Bilan

«La concurrence est devenue plus dure»

Daniel Küng, directeur de Switzerland Global Enterprise, estime que la Suisse conserve de nombreux atouts comme la stabilité et la fiscalité pour attirer des entreprises étrangères.

«Des PME constatent que le prix à payer pour bénéficier des avantages de l’accord de libre-échange avec la Chine est trop élevé.»

Crédits: Markus Bertschi

Malgré le retour du protectionnisme, la remise en question du libre-échange et le durcissement de la concurrence pour attirer des entreprises étrangères en Suisse, Daniel Küng reste serein pour l’instant. «La Suisse est un îlot de stabilité qui détient de nombreux atouts», constate le directeur de Switzerland Global Enterprise. Financé à deux tiers par la Confédération, S-GE a pour mission de soutenir les activités des entreprises helvétiques à l’étranger par le biais d’antennes locales installées dans 27 pays et de promouvoir la place économique suisse. Interview.

Les entreprises helvétiques sont-elles préoccupées par le retour du protectionnisme?

Nous ressentons une certaine inquiétude en raison de l’incertitude qui prévaut. Mais à l’exception des entreprises actives dans l’acier, rares sont celles qui sont directement affectées dans leurs activités en Suisse, pour l’instant. En revanche, les fournisseurs helvétiques de l’industrie automobile, par exemple, risquent d’être lourdement touchés si les constructeurs européens étaient entraînés dans une guerre commerciale avec les Etats-Unis. Nous informons des risques et des contre-mesures pour PME à l’occasion de notre rendez-vous export «Exporter demain» le 30 octobre à l’EPFL.

Les entreprises profitent-elles des accords de libre-échange signés par la Suisse? 

Le taux d’utilisation de ces accords varie selon nos partenaires. Avec la Chine, il atteint 44% de nos exportations selon une étude publiée récemment. Ce qui constitue un bon résultat pour un traité qui n’est en vigueur que depuis quatre ans. 

Certains estiment pourtant que cet accord est un échec?

Non, ce n’est pas le cas. Il y a beaucoup d’exportateurs contents. Mais il y a des PME qui constatent que le prix à payer pour bénéficier de ces avantages est trop élevé en raison des nombreux documents à préparer car il leur manque des ressources. Les coûts administratifs sont inversement proportionnels à la valeur de la marchandise exportée: plus celle-ci est importante et plus une entreprise peut profiter de cet accord. C’est un défi régulier pour les PME en implémentant les accords de libre-échange. 

L’Union européenne a conclu des accords de libre-échange avec le Japon et le Canada. Sont-ils plus avantageux que ceux en vigueur avec la Suisse?

Les conditions obtenues par les Européens sont meilleures. La Confédération est certainement consciente de la nécessité de renégocier avec ces deux partenaires, mais aussi avec le Mexique et d’autres pays. Aujourd’hui, les accords avec le Canada et le Japon sont peu utilisés (taux d’utilisation inférieur à 30%). Entrés en vigueur en 2009, il leur faudrait une actualisation et une extension. 

Depuis quelques années, aucune grosse implantation d’entreprise étrangère n’a eu lieu en Suisse. La place économique helvétique est-elle devenue moins attractive?

Non, ce n’est pas vrai. On a eu quelques gros investissements, par exemple Biogen à Soleure qui investit plus d’un milliard de francs. Mais c’est vrai, les organismes régionaux de promotion économique sont devenus plus sélectifs qu’autrefois. L’objectif est d’attirer des investissements de qualité qui doivent apporter une plus-value en termes d’emplois et de technologies au tissu économique helvétique.

La concurrence est-elle devenue plus forte?

Depuis la crise financière de 2008, un nombre croissant de pays ont ressenti le besoin d’attirer des entreprises afin d’accroître leurs recettes fiscales et de créer davantage d’emplois. La concurrence est donc devenue plus dure. 

Les différents organismes de promotion économique sont-ils vraiment efficaces?

Notre dispositif est performant. La coopération entre les différents acteurs est nettement meilleure qu’il y a dix ans où nous avons commencé nos activités dans ce domaine.

La création d’un organisme de promotion économique unique pour l’ensemble du pays permettrait-elle d’être plus efficace?

Je ne le crois pas. La diversité des acteurs est le reflet du fédéralisme. Celui-ci est davantage un atout qu’un inconvénient pour attirer des entreprises étrangères car il force les cantons à être compétitifs et donc à offrir de bonnes conditions pour attirer des entreprises étrangères. 

La réforme de l’imposition des entreprises (PF17) renforcera-t-elle l’attractivité de la Suisse?

Les taux d’imposition sont compétitifs en comparaison internationale. Cette réforme fera surtout disparaître une incertitude importante sur le radar des entreprises. 

Une uniformisation des taux d’imposition des bénéfices sur le plan national ne permettrait-elle pas une lecture plus facile des atouts de la Suisse?

L’idéal serait d’avoir un taux à 0% (rires). Un taux unique d’impôt faciliterait les choses, mais les cantons souhaitent conserver leur souveraineté fiscale. Il faut vivre avec les conditions que nous avons et, croyez-moi, ces conditions sont compétitives. 

La stabilité politique de la Suisse constitue-t-elle un avantage dans le contexte actuel?

Certainement. La stabilité en termes politiques, économiques, sociaux et fiscaux constitue un argument de vente très important. Plus la situation est instable à l’étranger, plus nous pouvons valoriser nos atouts pour attirer des entreprises étrangères. 

Dans quels pays les opportunités sont-elles les meilleures pour les entreprises suisses?

L’Asie figure parmi les principales opportunités de développement. La croissance de l’économie mondiale dépend de plus en plus de ce continent. Les entreprises helvétiques ont compris qu’une partie de leur avenir s’y joue, comme le montre l’augmentation régulière de leurs investissements et de leurs exportations. S-GE accompagne d’ailleurs de nombreuses petites et moyennes entreprises dans leur expansion. Leurs activités dans les pays asiatiques leur permettent de diversifier leurs débouchés et de réduire leur dépendance à l’Europe.  

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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