Bilan

A l’ère Trump, des opportunités pour les entreprises suisses

La Suisse a des chances à saisir dans plusieurs secteurs: fintech, médias, sport tech... Mais l’inquiétude demeure quant à la politique ultraprotectionniste initiée. Reportage à New York.
  • Jean-Claude Biver (CEO de TAG Heuer): «Le climat positif se ressent dans les ventes.» 

    Crédits: Dr
  • Markus Schneider (fondateur de Lenditapp): «L’ère Trump est plutôt excitante.»

    Crédits: Dr
  • Markus Schneider (fondateur de Lenditapp): «L’ère Trump est plutôt excitante.»

    Crédits: Dr
  • Oliver Haugen, responsable du consulat scientifique Swissnex à New York.

    Crédits: Huc

Réduction de l’impôt sur les sociétés, dérégulation financière et investissements dans les infrastructures: les promesses de Donald Trump font souffler un vent d’optimisme sur les marchés financiers – le Dow Jones a progressé de 15% depuis son élection – mais aussi sur les indices de production et de consommation américains, ouvrant également la voie à des opportunités d’affaires.

A New York, des entrepreneurs helvétiques témoignent sur la façon dont les entreprises et les start-up suisses peuvent actuellement tirer leur épingle du jeu. «Contre toute attente, la Bourse américaine n’a cessé de monter pour atteindre des records historiques, rappelle Jean-Claude Biver. Quand la bourse monte, c’est en général bon pour le luxe.» Pour le CEO de TAG Heuer, qui se rend jusqu’à une dizaine de fois par année aux Etats-Unis, le marché américain gagne en importance, puisqu’il occupe un rang primordial pour l’horloger. «Le fait que les actions montent instaure un climat positif qui se ressent dans les ventes. Je pense que 2017 sera une année meilleure que 2016 dans le monde, et aux Etats-Unis, poursuit-il. L’horlogerie suisse pourra en bénéficier.» 

Des échos positifs

Au sein de WeWork, l’un des espaces de coworking les plus prisés de New York, le Suisse Jonathan Sabbagh dirige Fenrir Advisory Services, un intermédiaire spécialisé dans le marché secondaire d’actifs illiquides, soit notamment des résiduels de la crise des subprimes de 2008. Pour lui, il est évident que «les banques d’investissement vont être encouragées à reprendre du risque, après avoir passé les huit dernières années à se focaliser sur la compliance et le risk management». La politique de Donald Trump, plutôt imprévisible, constitue une opportunité pour son segment particulier: «A long terme, ce sera positif pour notre activité car elle repose sur la volatilité.»

Même son de cloche du côté de la start-up suisso-américaine Lenditapp. Active dans le prêt aux petites entreprises, elle grandit au sein d’un espace de travail spécialisé dans la fintech, au cœur de Manhattan. «Pour notre industrie, l’ère Trump est plutôt excitante, témoigne son fondateur Markus Schneider. Les banques ont subi le poids important de la loi Dodd-Frank. A la suite de la crise de 2008, elles se sont retirées en masse du prêt aux petites entreprises. Si votre cote de solvabilité se situe à moins de 720, ce qui est plutôt élevé, elles ne vous adresseront même pas la parole. Ces nombreuses restrictions qui empêchent de prêter aux petites structures devraient désormais être allégées.» 

Médias, sport et infrastructures

Si le hub financier de New York bouillonne aujourd’hui d’opportunités, les autres écosystèmes innovants ne sont pas en reste. «Au-delà de la fintech, les secteurs des médias et de la sport tech, soit les technologies liées au sport, ont pris une grande ampleur et ont également séduit des start-up suisses», constate Oliver Haugen, responsable du consulat scientifique Swissnex à New York, une plateforme qui crée des ponts entre la Suisse et la métropole américaine pour valoriser l’innovation et la recherche helvétiques.

Les caractéristiques urbaines de New York, ainsi que la volonté du gouvernement Trump de réindustrialiser le pays, placent le secteur des infrastructures également sous les projecteurs. «Swissnex va se pencher davantage sur cette thématique dans les prochaines semaines, poursuit-il. La Suisse comporte de grandes entreprises et start-up dans
le domaine qui voudront certainement conquérir une part de ce marché.» 

Protectionnisme: la Suisse exposée

Mais attention à la gueule de bois. L’euphorie entrepreneuriale et l’optimisme des marchés pourraient laisser place à des lendemains qui déchantent. «Maintenant que les banques ont moins peur de prêter, pour nous en tant qu’entreprise c’est positif car des systèmes comme Lenditapp seront nécessaires pour faire baisser les coûts, notamment, souligne Markus Schneider. Mais des conséquences inattendues peuvent surgir en tout temps. La société américaine et son monde des affaires fonctionnent en dents de scie. Nous devons être prêts au fait qu’une croissance rapide peut être suivie par un krach, selon les décisions des autorités.»

Des chefs d’entreprise suisses implantés à New York pointent unanimement le plan de réforme américain qui vise à taxer plus lourdement les importations. Une révision des droits de douane qui ne serait pas sans conséquence critique. La Suisse pourrait être exposée à la politique protectionniste des Etats-Unis et se retrouver dans la ligne de mire de Donald Trump. La raison: elle n’a jamais autant exporté vers le sol américain. En 2016, 31 milliards de francs de biens suisses y ont été exportés pour 14 milliards de francs de produits américains importés en Suisse.

«La voie protectionniste que veut engager Donald Trump aboutira probablement, d’une part, à une augmentation du coût de la main-d’œuvre, analyse le spécialiste des positions illiquides Jonathan Sabbagh. D’autre part, avec des taxes d’importation alourdies pour certains partenaires commerciaux, c’est le consommateur américain qui va payer. Au final, ces mesures finiront par affecter autant les activités commerciales internationales que l’économie des Etats-Unis.» 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Du même auteur:

Une PME en héritage: les clés d’une relève familiale réussie
Comment Cenovis s’attaque au marché alémanique

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."