Bilan

«L’Iran appartient à sa jeunesse»

A Veytaux (VD), l’ancien ambassadeur d’Iran à Washington plaide pour la jeunesse iranienne, et notamment les femmes, qui ont vu les ayatollahs les déposséder de la révolution.

Ardeshir Zahedi a été l’ex-gendre et confident du shah.

Crédits: Chantal Dervey/24h

Entre Montreux et Chillon, la Villa des Roses à Veytaux abrite l’ex-ministre des Affaires étrangères du shah, qui fut ambassadeur d’Iran à Washington et à Londres. De son observatoire lémanique, Ardeshir Zahedi suit l’actualité du Proche-Orient et les espoirs d’une nouvelle révolution à Téhéran: «Le peuple iranien est fier de sa tradition millénaire et de sa jeunesse très éduquée. Il compte 81  millions d’habitants contre 20 millions quand j’étais en Iran dans les années 1960. