Bilan

A quels métiers faut-il se préparer?

Quelles sont les formations qui mèneront aux jobs du futur? cybersécurité, machine learning, métiers de la santé, de l’énergie et de la construction sont en forte demande. L’interdisciplinarité sera un autre atout pour les nouvelles expertises. nos conseils, secteur par secteur, pour réussir dans cette vaste mutation.
Crédits: Konstantin Yuganov/Fotolia

Miser sur les métiers et savoir-faire d’avenir

Un jour, ce sont les notaires voués à la disparition à cause de la blockchain (la technologie de certification sous-jacente au bitcoin). Le lendemain, c’est le tour des avocats menacés d’ubérisation par des plateformes en ligne. Puis celui des médecins concurrencés par des intelligences artificielles capables de diagnostics, celui des journalistes remplacés par des robots, ou celui des traders moins performants que des algorithmes. N’en jetez plus! Déjà difficile pour un jeune et ses parents, l’orientation professionnelle ressemble à un saut dans le vide.

Et les évolutions de carrières à un labyrinthe. De Deloitte à McKinsey en passant par l’OCDE ou le Bureau international du travail, on ne compte plus les études, colloques, etc. sur la mutation que le numérique va imposer au travail. La BBC a même développé un petit programme pour savoir si un métier est à risques sur son site et, ouf, journaliste est au 285e rang sur 336 (le premier est télévendeur, le dernier directeur d’hôtel). Mais bon, il suffit de lire une autre des analyses anxiogènes qui circulent sur les réseaux sociaux pour perdre toute assurance. Mais pas tout bon sens. 

Guide des formations à suivre. 

Chômage technologique: un mythe?

Pour le retrouver, commençons par l’origine de cette fièvre. C’est l’étude publiée en 2013 par Carl Benedikt Frey et Michael Osborne à l’Université d’Oxford, «The future of employment», qui l’a déclenchée. En se servant eux-mêmes de logiciels d’intelligence artificielle, ils ont passé en revue 702 métiers pour en conclure que 47% sont sujets au risque de l’automatisation aux Etats-Unis. Depuis, la même méthodologie a abouti à des chiffres comparables: 48% en Suisse, 42% en Allemagne, etc.

Las, en 2016, l’OCDE a repris ces chiffres en analysant les tâches à l’intérieur de chaque métier. Résultat: seulement 9% des employés en moyenne dans les pays de l’OCDE occupent des postes dont plus de 70% des tâches sont remplaçables par des technologies numériques. La fourchette est donc large. «En Suisse, les estimations du nombre de métiers à risque varient de 10 à 50%», ironise Marco Salvi, économiste chez Avenir Suisse qui vient de corédiger une étude sur ce sujet («Quand les robots arrivent»).

L’îlot de travail helvétique?

«On lit beaucoup de choses sur la mutation, voire la fin du travail, poursuit Marco Salvi. Mais la réalité est qu’en Suisse on n’a pas encore constaté de changement important. Les formes de «travail atypique», telles que les emplois à durée déterminée ou le télétravail, restent limitées. L’ubérisation est marginale.» De fait, même aux Etats-Unis, elle ne concerne que 0,5% des travailleurs pour un temps plein et 3% pour une activité complémentaire. 

L’étude d’Avenir Suisse relève même que plus d’employés sont au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée (91%) qu’en 1990. Si les temps partiels ont augmenté (35% des emplois), rien n’indique, en Suisse, qu’il s’agisse d’une forme de précarisation. Enfin, si les robots prenaient notre travail, on aurait dû constater une augmentation de la productivité. A 1% de croissance par an, elle est au contraire une des plus faibles de l’OCDE.

Voilà pour la photo du passé immédiat dans une économie où le taux de chômage est de 4,9% et où 7,3 millions de nouveaux emplois ont été créés entre 2006 et 2016, même si environ 6,7 millions de relations de travail ont été résiliées. Beaucoup de ces jobs sont liés au numérique. Ce passé est-il pourtant une garantie d’avenir? 

Directeur du secteur de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, Stefano Scarpetta confesse que l’accélération technologique, et en particulier l’émergence récente de l’intelligence artificielle, a amené l’organisation à reprendre ses chiffres d’il y a deux ans pour conclure que le nombre de jobs à risque serait plutôt de 13 à 14%, voire de 17 à 18% dans des pays très manufacturiers comme l’Allemagne. 

«Dans le secteur productif, on est passé de 83  000 robots en 2003 à 250  000 en 2016 et on en prévoit 500  000 à l’horizon 2020 avec des coûts tombés entre 10 et 20 dollars l’heure.»

Le temps du slashing

Senior economist au Bureau international du travail, Irmgard Nübler tempère en constatant l’émergence des cobots, les robots qui travaillent avec les employés. «En Allemagne, leur introduction permet de personnaliser les voitures premiums, ce qui tend à recréer des jobs.» Stefano Scarpetta ajoute qu’il ne faut pas oublier que le temps de déploiement de ces systèmes est souvent plus long que prévu. «Les voitures autonomes sont prêtes, pas les infrastructures.»  

Chasseur de têtes et coach en développement de carrière chez Jobprofile à Lausanne, Leslie Eusebe relève cependant qu’au-delà des technologies, c’est tout l’écosystème du travail qui est aussi bouleversé par les changements socioculturels. «La notion de temps de travail disparaît, de même que celle de lieu de travail. L’organisation passe de hiérarchique à en réseau. Les compétences changent avec un travail plus morcelé à la tâche ou par projet.» 

Admettons. Mais comment réconcilier cela avec l’absence de changement constaté par Avenir Suisse? D’abord, il y a quand même un changement significatif. Le nombre de personnes occupant plus d’un emploi a doublé en vingt ans pour atteindre 8%. En d’autres termes, ce qu’on appelle le «slashing» se développe. En outre, comme le relève Stefano Scarpetta, «la crise a retardé l’évolution, les formes de travail atypique en ayant été les premières victimes, mais elles repartent». Enfin, Leo Marty, directeur d’Universum Suisse qui analyse chaque année les motivations de 10  000 professionnels, observe que «les start-up ont désormais une énorme influence sur les attentes des employés en matière de travail».

Dossier à retrouver en intégralité dans le numéro de Bilan disponible dans les kiosques jusqu'au 17 janvier 2018.

Camille Andres

JOURNALISTE

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