Bilan

A bout de patience, Bruxelles durcit le ton face à Athènes

La Commission européenne a rejeté la nouvelle proposition de réformes présentée par Athènes la veille.

Les relations entre MM. Tsipras et Juncker (ci-dessus) se sont dégradées après une rencontre il y a tout juste une semaine à Bruxelles pour tenter de débloquer les négociations.

Crédits: AFP

La Commission européenne a haussé le ton mercredi face à Athènes et rejeté la nouvelle proposition de réformes présentée la veille, sur fond d'incertitudes sur une rencontre du Premier ministre grec, Alexis Tsipras, avec d'autres dirigeants européens en marge d'un sommet à Bruxelles.

Le verdict de la Commission est tombé 24 heures après qu'elle a reçu une contre-proposition grecque: "les dernières suggestions faites (par Athènes) ne reflètent pas les discussions" entre le Premier ministre grec, Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a asséné l'exécutif européen, le seul créancier de la Grèce à avoir publiquement réagi.

Pire, le document remis mardi aux créanciers, UE et FMI, ne va pas non plus dans le sens des "discussions lundi entre (le commissaire aux Affaires économiques, Pierre) Moscovici et des représentants grecs", dont le chef de file des négociations politiques Euclide Tsakalotos, a insisté le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas.

Mardi, la Commission avait voulu croire un accord "possible dans les jours prochains", à condition toutefois qu'il y ait "moins de tactique, de manoeuvres et plus de travail sur la substance" de la part des autorités grecques.

Une déclaration en forme d'avertissement de la part de la Commission, qui a jusqu'ici plutôt fait preuve de bienveillance à l'encontre de la Grèce et veut à tout prix éviter un "Grexit", une sortie du pays de la zone euro.

D'un accord sur les réformes à mettre en place en Grèce dépend le déboursement de 7,2 milliards d'euros, promis de longue date et en suspens depuis des mois. Les créanciers, UE et FMI, doivent donner leur feu vert puis les 19 pays de la zone euro, à l'unanimité.

Mais le temps presse: les caisses grecques sont quasiment vides et le pays doit rembourser près de 1,6 milliard d'euros au FMI le 30 juin, date à laquelle arrive aussi à son terme son plan d'aide.

Après avoir usé la patience de plusieurs de ses interlocuteurs, Berlin en tête, Athènes semble avoir perdu la confiance de l'exécutif européen et de son président, qui a longtemps été le patron de la zone euro. A ce titre, il a suivi le dossier grec depuis le début de la crise en 2010.

COUP DE FROID

Les relations entre MM. Tsipras et Juncker se sont dégradées après une rencontre il y a tout juste une semaine à Bruxelles pour tenter de débloquer les négociations, qui achoppent sur les modalités d'une réforme des retraites et une hausse de la TVA sur l'électricité, deux lignes rouges pour Athènes.

Alors même qu'"un accord sur l'excédent primaire budgétaire semblait acquis", Athènes a proposé mardi un chiffre de 0,75% alors que ses créanciers tablaient sur 1%, a souligné un responsable européen, sous couvert d'anonymat.

Or, "tout dépend de l'excédent", explique une source européenne, car ce chiffre conditionne le montant des économies budgétaires annuelles à réaliser par la Grèce.

"Le travail se poursuit au niveau technique afin d'essayer de combler l'écart entre les différentes positions et créer les conditions pour un accord unanime des 19 membres de la zone euro", a indiqué la Commission européenne, qui suggère à Athènes de remplacer certaines mesures par d'autres ayant le même impact budgétaire.

En attendant, la dégradation des relations entre Bruxelles et Athènes survient au mauvais moment pour M. Tsipras qui se trouve dans la capitale européenne mercredi pour un sommet réunissant des chefs d'Etats européens, latino-américains et caribéens.

Initialement, il devait saisir cette opportunité pour rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel, qui s'implique fortement dans les négociations aux côtés du président français François Hollande. Aucune rencontre en bilatérale ou trilatérale n'était confirmée mercredi. Quant à M. Juncker, il a jugé qu'une rencontre avec le dirigeant grec serait "une perte de temps".

Côté européen, seule une rencontre avec le président du Conseil, le Polonais Donald Tusk, est inscrite à l'agenda de M. Tsipras à 11H30 GMT. M. Tsipras a rencontré dans la matinée le ministre des Affaires étrangères de l'Argentine, pays qui a connu une situation de défaut de paiement.

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