Bilan

Achats en ligne: les commerçants genevois réagissent

Moins armés que les grands distributeurs pour faire face au développement de l'e-commerce, les petites boutiques genevoises tentent d'unir leurs forces pour gagner en visibilité sur le net. Les premières plateformes voient le jour.

Les commerçants de Carouge ont initié une plateforme commune pour gagner en visibilité sur la toile.

Crédits: Getty

Malgré la détente du taux de change franc-euro, le commerce suisse tarde à se reprendre. Selon l'Office fédéral de la statistique, le retail afficherait sur octobre une baisse de 2.7% par rapport au même mois en 2016, exercice déjà difficile pour la profession.

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Dans le même temps, le commerce en ligne poursuit sa progression. De 7,8 milliards en 2016, il devrait passer les 8,5 milliards cette année, se rapprochant de la barre des 10% de l'activité globale dans le pays. Si les principales enseignes de distribution, ainsi que les grandes marques ont largement développé les canaux de vente en ligne ces dernières années, le petit commerce apparait comme le grand perdant de la mutation des habitudes d'achat.

Une plateforme commune pour les commerçants du canton de Genève

La situation préoccupe les autorités cantonales, en particulier la Direction générale du développement économique, de la recherche et de l'innovation, qui a intégré la question au coeur du plan «Stratégie économique 2030» du canton, comme le souligne Jacques Folly, délégué au développement économique du commerce: «Les petits commerçants n'ont souvent ni le temps, ni les moyens de développer leur visibilité sur internet, ni d'être actif sur les réseaux sociaux. Nous travaillons actuellement au développement d'une plateforme numérique commune sur laquelle les commerçants du canton pourront s'inscrire simplement. L'idée avant même de penser au commerce en ligne est déjà de donner une visibilité à des commerçants dont certains n'ont même pas de site internet. Que chaque commerce puisse au moins se présenter, ainsi que ses produits, sur un outil commun, mais avec une page personnalisée pour chacun. Afin de diminuer et de mutualiser ainsi la gestion des coûts.»

Plusieurs ateliers se sont déjà tenus, dont l'un en novembre, réunissant une quinzaine d'acteurs du secteur. Le canton négocie avec un futur partenaire pour le développement informatique de l'outil, qui pourrait être disponible premier semestre 2018. «Nous ambitionnons de regrouper la majorité des petits commerçants du canton, afin que le consommateur retrouve sur une même plateforme l'ensemble des produits et services dont il a besoin. Alimentaire, textile, mais aussi restauration, offre culturelle. On voit le succès d'une application comme magictomato pour les producteurs de proximité, on peut s'en inspirer pour le commerce.» 

L'exemple carougeois

C'est à Carouge qu'est basée la startup magictomato, qui via sa plateforme web propose aux Genevois l'accès aux produits de plus de 30 producteurs et artisans locaux, pour commande en ligne et livraison le jour même. Et c'est encore à Carouge que les commerçants ont déjà commencé à s'unir pour tenter de gagner en visibilité. Pas de vente en ligne pour la webapp icarouge.ch lancée en octobre, mais un premier pas sur la toile pour certains des 80 commerces déjà inscrits sur les quelques 300 que compte la ville.

Béatrice Berthet, commerçante et présidente de l'association des intérêts de Carouge, est parmi les instigateurs du nouveau service, et recense continuellement de nouvelles adhésions: «L'application fonctionne bien, avec près de 1100 visites par semaine. L'inscription est relativement simple pour le commerçant. Via un formulaire Google, le commerçant rentre les données et sa présentation, des photos voire s'il le souhaite des produits et des promotions. Il peut facilement actualiser lui même sa page.»

Pour Béatrice Berthet toutefois, le chemin à parcourir reste long tant les commerçants en tant qu'intermédiaires sont menacés de disruption: «Aujourd'hui, internet permet de mettre en relation directement producteurs et consommateurs. Dans nos boutiques, on voit de plus en plus de gens venir, regarder un produit, voire même parfois scanner la référence à l'aide du smartphone, pour comparer les prix et commander par la suite sur internet. Si l'on devient de simples showrooms pour les marques, avec conseil et marketing mais sans vendre assez, il faudra à un moment demander aux marques de nous rétribuer pour cela, mais ce n'est pas pour demain. En attendant, l'enjeu, c'est de jouer la carte de la visibilité, de la proximité et du conseil personnalisé pour donner envie d'acheter. Le lien humain dans le commerce reste primordial.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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