Bilan

«Les volontaires pour commettre un attentat sont légion»

Selon l’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic, la cible d’un concert de rock circule depuis plusieurs mois chez les recrues de l’Etat islamique. Il a dénoncé sur France 2 un système qui a permis à Daesh de prospérer.

Selon l'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic, les recrues de l'Etat Islamique rêvent par centaines d'attaquer Paris.

«Le dernier gars que j’ai eu dans mon bureau à la mi-août a dit qu’on lui avait demandé de commettre un attentat dans un concert de rock.»

«Attendez, vous êtes en train de nous dire qu’il y a trois mois, vous aviez quelqu’un dans votre bureau qui parlait d’un attentat dans un concert de rock ?»

«Oui, à ce moment-là, c’était peut-être Rock-en-Seine qui était visé…»

Ce dialogue ahurissant a eu lieu le 14 novembre sur France 2 entre le juge Marc Trévidic et le journaliste David Pujadas, au lendemain des attentats qui ont ensanglanté Paris revendiqués par l’Etat islamique (EI).

L'ancien juge anti-terroriste muté à Lille en septembre a révélé : «Tous les gens arrêtés nous disaient que l’Etat islamique ne rêve que d’une chose, c’est d’attaquer la France(…). L’Etat islamique a pu grossir au point d’avoir trop de monde dans les effectifs. Les terroristes peuvent lancer des attentats kamikazes. Si des gens sont arrêtés, ce n’est pas grave. Parce que, si ça ne marche pas la première fois, ça marchera à la cinquième, à la sixième fois. L’Etat islamique a la grande capacité, que n’a plus Al-Qaida, de gâcher du personnel. (…) Je pense que si en Syrie l’«émir du katiba» (brigade) demande à ses recrues : "Qui veut aller faire un attentat en France ?", vous allez avoir 200 bras qui se lèvent en une demi-seconde.»

Dans des propos d’une clarté peu banale, Marc Trévidic a désigné l’attitude des pays occidentaux face au conflit syrien comme responsable de l'expansion du groupe Etat islamique (EI). «Pendant trois ans, on a laissé Daesh grossir et devenir hyperpuissant.»

En cause, selon le magistrat, une politique d’attentisme qui fait que personne n’a voulu intervenir, du moment que la Russie protégeait le régime de Bachar Al-Assad. L’EI luttant contre Bachar, l’Occident a préféré le laisser se développer avec le soutien de l’Arabie Saoudite, au lieu de défendre l’allié de Poutine. La conclusion claque : « On n’a rien fait et on a laissé un monstre grossir. Puis, une fois qu’un groupe terroriste est fort, il s’exporte. » 

Le double jeu de l’Occident

Sur le plateau de France 2, Marc Trévidic a livré son décryptage des enjeux géopolitiques : «Le wahhabisme (dont l'Arabie saoudite est considérée comme le berceau, ndlr) a diffusé le salafisme et la doctrine du jihadsur la planète depuis le conflit en Afghanistan, dès 1979. Alors pourquoi nous, sommes-nous copains avec les Saoudiens ? Est-ce que c’est  pour des raisons économiques ? La politique américaine, c'est : "On adore les fondamentalismes religieux aussi longtemps qu'ils appliquent une politique économie libérale et qu’ils commercent." C’est comme ça depuis des années. C’est leur crédo : C’est super les Saoudiens, c’est super le Qatar, les Emirats arabes unis parce qu'ils commercent, achètent des armes et vendent du pétrole...»

Marc Trévidic donnait en septembre dernier une interview prémonitoire à Paris Match, où il assurait que des attentats de grande envergure allaient se produire dans la capitale. Pourtant fin connaisseur du dossier, le magistrat a dû quitter ses fonctions de juge anti-terroriste en vertu d’une loi empêchant les juges spécialisés de rester à leur poste plus de dix ans. Il est depuis septembre vice-président au tribunal de grande instance de Lille. Le Bordelais a déploré, à l’occasion de son transfert, n'avoir pas pu aller au bout des affaires des moines de Tibhirine et de Karachi. Il a instruit d’après Wikipédia les affaires suivantes : attentat de la rue des Rosiers,  attentat de la rue Copernic, attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana, attentat du 8 mai 2002 à Karachi, assassinat des moines de Tibhirine en Algérie.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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