Bilan

«Le prochain président relèvera les impôts»

Anglo-Iranien, élevé en Europe et formé au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Nariman Behraversh pilote une armée de 325 économistes couvrant 170 pays. Régulièrement classé meilleur prévisionniste du monde par Reuters, il livre son verdict sur la crise financière.

Que pensez-vous du plan de renflouement de Wall Street?

Le mot de renflouement est trompeur. Il s'agit d'un plan de stabilisation financière qui n'est que la première étape d'une résolution plus permanente des problèmes. Outre la question du prix des actifs que le gouvernement doit encore fixer, se pose celle la recapitalisation du système bancaire américain. Le tabou de la propriété de ces banques à des étrangers, y compris les fonds souverains, tombera.

Tout de même, 700 milliards, c'est renversant. Où le Gouvernement américain va-t-il trouver cet argent ?

Les gens font la confusion entre le coût brut de 700 milliards et ce que cela coûtera en réalité. Après la revente à rythme diffus de ces actifs, il est probable que l'Etat aura récupéré 30% à 40% de leur valeur. Si vous prenez la crise des caisses d'épargne dans les années 1980, non seulement le sauvetage représentait une proportion plus élevée du PIB (voir tableau), mais le fonds initialement de 150 milliards de dollars n'en a coûté que 37 aux contribuables une fois les actifs écoulés. Si Barclay'sou JP Morgan commence à reprendre des actifs en détresse, c'est bien parce qu'ils pensent qu'ils ne valent pas rien. Dans ces situations de panique, il y a d'énormes opportunités d'achat.

A condition que la confiance revienne. Comment jugez-vous le fait que les Etats-Unis se soient assis sur leur libéralisme?

Les Américains ne vont pas arrêter de penser que, de manière générale, l'Etat n'a pas à intervenir dans l'économie. Il est étonnant que la fronde contre le plan de sauvetage soit venue des rangs républicains alors que ce parti était autrefois réputé défendre Wall Street et le business. Cela montre sa dérive populiste. Cela dit, tout le monde, même les ultralibéraux, sait que dans des circonstances particulières le gouvernement doit intervenir comme il l'a fait à l'époque avec Chrysler, les caisses d'épargne ou les compagnies aériennes.

Reste les conséquences économiques de cette crise...

Il n'y a aucun doute que les Etats-Unis vont connaître une récession. Sa longueur dépendra beaucoup du plan de sauvetage. La chute de 20% des prix de l'immobilier a coûté 4% de croissance. Si l'immobilier touche un plancher grâce au plan, la récession se maintiendra jusqu'à la fin du premier semestre 2009, avec 0,5% de croissance pour toute l'année.

Mais cette récession ne risque-t-elle pas de s'étendre à d'autres pays?

Comme c'était évident dès lors que la crise des subprime s'est manifestée à l'été 2007 dans des banques en France ou en Allemagne, il n'y a pas de découplage. Cela dit, la croissance exceptionnelle des émergents peut descendre un peu sans conséquences graves. Pour renforcer son marché domestique, la Chine a commencé de baisser ses taux et prépare une réforme fiscale.

Mais la Chine a des marges de manoeuvre. Comment les Etats-Unis en retrouveront-ils entre le coût de la guerre en Irak et le sauvetage des banques?

Le vrai défi, ce ne sont pas ces 700 milliards, mais la dette latente des grands programmes comme Medicare ou la sécurité sociale. La défense représente 4,5% du PIB contre 3% du temps de Clinton et 7% du temps de Reagan. La vraie question, c'est plutôt le financement des programmes sociaux qui vont passer de 12% à 18% du PIB en dix ans. Le prochain président devra augmenter les impôts de 3% à 5%. C'est difficile politiquement mais supportable économiquement après vingt-cinq ans d'allégements fiscaux. Photos: Nariman Behraversh /© D.R.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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