Bilan

«La Suisse irait aussi bien sans les accords bilatéraux»

Le professeur Reiner Eichenberger jette un nouveau pavé dans la mare. Selon lui, la Suisse vivrait tout aussi bien sans les accords bilatéraux. A St-Gall, Bâle et Genève, ses confrères prennent le contre-pied.
Dans la récente interview qu'il a donnée au Tages-Anzeiger, Reiner Eichenberger n'a pas fait que proposer de taxer davantage les étrangers qui viennent s'établir en Suisse. Le spécialiste en politique économique et financière de l'Université de Fribourg y affirme aussi que l'économie suisse «se porterait tout aussi bien sans les accords bilatéraux avec l'UE».

L'absence de ces accords aurait pu être compensée d'une autre manière, estime l'économiste zurichois. Les barrières techniques aux échanges entre la Suisse et l'Union européenne (UE) par exemple auraient pu être éliminées «au moins en partie».

Des alternatives

Les exportations de marchandises entre la Suisse et l'UE «sont réglées par l'accord de libre-échange de 1972 et pas directement par les bilatérales I et II de 1999 et 2004», ajoute Reiner Eichenberger. Sans compagnie nationale, la Suisse n'a en outre plus besoin aujourd'hui d'un accord «ciel ouvert» sur le transport aérien.

Même si les bilatérales n'avaient pas été signées, les entreprises suisses pourraient aujourd'hui prendre part aux appels d'offres publics des pays membres de l'UE, ajoute le professeur fribourgeois. Il leur suffirait de procéder via leurs filiales européennes ou par le biais de partenaires établis en Europe.

On a évité les délocalisations

S'il pense lui aussi que «la Suisse ne serait pas morte de faim sans les bilatérales I et II», Daniel Lampard nuance le propos. Certes, «leur rôle est difficile à traduire en francs», note le chef économiste de l'Union syndicale suisse (USS). Mais sans elles, les exportations auraient été freinées et les entreprises suisses auraient été poussées à délocaliser».

Rolf Weder, spécialiste en relations extérieures de l'Université de Bâle va plus loin. Abandonner aujourd'hui les bilatérales «entraînerait une baisse substantielle du pouvoir d'achat» en Suisse. Pour sa part, Franz Jaeger, de l'Université de St-Gall estime que «la libre circulation des personnes compense tous les désavantages liés aux bilatérales».

Des constats que René Schwok, de l'Institut européen de l'Université de Genève reprend et explicite. «Les bilatérales ont amélioré les conditions-cadre et la compétitivité des entreprises suisses dans des proportions qui n'auraient pu être atteintes par le biais d'autres organisations», observe-t-il.

Important pour EasyJet et les PME

Elles ont permis aussi la suppression des «barrières non tarifaires», souligne l'expert genevois. Même l'OMC n'y est pas parvenue: «sinon le monde entier aurait aujourd'hui accès au marché intérieur européen». La suppression des barrières douanières «a aussi réduit toute la paperasserie liée à l'import-export».

Sans l'accord sur les transports aériens jugé inutile par Reiner Eichenberger, jamais EasyJet n'aurait pu pareillement développer ses activités en Suisse. Et si les grands groupes sont bel et bien présents en Europe, les PME ne le sont pas et ne pourraient participer, sans les bilatérales, aux appels d'offres européens.

Rien qu'à Genève, la libre circulation a éliminé le coût économique lié, par exemple, au temps d'attente des 200'000 personnes qui passent quotidiennement la frontière pour venir travailler, ajoute René Schwok. Avant, les entreprises suisses devaient se battre pour engager ne serait-ce qu'un seul travailleur étranger.

Sans bilatérales et sans libre circulations, les entreprises auraient été poussées à se déplacer. «Nous serions certes moins nombreux en Suisse. Mais nous aurions aussi plus de problèmes avec le financement des assurances sociales», relève René Schwok.

Affirmations non étayées

Le professeur genevois se dit «étonné que des gens qui se disent libéraux puissent se prononcer pour un retour à toutes sortes de règles et systèmes bureaucratiques» que les bilatérales ont supprimés.

«Chacun est libre de ses opinions», conclut René Schwok. Mais ceux qui affirment que les bilatérales sont sans effets positifs sur l'économie suisse «devraient étayer leurs affirmations». En attendant, lui préfère se référer «aux dizaines d'études sérieuses qui démontrent le contraire».
Marc-Henri Jobin

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