Bilan

«Les divergences à l’OMC sont trop fortes»

La réunion de l’Organisation mondiale du commerce qui débute dimanche n’aboutira à aucune décision contraignante pour la Suisse, affirme l’ambassadeur Didier Chambovey.

Didier Chambovey, ambassadeur de la Suisse auprès de l'OMC, va accompagner Johann Schneider-Ammann au prochain round de négociations.

Crédits: RTS

C’est dans un contexte hostile aux principes du multilatéralisme et de paralysie de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) que se tiendra, dès le 10 décembre à Buenos Aires, la 11ème conférence ministérielle de cette institution chargée de réguler les échanges internationaux de marchandises et de services.

Parmi les enjeux qui touchent la Suisse figurent la réduction des subventions agricoles, la diminution des droits de douane des produits industriels et la fourniture électronique de services et de marchandises. Représentant permanent de la Suisse auprès de l’OMC, l’ambassadeur Didier Chambovey accompagnera le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann en Argentine pour y défendre les intérêts helvétiques. Il s’en explique.

Qu’attendez-vous de cette conférence ministérielle?

Didier Chambovey: J’espère qu’elle puisse donner un nouvel élan aux négociations en cours et poser des jalons pour l’avenir.

Des accords sont-ils envisageables?

Il est peu probable que les membres de l’OMC parviennent à s’entendre sur des décisions juridiquement contraignantes. Sauf peut-être pour limiter les subventions aux formes les plus dommageables de surpêche dans les mers et océans.

Pourquoi?

La conjoncture politique est difficile pour deux raisons au moins. D’abord, l’absence de leadership américain au sein de l’OMC depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche complique les négociations. D’autant que les Etats-Unis ne prêtent désormais que peu d’attention au multilatéralisme, dont les principes sont au cœur de l’action de l’OMC. Ensuite, un débat très polarisé s’est engagé sur les demandes de dérogations aux accords de l’OMC formulées par certains pays en voie développement. Ce ne sont là que deux facteurs auxquels viennent s’ajouter d’autres divergences sur des dossiers spécifiques, par exemple les subventions agricoles.

Comment la Suisse se positionnera-t-elle dans les négociations?

Nous sommes disposés à participer aux négociations de manière constructive sur tous les sujets. Nous avons des intérêts offensifs dans des dossiers comme les produits industriels, les services, la protection des indications géographiques, etc. Il s’agit de domaines importants pour notre économie d’exportation. Au niveau du commerce électronique, les enjeux sont aussi conséquents. Ils portent sur la fourniture électronique de services ou de marchandises, la signature électronique, les mesures contre les spam, la protection du consommateur, etc. La Suisse estime que, du fait de sa dimension globale, le commerce électronique doit faire l’objet d’une réglementation internationale, notamment à l’OMC. Nous souhaitons en outre assurer la cohérence entre les politiques commerciales et environnementales.

L’OMC débattra aussi d’une réduction du soutien interne à l’agriculture. Les paysans helvétiques ont-ils raison de s’inquiéter d’une réduction des subventions versées par la Confédération?

Précisons qu’il s’agit ici d’un type particulier de soutien interne: les mesures de soutien des prix et les subventions directement liées aux quantités produites. Dans ce domaine, la Suisse affiche une position défensive. Elle peut notamment compter sur le soutien du Japon, de la Corée du Sud et de la Norvège. Il est cependant très peu vraisemblable que l’on parvienne à un accord sur le sujet. Les divergences entre les membres de l’OMC sont trop fortes.

C’est-à-dire?

Au total, il y a environ une dizaine de propositions différentes, voire contradictoires. Par exemple, le Brésil et l’Union européenne veulent plafonner le soutien interne à un certain pourcentage de la valeur de la production nationale. Pour leur part, la Chine et l’Inde ne sont pas prêtes en entrer en matière sur de nouvelles disciplines tant que les pays développés n’auront pas au préalable réduit significativement le soutien interne important qu’ils octroient actuellement. Autant dire qu’il y a encore beaucoup de travail pour aboutir à un accord.

 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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