Bilan

"Les compagnies américaines vont rester en Suisse"

Les activités helvétiques des firmes comme Google, P&G ou BAT ne sont pas menacées par l'élection de Trump, selon Martin Naville, directeur de la Chambre de commerce américano-suisse.

Les exportations suisses vers les Etats-Unis ont fait un bond de 50% durant les deux mandats d'Obama, souligne Martin Naville, CEO de la Chambre de commerce américaine.

Martin Naville, vous êtes directeur de la Chambre de commerce américano-suisse. La Suisse héberge de très nombreuses compagnies américaines comme Google à Zurich, P&G à Genève ou British American Tobacco à Lausanne. D'après vous, l’élection de Donald Trump doit-elle avoir des conséquences sur leur implantation en Suisse et le nombre de leurs collaborateurs ?

A priori non. Durant sa campagne, Donald Trump visait la délocalisation d’activités de production vers le Mexique et la Chine effectuée par des entreprises américaines. Ce sont ces activités industrielles qu’il veut rapatrier. Or Google fait en Suisse de la recherche et du développement, tandis que d’autres compagnies y ont installé des sièges régionaux. La « knowledge economy » menée en Suisse n’est pas menacée par les promesses électorales de président républicain. En outre, les sociétés technologiques de la Silicon Valley fonctionnent en dehors du giron gouvernemental et ne doivent pas subir de désagrément notable lié au changement politique.

Comment l’élection de Donald Trump va-t-elle influencer nos relations commerciales avec les Etats-Unis ?

Les exportations suisses vers le marché américain passent par une longue période de croissance. Durant l’ère Obama, le total des ventes helvétiques vers les Etats-Unis a progressé de plus de 55%. Ce pays constitue notre deuxième débouché derrière l’Allemagne. Pour l’heure, il n’y a pas lieu de faire de l’alarmisme. Dépendantes de la demande intérieure américaine, nos exportations doivent se maintenir, voire continuer à augmenter du moment que la conjoncture est bonne aux Etats-Unis.

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Donald Trump a promis une politique protectionniste notamment contre les produits chinois. Arrivera-t-il à la réaliser ?

Trump pourrait imposer une politique protectionniste sans passer par le Congrès, mais le dommage pour les consomateures américains et pour l’économie américaine comme mondiale serait de grande envergure. Il ajustera sa politique envers les réalités économiques – du moins nos l’espérons ! La grande inconnue reste l’attitude que Trump va adopter face aux accords de libre-échange conclus dans le cadre du NAFTA (North American Free Trade Agreement) ou de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qu’il a promis de dénoncer. Il a fait tellement de promesses contradictoires que son comportement reste impossible à prévoir.

Le règlement des litiges bancaires va-t-il pouvoir se terminer sans encombre ?

Le traitement de ces litiges a débuté sous l’administration Bush et s’est poursuivi durant les deux mandats d’Obama, sans que le changement d’administration ne joue aucun rôle. Il ne reste que cinq banques qui attendent une sentence du Département américain de la justice. Dans la mesure où ces arrangements - très favorables aux Etats-Unis - leur ont déjà rapporté 260 milliards de dollars, les banques restantes ne devraient pas être traitées différemment.

Faut-il s’attendre à ce que Trump se lance dans de nouvelles guerres ?

Trump est connu pour garder ses options ouvertes. Une guerre l’engagerait au minimum pour 10 ans et plombe l’économie nationale. Je ne le vois pas très enclin à ouvrir de nouveaux fronts armés. Ce que je redoute, c’est plutôt le retrait de son administration de la scène internationale. Ce vide risque de laisser de grands espaces libres aux ambitions de la Chine et de la Russie.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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