et en rouvrant très rapidement les commerces et autres établissements privés. Cependant, la gestion de la crise actuelle est délirante. L’une des grandes erreurs a été de redonner les compétences aux cantons. Car beaucoup d’élus cantonaux sont en campagne électorale à longueur d’année. Certaines décisions sont prises en fonction des sondages d’opinion et non pas des faits avérés. Je ne suis pas un complotiste mais je pense que beaucoup de choses arrangent beaucoup de monde.

La Suisse a pourtant bien géré la crise avec un nombre de morts qui est limité par rapport à d’autres pays ?

En Europe, globalement, tous les pays ont eu la même mortalité. Il faut rappeler que la population européenne est généralement en bonne santé et que le système sanitaire fonctionne bien. Il est vrai qu’en Angleterre, le système de santé ne fonctionne pas correctement ce qui a entraîné une mortalité plus élevée que chez nous. Concernant la Suède, tout le monde a critiqué son approche. Mais je suis persuadé que les statistiques sur 24 mois montreront qu’au final, il n’y a pas eu de surmortalité. Quant aux Etats-Unis, la population a toujours eu une espérance de vie plus basse qu’en Europe, car la population s’alimente mal et le système sanitaire n’est pas coordonné. Il y a un clivage complet entre le privé et le public ce qui a engendré une surmortalité. En Amérique du Sud, les pays sont très peuplés avec des infrastructures sanitaires basiques.

Qu’est-ce qui vous heurte dans les décisions politiques actuelles ?

Les décisions prises jusqu’au mois de mai étaient mesurées et ont permis de freiner la vague de contamination. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation plus liberticide et angoissante que pendant le pic de l’épidémie. Je ne comprends pas ce qui motive les gouvernements à durcir les mesures et maintenir la population dans une atmosphère anxiogène. Certaines personnes vont jusqu’à mettre un masque seul dans leur voiture, c’est délirant. Il faut rappeler qu’il y a une sous-mortalité en Suisse et que l’essentiel des morts sont des personnes qui étaient en fin de vie. On est en train d’hypothéquer toute une génération. Par exemple, nous ne prenons plus de stagiaires dans l’hôtellerie car nous avons dû réduire les équipes et nous ne pouvons plus former de jeunes.

Vous pointez aussi du doigt les pseudo-experts à qui l’on demande sans cesse leur avis ?

On donne la parole à énormément d’experts qui ne travaillent plus, qui n’ont plus de patients entre les mains et qui sont complètement décorrélés de la réalité. On n’a pas assez impliqué les gens du terrain dans cette crise. Egalement au niveau économique, personne n’a demandé l’avis des acteurs économiques, des entrepreneurs, alors que nous sommes dans une crise économique profonde.

Qui est responsable de cette mauvaise gestion générale ?

Les premiers responsables sont les médias qui jouent un rôle vicieux car ils sont en quête d’audience. C’est beaucoup plus accrocheur d’annoncer le nombre de cas positifs plutôt que de donner des chiffres complets qui annoncent que l’épidémie est derrière nous. Les interviews sont souvent menées de façon biaisée. Les médias sélectionnent, voir déforment l’information pour la rendre anxiogène. Et étant donné que les médias ont une influence sur le peuple, les élus prennent ensuite des décisions pour rassurer le peuple. L’Office fédéral de la santé publique (L’OFSP) sort tous les jours des statistiques complètes. Si les médias publiaient ces statistiques dans leur ensemble, en les mettant en perspective, cela suffirait à apaiser les peurs. C’est sous la pression des cantons que le conseil fédéral a rendu l’utilisation des masques obligatoire dans les transports publics. L’OFSP ne l’aurait jamais fait.

Vous êtes propriétaire de l’Agefi. Avez-vous demandé à vos journalistes de mieux faire leur travail?

L’Agefi est un journal qui traite l’information de manière factuelle. C’est l’un des premiers journaux à avoir mené le débat sur le fait de savoir s’il fallait uniquement compter les cas où s’il fallait avoir une vision globale de la situation.

Vous êtes un acteur important du secteur médical en Suisse. Comment avez-vous réagi à cette crise ?

