Bilan

«La France part en vrille mais elle n’est pas fichue»

Franz-Olivier Giesbert, rédacteur en chef du «Point», désigne ceux qui pourraient redresser la France. Interview.
«La France est un pays qui coule lentement.» Crédits: Helie/Gallimard

C’est un Franz-Olivier Giesbert un peu fourbu que nous retrouvons au Beau-Rivage Palace à Lausanne. Le journaliste français, 64  ans et rédacteur en chef du Point, a mal au dos mais rien ne l’empêchera de raconter son dernier livre. En effet, ce confrère prolifique publie un nouveau roman et il vient en Suisse à l’invitation de Livre sur les Quais. La cuisinière d’Himmler donne une vision haute en couleur de l’Histoire de l’Europe du siècle dernier et met en scène un truculent personnage.

Vous publiez une fiction très romanesque. La vie politique française ne l’est-elle plus assez?

Pas du tout! La vie politique reste passionnante à chroniquer mais j’apprécie aussi d’écrire de la fiction. Cela permet plus de facilité – pas besoin de vérifier
les faits – et mes romans ont eux aussi pas mal de succès avec des ventes supérieures à 100 000 exemplaires pour les derniers. C’est plutôt confortable. Et ne vous inquiétez pas, la vie politique est toujours romanesque. 

Vous avez publié par le passé les secrets des présidents précédents qui s’étaient confiés à vous en «off». Seriez-vous grillé auprès de vos interlocuteurs?

Non, je suis simplement franc et j’écris les choses que je vois et j’entends, c’est mon job de journaliste. Je n’ai jamais triché dans ce domaine.

Craignez-vous le climat dépressif qui règne actuellement en France?

La France est effectivement un pays qui coule lentement…

En quoi la France coule?

C’est un pays qui part en vrille lentement. Nous arrivons au bout du système. La mobilité sociale et l’assimilation ne fonctionnent plus, la fonction publique est hypertrophiée, les impôts explosent… Personne n’a le courage de corriger ce qui ne va pas. Il faudrait un calendrier de réformes comme l’a fait Schröder en Allemagne avec son agenda 2010. Je n’exclus pas un retour de la France dans quatre ou cinq ans même s’il est vrai que nous n’en prenons pas le chemin. La situation est grave mais pas désespérée.

Qui sera l’homme providentiel pour sortir de cette crise?

Il est peut-être déjà là! Nicolas Sarkozy président a raté la partie économique. Même s’il souhaitait revenir en 2017, pour moi il est cramé. Le truc de base, c’était supprimer les 35  heures. J’ai voté pour lui en 2007 car revaloriser la valeur travail me paraissait juste. Son manque de courage politique a tout flanqué par terre. François Fillon a plus de courage que Sarkozy, vous me direz que ce n’est pas difficile.

Il peut changer la donne si l’UMP ne le tue pas. Comment ce parti a-t-il pu laisser se créer ce phénomène étrange qu’est Jean-François Copé, lui qui axe tout sur les questions de société quand l’économie fout le camp? A cause de lui, l’UMP est aujourd’hui à la droite du FN.

Qui sont les éventuels recours, alors?

A l’UMP, il y a quand même des gens de qualité, Laurent Wauquiez, François Baroin et Valérie Pécresse, par exemple. Au PS, Manuel Valls fait lui aussi de la bonne politique. Il ne faut pas non plus exclure le retour d’un Pascal Lamy sur la scène nationale après son temps à l’OMC.

… où il n’a pas franchement brillé…

D’autres, alors! Même François Hollande, une fois coincé, peut se réveiller. Ne vient-il pas de faire récemment l’éloge de Schröder? Il est vrai qu’il a, comme Sarkozy, un problème de passage à l’acte. Il comprend mais quand il s’agit de réaliser… Mais je me refuse à entonner ce discours du «tout est foutu». Comme pour la presse: je ne baisse pas les bras.

Comment se portent les magazines français?

Difficile, mais la presse de qualité se frayera toujours un chemin. Il n’y a pas eu la ruée sur les tablettes comme je le croyais, mais cela va venir. Et nous aurons toujours besoin de la presse car plus que jamais nous avons besoin d’idées neuves. Les ventes au numéro chutent car tout le monde est sur les sites web d’infos. Nous avons créé notre propre concurrence mais nous n’avions pas le choix.

La solution que nous avons adoptée au Point, c’est de ne pas changer de formule constamment et de rester sur nos valeurs. Nous nous adressons aux élites intellectuelles, si les ventes et notre audience baissent, tant pis. Changer notre mission ne nous amènera rien de plus. Il faut accepter l’érosion et organiser des opérations à côté qui rapportent. 

Et le succès de Mediapart?

C’est la consécration de l’univers de niche. Belle opération mais toute petite à l’échelle d’un quotidien comme Le Figaro, par exemple. 

 

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Lui écrire

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Du même auteur:

«Les concentrations dans la presse ne font que débuter»
Comment la Silicon Valley écrit un nouveau chapitre de l’histoire: les cleantechs

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."