Bilan

«Trump marque le recul de la globalisation et de la transparence»

Avec l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, multilatéralisme et globalisation ont été désavoués par l'électorat américain. Pour l'avocat américano-suisse David Forbes-Jaeger, membre des barreaux de Floride et Genève, ce scrutin marque un rejet du modèle mondialisé et de la transparence qui va avec.

L'élection de Trump constitue une approbation par l'électorat américain de la montée en puissance des thèses défavorables à la globalisation.

Crédits: Image: AP

Le souffle de l'émotion provoqué par l'élection de Donald Trump retombe peu à peu. Le président élu mène d'intenses tractations pour composer son équipe. Et les analyses se succèdent pour expliquer le succès du milliardaire dans la course à la Maison Blanche, lui qui n'était encore qu'un outsider dans le processus de l'investiture républicaine voici un peu plus d'un an. Il aura donc successivement écarté les favoris républicains qu'étaient Jeb Bush, Marco Rubio, Ted Cruz, puis la candidate démocrate Hillary Clinton. Au fil des mois, son discours violemment anti-establishment, anti-mondialisation, anti-immigration, anti-Wall Street,... a fait mouche auprès de nombreux électeurs américains.

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«L'élection de Donald Trump témoigne d'une mauvaise compréhension des élites et de l'establishment. On assiste avec son succès au même phénomène qu'avec le Brexit: un mécontentement des citoyens sur la façon dont ils sont dirigés, avec en toile de fond le duel entre économie globale et économie locale. Et on retrouve aussi cela dans d'autres pays de l'Union européenne», analyse David Forbes-Jaeger, avocat américano-suisse, membre des barreaux de Floride et de Genève. Pour lui qui a largement suivi les dossiers judiciaires entre les deux pays, notamment en matière de contentieux fiscaux, et qui est un observateur attentif des scènes politiques et économiques des deux pays, l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche est loin d'être uniquement la succession d'un président américain à un autre. Pour lui, il s'agit d'un véritable changement de paradigme: «Depuis le krach de l'an 2000, on est dans une tendance négative, avec des crises financières, des guerres à répétition, un problème migratoire d'ampleur, une croissance qui ne crée pas d'emplois... La balance entre la globalisation, une tendance unificatrice au niveau mondial, et le repli sur soi avec des barrières protectrices, a désormais basculé».

Anti-élites ou anti-politiques?

Pas question pour autant de voir en Trump le tenant d'un discours cohérent avec les actes: «Il a su surfer avec brio sur cette vague anti-élites et anti-establishment. Mais n'oublions pas qu'il a sans doute dépensé près d'un milliard de dollars de sa poche pour la campagne. Quand il dénonce les élites, il faut voir qui dit ça... Par contre, c'est un anti-politique, d'où la difficulté pour les médias et les analystes de cerner cette personnalité qui a déboulé en quelques mois dans les milieux politiques». Et cette dimension «anti-politiques» pourrait se traduire aussi bien dans la composition de l'équipe qui accompagnera Donald Trump que dans un ménage parmi les Républicains qui l'ont critiqué ces derniers mois, comme Paul Ryan, président de la Chambre des représentants.

Or, ce sont ces mêmes élus «traditionnels», issus des deux grands partis américains, qui ont soutenu, avec des nuances, les politiques favorables à la globalisation depuis la fin des années 1980. Et ce sont ces mêmes élus qui ont, ces dernières années, soutenu une politique active de transparence fiscale. «La campagne contre les paradis fiscaux avait démarré peu avant le 11 septembre 2001, dans le cadre d'un vaste mouvement de transparence universelle. L'attention des Américains avait certes été ensuite accaparée par d'autres sujets mais il ne faut pas négliger le fait que ces politiques de transparence et de partage universel des informations ne sont que des composantes de ce vaste phénomène qu'est la globalisation qui vise à abolir les frontières», estime-t-il.

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Or, si la lutte contre les paradis fiscaux coordonnée par Washington relevait encore au départ de la politique globalisatrice visant à abolir les délits fiscaux au profit de tous les autres états, une alternative a vite émergé. «Avec FATCA, on a assisté à un virage majeur: les Etats-Unis s'arrogent un pouvoir fiscal et se concentrent sur leurs seuls intérêts, délaissant la voie multilatérale», constate l'avocat pour qui «l'OCDE a vite compris qu'il serait impossible de punir les Etats-Unis, actant le fait que FATCA devenait le premier volet d'une décentralisation, Washington reprenant ainsi le contrôle de ses administrés à travers la planète». L'arrivée de Trump à la Maison Blanche ne serait donc que l'étape suivante dans ce retour au protectionnisme.

Et la Suisse face à ce phénomène? «La Suisse est un petit pays dépendant de la coopération des nations, fortement lié à l'Allemagne, la super-puissance mondiale dans le domaine de l'exportation et l'un des seuls grands pays du monde à avoir un excédent commercial dans ses échanges avec la Chine», estime David Forbes-Jaeger. Et de voir des similitudes entre les situations suisse et américaine: «L'UDC est un parti nationaliste qui veut donner une priorité claire et incontestable aux choix suisses par rapport aux accords internationaux: c'est un parti politique qui est dans la lignée de cette tendance décentralisatrice».

La Suisse devrait esquiver les coups

Quant aux contentieux qui ont émaillé les relations américano-suisses depuis une petite décennie, David Forbes-Jaeger estime qu'ils «ont pris fin» avec la mise au pas des banques suisses ces derniers mois. Selon lui, désormais, les deux pays sont entrés dans une nouvelle phase de leurs relations. Et FATCA a constitué le premier chapitre de cette phase, basée sur des relations bilatérales et non plus sur des accords multilatéraux. Une stratégie qui s'applique à d'autres domaines que la fiscalité: les projets de traités de libre-échange transatlantique et transpacifique seraient «les derniers écheveaux de de la globalisation». «Les Etats-Unis vont continuer de négocier des traités, mais sur une base bilatérale et non plus multilatérale».

Avec ses dimensions réduites à l'échelle internationale, quelles sont les options pour la Suisse? «L'objectif pour les années à venir va être d'esquiver les coups des grandes puissances, afin de suivre ses propres intérêts. Et Washington, avec Trump à la Maison Blanche, devrait respecter cette démarche tant qu'elle ne débouche pas sur de nouveaux conflits majeurs avec les USA», suggère David Forbes-Jaeger, qui ajoute qu'il s'agira également «d'esquiver les turbulences qui s'annoncent». Car il entrevoit «une période 2016-2020 truffée de crises qui va renforcer les solutions isolationnistes». Une situation internationale à laquelle le président élu pourrait ne pas être étranger avec les bouleversements que ses promesses électorales devraient provoquer: «La situation économique mondiale devrait être très agitée. Et je ne serais pas surpris si, d'ici quatre ans, Donald Trump était, de ce fait, vu comme le pire président depuis les années 1930».

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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