Bilan

«Marine Le Pen fera de très bons scores»

Ancien pape du «20 heures» de TFI, Patrick Poivre d’Arvor mène avec passion son métier d’écrivain, tout en continuant de suivre de près l’élection présidentielle française.

Patrick Poivre d’Arvor: «Aujourd’hui, la gauche et la droite souffrent beaucoup.»

Crédits: Image: SIPA

Le journaliste et écrivain français Patrick Poivre d’Arvor est venu début avril présenter son dernier ouvrage sur Saint-Exupéry à la conférence Convergences à Genève. Celui qui a suivi cinq campagnes électorales en France pour la télévision et la radio analyse pour Bilan l’actualité hexagonale. 

Vous avez suivi les campagnes présidentielles de 1974 à 2002. De quelle élection l’actuelle se rapproche-elle le plus?

De celle de 1974. C’était une élection où tout était possible. C’était la première fois qu’un président centriste était élu, Valéry Giscard d’Estaing. Depuis, il y a eu des présidents soit de gauche soit de droite. Aujourd’hui, la gauche et la droite souffrent beaucoup, contrairement au candidat
du centre. 

Vous avez été militant et responsable des Jeunes Républicains indépendants (centristes). Comment analysez-vous l’émergence d’un Macron qui se situe au centre de l’échiquier politique?

Il a justement le même profil que Giscard. Il a la jeunesse, mais pas la même expérience. Giscard avait cinq ou six ans de ministère derrière lui (aux Finances) et un parti avec une soixantaine de députés. Ce n’est pas le cas de Macron. C’est donc un nouveau pari du centre, qui n’a jamais été aussi proche d’une victoire. Ça va être une élection très spéciale puisque les deux favoris sont le candidat du centre et la candidate d’extrême droite.

Craignez-vous justement que Marine Le Pen puisse être élue?

Je ne pense pas qu’elle le sera. Je pense qu’elle fera de très bons scores. Je pense même qu’elle est sous-évaluée dans les sondages. Il est fort possible qu’elle finisse première du premier tour. Cela dit, après le second tour, ça sera plus difficile pour elle. 

Cette campagne a vu de nombreuses attaques de plusieurs candidats contre les médias et la presse: craignez-vous une dérive populiste où les journalistes seraient constamment dans le viseur des candidats?

Ça, ça a toujours existé, notamment dans l’entre-deux-guerres, où c’était beaucoup plus fort. Les journalistes ne sont pas très populaires, un peu plus que les hommes politiques mais pas beaucoup plus.

Que pensez-vous de la «peopolisation» des hommes politiques qui se rendent dans des émissions de divertissement? 

Je ne jette pas tout avec l’eau du bain. Par exemple, je ne suis pas contre qu’ils parlent de leur vie privée s’ils ont envie d’en parler. Après, c’est à nous de choisir. Personnellement, je ne voterai pas pour un candidat en fonction de sa femme, de ses enfants ou de ses goûts sportifs ou sa religion. Je m’intéresse au programme et à la personnalité du candidat.

Est-ce que la télévision vous manque?

Je suis revenu à la télévision pour CNews dans laquelle je fais une émission littéraire. Et puis je fais une autre émission débat avec Rachid Arhab, toujours sur cette chaîne. En revanche, je fais aussi tous les soirs une émission sur Radio Classique dans laquelle je parle de politique pendant trente minutes, puis de culture pendant l’autre demi-heure. 

Est-ce que vous suivez toujours le TJ de TFI ?

Je ne l’ai plus jamais regardé depuis mon départ parce que je n’aime pas l’idée de devoir comparer. Et je ne voulais ni me retrouver dans l’aigreur ni dans la nostalgie. Je voulais vraiment passer à autre chose. J’aime beaucoup la vie que je mène depuis neuf ans que j’ai quitté TF1. J’ai plus de projets de créations artistiques: j’ai mis en scène un opéra, j’ai réalisé un film, je suis monté sur les planches l’hiver dernier. Donc j’aime beaucoup ce que je fais et je ne suis pas dans la nostalgie de ce que j’ai réalisé pendant trente ans. J’ai adoré cette période et même si cela m’a été retiré de manière brutale, c’est la vie. Il y a plus grave. 

La retraite, vous y pensez?

Non, ça ne m’intéresse pas du tout.  

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