Bilan

Alzheimer: les petits pas de la recherche

Les cas de démence augmentent chaque année alors que les tentatives de traitement de la maladie avancent très doucement. Quelques opportunités pointent toutefois à l’horizon.

Tim Brockmann, président de l’Association suisse pour la recherche sur l’alzheimer.

Crédits: Lionel Flusin

7 milliards de francs: c’est le coût annuel engendré par les démences en Suisse, selon une étude scientifique mandatée par l’association Alzheimer Suisse. Et ce montant pourrait exploser d’ici à 2050 selon l’OMS, qui prévoit trois fois plus de personnes atteintes de l’alzheimer ou d’autres formes de démence d’ici là. Alors qu’aujourd’hui, 148 000 personnes souffrent de la maladie en Suisse, on estime qu’elles seront 300 000 en 2040.

Au niveau mondial, près de 50 millions de malades ont été recensés, chiffre qui devrait doubler tous les vingt ans en raison de l’évolution démographique. 

Même si le groupe de pharma Pfizer a annoncé la fin de ses programmes portant sur les neurosciences en janvier dernier, l’alzheimer continue d’être un sujet de recherche et développement pour de nombreuses industries médicales et biopharmaceutiques. «Les neurosciences présentent depuis toujours de nombreux enjeux dans la découverte de médicaments en raison de la profonde complexité du cerveau humain et des difficultés à mesurer précisément et objectivement toute évolution, notamment dans la cognition ou la santé mentale», analyse Servaas Michielssens, senior biotechnology analyst de la société de gestion Candriam Investors Group. 

Ainsi, les coûts alloués à la recherche ont été démultipliés ces dernières années dans le but notamment de découvrir les racines de la maladie et de développer des thérapies améliorant le bien-être des patients. «L’industrie biopharmaceutique est face à un dilemme: investir dans la recherche et le développement ou rentabiliser ses investissements pour satisfaire ses actionnaires», explique Andrea Pfeifer, CEO d’AC Immune.

Depuis sa fondation en 2003, l’entreprise lausannoise, cotée au Nasdaq depuis septembre 2016, s’est principalement concentrée sur cette maladie cognitive. Pour l’heure, les tentatives de traitement de la maladie d’Alzheimer se sont soldées par de nombreux échecs, mais les entreprises poursuivent leur programme.

«Tous nos efforts ont été concentrés ces quatorze dernières années sur l’identification et le développement de thérapies potentielles pour cette maladie. Notre principal produit, le crenezumab, est en phase finale d’essai clinique chez les patients (phase 3) avec notre partenaire Roche. Nous espérons que cette thérapie pourrait être «la percée» avec des résultats attendus en 2021», commente Andrea Pfeifer. 

Centre de la mémoire à Genève

«Aujourd’hui, l’alzheimer est au même stade de compréhension que le cancer il y a trente ans. C’est le plus grand défi de la société et nous devons travailler tous ensemble pour améliorer la probabilité de trouver des traitements bénéfiques à venir», rajoute la CEO d’AC Immune. Réunir les fonds nécessaires exige une collaboration entre les décideurs politiques en matière de santé, l’industrie, le capital-risque, les organisations philanthropiques, les universités et les instituts de R&D. Pour l’heure, les principaux acteurs du secteur sont Biogen, Roche, Eli Lilly, Eisai, Amgen ou encore Astra-Zeneca & Co. 

A Genève, le financier et philanthrope Tim Brockmann, à la tête du multifamily office Amadeus Capital, préside l’Association suisse pour la recherche sur l’alzheimer (l’APRA), qui a notamment investi trois millions de francs dans le Centre de la mémoire inauguré en février dernier au sein des Hôpitaux universitaires de Genève. 

L’objectif de ce nouveau pôle – le cinquième en Suisse – est de rassembler de la recherche fondamentale, des essais cliniques, des formations continues ainsi que la prise en charge des patients. «Le projet est de détecter le plus tôt possible la maladie afin de limiter sa progression et améliorer la qualité de vie des patients, explique Tim Brockmann. Très rapidement, des projets de recherche novateurs seront mis en place, comme celui sur le microbiote intestinal, ce fameux deuxième cerveau.» 

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