Bilan

«Le PIB a flanché mais il faut relativiser»

Le Produit intérieur brut suisse a régressé de 0,1% entre avril et juin. Une surprise qui n’en est pas vraiment une, explique Bernard Lambert, chef économiste de Pictet Wealth Management.
Après une progression de 0,5% au cours des trois premiers mois de l'année, le PIB s'est contracté de 0,1% d'avril à juin. La dernière baisse (-0,2%) datait du 3e trimestre 2011.

<%=misc::zitat%> - Cette baisse de 0,1% du PIB surprend pas mal d’économistes. C’est aussi votre cas?

Bernard Lambert - Elle me surprend dans le sens où les chiffres sont un peu plus faibles qu’attendu. Mais on avait été influencé par un premier trimestre très fort. En regardant ce qui s’est passé ces six derniers mois sur les autres données économiques [enquêtes auprès des industries, statistiques mensuelles des exportations], on avait déjà l’image d’un net ralentissement. Au-delà du signe négatif qui le précède, ce chiffre du PIB confirme ce ralentissement.

Qu’est-ce qui l’explique?

Les exportations sont clairement au centre du ralentissement. C’est plus le côté demande - la récession en Europe - que la surévaluation du franc qui joue. Même si elle n’aide pas. On a eu un changement clair de tendance sur les exportations. Elles se sont contractées ces derniers trimestres. C’est l’explication principale de l’affaiblissement de la croissance en Suisse. La consommation se tient toujours très bien et la croissance de l’emploi est tout à fait bonne. La situation reste globalement nettement meilleure qu’ailleurs en Europe.

Mais l’économie suisse se dirige-t-elle vers la récession?

Je ne crois pas. D’abord, la définition de la récession, avec deux trimestres négatifs, est assez partielle. D’autres chiffres importent aussi. L’emploi, en particulier. Et de ce côté-là, la progression est toujours assez bonne. En équivalent plein temps, la hausse atteint 1,3% entre le deuxième trimestre 2011 et le deuxième trimestre 2012. Entre avril et juin, la hausse est de 0,4%. Cela permet de relativiser les chiffres du PIB. On a tendance à trop se focaliser sur le PIB. Ce n’est pas le résumé parfait de l’évolution économique.

Et cette évolution économique, comment la voyez-vous ces prochains mois?

La zone euro est en récession et l’Allemagne en plein ralentissement. On ne s’attend pas à une amélioration au deuxième semestre. La croissance en Suisse devrait donc rester très faible, proche de la stagnation.

Avec toujours un niveau de l’emploi élevé?

Le niveau de l’emploi évolue souvent en décalage par rapport à l’activité elle-même. Extrêmement forte, la croissance de l’emploi va sans doute ralentir. Mais la situation devrait toutefois rester globalement favorable.

Les déboires du secteur financier auront-ils un impact sur l’emploi?

On a tendance à surestimer l’importance du secteur financier. Selon les statistiques officielles, le secteur bancaire et financier, hors assurances, représente à peu près 3% de l’emploi total en Suisse. Cela peut donc avoir un impact sur l’emploi à long terme. Pas sûr que cela se voie très nettement dans les statistiques.

Et sur la croissance?

On peut considérer que l’environnement est de moins en moins porteur pour le secteur financier. Cette situation a un impact à long terme sur l’activité et la croissance. Encore qu’il ne faille pas l’exagérer, vu le poids du secteur. Mais à court terme, sur une année, la performance des marchés boursiers est tout aussi, voire plus importante que cette évolution pour [le calcul de] la croissance.

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