Bilan

A quand une union du secteur horloger?

Alors que la branche traverse une crise majeure, les guerres intestines empêchent Genève de devenir la capitale de l’horlogerie.

  • Watches & Wonders 2021 – anciennement SIHH (en photo, l’édition 2019) – ne sera pas ouvert à toutes les marques.

    Crédits: Salvatore di Nolfi/keystone
  • Carlo Naldi. L’organisateur du Swiss Creative Lab lance un salon prévu pour février 2021.

    Crédits: Dr

Faire de Genève la capitale de l’horlogerie et du luxe en organisant une «grande fête» durant une semaine où tous les acteurs de la branche se réuniraient pour mettre en avant leur métier et faire vivre le secteur. C’est le rêve de beaucoup de marques qui souhaiteraient participer à la grande foire horlogère Watches & Wonders qui se prépare en avril 2021 à Palexpo. Pourtant, la Fondation de la haute horlogerie (FHH) qui détient le monopole des lieux se montre peu encline à ouvrir sa manifestation aux marques qui exposaient auparavant à Baselworld. Certes, des discussions sont en cours pour intégrer les quatre grandes manufactures indépendantes que sont Rolex, Patek Philippe, Chopard et Chanel. Cependant, outre les marques du groupe Richemont et le Carré des horlogers qui accueille des exposants indépendants, le salon ne s’ouvre pas aux centaines d’acteurs de la branche qui auraient pourtant besoin de visibilité pour survivre en ces temps difficiles.

En effet, alors que les salons horlogers ont tous été annulés cette année à la suite de la crise du Covid-19 et que Baselworld a dû mettre la clé sous la porte, de nombreuses marques se retrouvent dépourvues d’événements où présenter leurs nouveautés, rencontrer leurs clients et les médias et réaliser une grande partie de leur chiffre d’affaires. Watches & Wonders – anciennement SIHH – est prévu en principe en avril 2021 sous la houlette de la FHH, détenue en partie par le groupe Richemont. Selon nos sources, de nombreuses marques souhaitant participer à cet événement ont reçu de la FHH une fin de non-recevoir pour des raisons «d’organisation» et de «délai très serré».

Plusieurs projets

Depuis trente ans et le lancement du SIHH, la FHH et le groupe Richemont bénéficient d’une exclusivité annuelle sur tous les événements horlogers qui se déroulent à Palexpo. De ce fait, Carlo Naldi «espère vivement qu’une attitude collaboratrice et raisonnable soit établie avec la FHH et les autres acteurs œuvrant sur Genève afin de favoriser tout l’ensemble du secteur horloger dans un esprit rassembleur et non monopolistique». Ce dernier, qui a organisé pendant dix ans le Swiss Creative Lab en marge de Baselworld, lancera du 1er au 7 février un nouveau rendez-vous annuel dédié aux marques indépendantes. Le lieu de ce nouveau salon dénommé «Imagination» est encore à définir. L’organisateur souhaiterait accéder à Palexpo mais attend le feu vert de la FHH.

Christian Wipfli et Marc Angebault ont également essayé d’organiser un événement horloger à Palexpo, mais la FHH n’est pas entrée en matière à ce stade. Ces professionnels de l’événementiel, organisateurs notamment du Salon nautique à Palexpo, connaissent très bien les lieux. Mais leur propre salon – Time to Watches – se tiendra au Swiss Tech Convention Center de l’EPFL, aux mêmes dates que Watches & Wonders. «Si l’opportunité devait se présenter à Palexpo, nous pourrions y aller. Notre projet est flexible, nos stands modulables», expliquent les organisateurs. Pour l’heure, ils souhaitent attirer entre 200 et 300 exposants – des marques indépendantes – sur les 10 000 m2 d’espace qu’ils ont à disposition.

De l’autre côté de la Sarine, MCH Group n’a pas dit son dernier mot. L’organisateur de foires et salons a récemment présenté le concept Houruniverse qui doit succéder à Baselworld. L’idée est d’accueillir entre 250 et 350 exposants dans le secteur de l’horlogerie – connectée également -, et de la joaillerie. «Le concept MCH, c’est aussi une plateforme digitale active toute l’année qui sera disponible d’ici à la fin de l’année, explique Michel Loris-Melikoff, directeur de Baselworld. L’événement est consacré aux détaillants et aux clients qui pourront découvrir de nouvelles marques, trouver des solutions pour leur plateforme de commerce en ligne ainsi que pour la gestion du second marché, en plus des expositions spéciales. Une fois par année, au mois d’avril – aux mêmes dates que le salon genevois –, il y aura un événement à Bâle dans la halle 1, plus accueillant et accessible financièrement, un peu comme Art Basel, avec du béton, des stands plus ouverts, modernes et abordables, des fêtes et des lieux intégrés de networking pour permettre à la communauté de se rencontrer.»

Durant ce temps, les marques du groupe LVMH – dont Hublot, TAG Heuer, Zenith et Bulgari, pourtant membres de la FHH – ne peuvent pas non plus intégrer le salon Watches & Wonders. Elles ont mis sur pied des rencontres avec leurs détaillants au Fairmont Grand Hotel Geneva durant la période du salon. D’autres marques, telles Audemars Piguet, Van Cleef & Arpels ou Richard Mille se sont retirées des salons pour créer leur propre événement. Quant au Swatch Goup, qui avait claqué la porte de Baselworld en 2019, il prévoit en principe d’organiser son propre salon en mars à Zurich.

Pourtant, en pleine crise du Covid, prendre le risque de faire venir les détaillants et les journalistes à deux ou trois reprises en Suisse ne semble pas raisonnable, estiment nos différents interlocuteurs. Selon eux, les acteurs de la branche devraient s’organiser pour obtenir une concordance des dates et penser à l’intérêt des visiteurs. «Des dizaines de milliers d’emplois sont en jeu», rappelle Carlo Naldi. La crise actuelle n’a malheureusement pas permis au secteur de se rassembler. Emmanuel Perrin, successeur de Fabienne Lupo à la FHH, va-t-il décider d’ouvrir l’événement à d’autres marques? Ce dernier ne souhaite pas communiquer sur les détails du prochain salon pour le moment.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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