Bilan

«Pas de remontée du pétrole en 2016»

Expert des matières premières,Christian Vez s’attend à une baisse durable des cours, pour plusieurs raisons. Sans trop de conséquences pour le négoce en Suisse cependant.
  • Le prix du baril de pétrole a fortement chuté.

    Crédits: Ricardo Moraes/Reuters
  • Christian Vez

    Crédits: Dr

Responsable du trade finance de Société Générale Corporate & Investment Banking à Genève, Christian Vez dirige un groupe d’une cinquantaine de spécialistes du financement du négoce pour une clientèle d’entreprises de taille moyenne qui couvrent l’ensemble des matières premières. Fort de 35 ans d’expérience dans ce secteur, il livre à Bilan son analyse de l’effondrement des cours que traverse ce secteur.  

Entre faiblesse de la demande et surproduction, quelle explication privilégiez-vous pour expliquer la chute vertigineuse des cours du pétrole? 

Le tassement chinois joue un rôle, mais il y a une conjonction de facteurs. Nombre de pays producteurs sont sous tension et augmentent leur production pour limiter leurs déficits. Cela génère une surabondance de l’offre qui est encore renforcée par la perspective du retour de l’Iran sur le marché. A cela s’ajoutent l’effet du renforcement du dollar et le désintérêt des investisseurs pour cette classe d’actifs. En outre, la peur d’une fin du pétrole et d’une pénurie des matières premières agricoles, il y a quelques années, a conduit à la mise en œuvre d’énormes capacités de production supplémentaires. Enfin, il y a la volonté de plusieurs pays producteurs de laisser les prix bas pour mettre le pétrole américain sous pression. 

En dépit d’une baisse durable des cours, on n’assiste pourtant pas à une vague de faillites dans les pétroles de schiste américains. Pour combien de temps? 

C’est difficile à dire. On a d’abord cru que ces pétroles n’étaient pas rentables à 60 dollars puis à 50, maintenant on parle de 40. Ce qui est clair, c’est que la baisse des cours n’a pas eu d’impact sur le niveau de l’offre nord-américaine. De plus, il y a encore beaucoup d’investissements qui ont été mis en attente. Ils seront financés sans problème avec les réserves constituées en cas de remontée des cours. Mais nous ne voyons pas celle-ci intervenir en 2016. Et c’est valable pour l’ensemble des matières premières. 

La baisse des cours du pétrole a-t-elle un effet de contagion sur les cours des autres matières premières, en particulier agricoles? 

Le pétrole joue toujours un rôle directeur mais, dans le cycle actuel, la baisse des cours des matières premières agricoles est antérieure à celle du pétrole, si bien que la corrélation est limitée. Le sucre et l’éthanol brésilien souffrent par exemple depuis plusieurs années.  S’ajoutent à cela plusieurs années de conditions climatiques favorables et l’arrivée de technologies plus efficaces qui conduisent à une situation de surproduction. Cela rend la situation difficile en Amérique latine.

Les recettes des entreprises de négoce qui représentent un secteur d’activité important à Genève risquent-elles d’être fortement impactées par cette baisse des cours des matières premières? 

Pas forcément. Ce n’est pas parce que le prix d’une matière première est deux fois plus bas que son négociant gagne deux fois moins d’argent. Certes, il y a aura des consolidations et des entreprises qui devront se réinventer. Mais un bon signe est qu’en dépit du franc fort, Genève continue d’attirer de nouvelles implantations d’entreprises de ce secteur.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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