Bilan

A quand la création d’un hôpital romand?

Deux politiciens, à Genève et dans le Jura, exigent la mise en réseau de tous les hôpitaux romands afin d’éviter une politique sanitaire à deux vitesses.

Pascal Couchepin

Crédits: Dr

La Suisse est en train de redessiner sa politique de la santé. Des petits hôpitaux fermeront leurs portes ou réorienteront leurs activités. D’autres, plus grands se spécialiseront dans les soins aigus. La médecine ambulatoire continuera de se développer. Les collaborations entre hôpitaux régionaux et universitaires et entre centres hospitaliers universitaires  (les HUG et le CHUV montrent la voie à suivre) se multiplieront par-dessus les frontières cantonales. Le paysage sanitaire changera donc ces prochaines années. 

C’est dans ce contexte qu’un député genevois au Grand Conseil lance une proposition choc. Dans une motion - pas encore traitée - Patrick Saudan demande que le Conseil d’Etat de Genève s’engage pour élaborer une convention intercantonale visant à mettre en réseau toutes les structures hospitalières de Suisse occidentale. Chef du Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé, Mauro Poggia est favorable à cette idée: «Elle doit viser à permettre le déplacement des compétences, donc des médecins, des hôpitaux universitaires vers les hôpitaux régionaux pour couvrir leurs besoins.»

Patrick Saudan connaît bien le sujet: il est médecin aux Hôpitaux universitaires genevois. Sa réflexion est partie de sa propre expérience: «Les ressources commencent à manquer et touchent davantage les zones périphériques que l’arc lémanique. Je l’ai constaté lorsque mon service a dû envoyer dans l’urgence un néphrologue dans un hôpital régional.» Et de poursuivre: «Une répartition efficiente des activités médicales permettrait d’assurer la même qualité des soins dans toute la Suisse occidentale afin de contrer une médecine à deux vitesses entre grandes agglomérations et régions périphériques.»

L’an dernier, le Genevois a tenté de convaincre d’autres députés libéraux-radicaux romands pour qu’ils relaient sa proposition dans les autres cantons. A ce jour, seul le Jurassien Alain Bohlinger a répondu positivement, déposant un postulat en septembre afin que le Conseil d’Etat de son canton pousse à la réalisation d’une mise en réseau des hôpitaux romands. De son côté, la Conférence latine des affaires sanitaires et sociales (Class) cherche aussi des solutions.

«Notre volonté est de mieux répartir les prestations entre cantons. Ces derniers ont accepté d’évaluer leurs besoins afin de pouvoir aboutir à une meilleure planification», explique le conseiller d’Etat jurassien Michel Thentz, qui a présidé la Class l’an dernier. 

Dix sites suffiraient

Une collaboration beaucoup plus étroite pourrait-elle aboutir à la création d’un hôpital romand sous la forme d’un établissement commun comprenant plusieurs sites répartis dans l’ensemble des cantons? «Nous n’échapperons pas à ce débat», estime Mauro Poggia.

«C’est une bonne idée, qui reste utopique, affirme Ignazio Cassis, conseiller national libéral-radical et président de l’Association curafutura, qui regroupe quatre caisses maladie. Il n’en demeure pas moins que les hôpitaux publics auraient tout intérêt à suivre l’exemple du secteur privé qui a rassemblé nombre de cliniques autour de quelques grands acteurs comme Hirslanden, Genolier et Lindenhof. Une concentration des forces permet d’importantes économies d’échelle.»

Le libre choix de l’hôpital par le patient et le paiement des actes médicaux selon un calcul forfaitaire mettent désormais les hôpitaux en concurrence. De l’avis d’experts de la santé, la taille idéale d’un établissement de soins aigus est évaluée entre 300 et 600 lits. Autrement dit, environ 10 sites pourraient suffir à couvrir les besoins de la Suisse romande.vUne révolution est en marche. Mais elle suscite beaucoup d’inquiétudes, comme le montrent les conflits qui secouent Neuchâtel, Fribourg et le Valais autour de leur planification hospitalière.

«Il y a trop d’hôpitaux de soins aigus»

L’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin soutient la mise en réseau des hôpitaux romands pour des questions de qualité des soins et de réduction de charges.

La proposition de mettre en réseau les hôpitaux romands est-elle une bonne idée?

Il faut aller dans cette direction pour mieux coordonner les prestations afin d’améliorer la qualité des soins et réduire leurs charges. L’impulsion doit d’abord venir des directeurs des hôpitaux, qui peuvent pousser à une meilleure collaboration. Sans cela, les acteurs politiques ne peuvent pas agir.

Cela peut-il déboucher sur une structure juridique commune comme vous l’avez proposée en 2005?

Quand je vois les difficultés des cantons romands de gérer leur promotion économique commune, je ne vois pas les hôpitaux s’unir dans une telle structure avant quinze ou vingt ans. Pourtant, cette dernière aurait du sens.

La Suisse compte-t-elle trop d’établissements de soins aigus?

C’est incontestable, sur le plan suisse et au niveau romand. Mais les cantons doivent surmonter de nombreux obstacles lorsqu’ils veulent fermer des sites comme le montrent les exemples fribourgeois, valaisans et neuchâtelois.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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