Durant le pic de l’épidémie, tous les acteurs suisses se sont unis et entraidés. Nous avons participé aux dispositifs cantonaux et notre système sanitaire a fait les preuves de sa résilience et de sa flexibilité. Depuis mi-avril, nous avons assisté à une baisse du nombre de malades COVID et repris le cours normal des opérations dès le 27 avril. Aujourd’hui, les postes de soins intensifs sont occupés à environ 2%. On est très très loin de la saturation. Et soudain, on se met à compter les cas au lieu des malades et des morts. On teste de plus en plus de monde, donc on a évidemment plus de cas positifs. Mais ces cas positifs ne sont pas des malades, 90% d’entre eux n’ont même pas de symptômes. Il faut protéger les personnes fragiles certes, mais il ne faut pas imposer des normes sanitaires disproportionnées à toute la population et paralyser ainsi l’économie.

Vous êtes contre le port du masque ?

Quand vous voyez comment certaines personnes portent leur masque, c’est tout simplement inutile. Le personnel soignant, lui, sait comment s’en servir et l’efficacité est indéniable dans les hôpitaux. En les rendant obligatoires au public, les masques provoquent un état de fébrilité et rendent les interactions difficiles. Ils devraient être recommandés pour les personnes à risque mais pas obligatoire, même dans les transports publics. Quand on se retrouve seul dans un wagon, ça n’a pas de sens de devoir porter un masque. Il faut faire appel au bon sens. Cela ne sert à rien d’infantiliser les Suisses, qui sont des personnes responsables.

Vous dénoncez aussi les conséquences économiques désastreuses de ces mesures sanitaires ?

Les gens ne se rendent pas compte du poids du tourisme et du divertissement dans notre économie aujourd’hui. On tue la culture, la musique, le théâtre avec ces mesures. Et le tourisme également. Par exemple, cet été, nous avons eu 150 annulations à Zermatt le jour où le Luxembourg a été mis sous quarantaine. Les hôteliers – notamment les 4 et 5 étoiles - ont dû baisser les prix de leurs nuitées et ont ainsi perdu de l’argent même si beaucoup de Suisses sont restés dans le pays cet été. Mais la saison d’été est mineure pour les hôtels, c’est la saison d’hiver qui compte. Et là, l’hécatombe est à venir car les touristes étrangers, qui sont vitaux pour les hôtels, les commerces et les activités touristiques des stations ne vont pas venir s’il y a des risques de quarantaine ou de contraintes diverses. Je dois dire que dans la gestion du tourisme, ceux qui s’en sont le mieux sortis sont les Italiens qui ont rouvert leurs frontières le 3 juin sans imposer de quarantaine même si le pays avait été fortement touché par l’épidémie.

Vous êtes inquiets pour l’avenir ?

Je suis très serein pour notre groupe, qui est solide et diversifié, mais je suis très inquiet pour l’ensemble de l’économie. Avec les RHT, on maintient en vie certaines activités. Mais, les dommages vont être tels que les RHT ne suffiront plus et de nombreuses personnes se retrouveront sans emploi. L’effet domino sur l’économie sera énorme. Plus on attend, plus la crise sera profonde. Ce qui me fait très peur, c’est que peu de monde en semble conscient.

Un message que vous souhaiteriez faire passer ?

La presse doit être beaucoup plus factuelle et diffuser des chiffres dans leur globalité. Ensuite, il faut arrêter de qualifier tous ceux qui critiquent la gestion actuelle de la crise de corona-sceptiques. Le virus est certes contagieux, mais nous pouvons le gérer et le soigner. Il est aussi important de se renseigner auprès des personnes sur le terrain. Nous travaillons avec 2500 médecins dont l’immense majorité estime que les mesures actuelles sont complètements disproportionnées. Et puis, il faut arrêter d’écouter les médias français. Car la France est probablement le pays d’Europe qui a le plus mal géré cette crise. Les Suisse-allemands sont beaucoup plus factuels alors que la presse romande est plus sensationnelle. Zurich est beaucoup plus souple dans les mesures sanitaires et a compris que l’économie est vitale. Quand vous vous promenez dans les rues, on ne se rend même pas compte qu’il y a une crise. La population n’est pas traumatisée comme en Suisse romande et plus particulièrement à Genève.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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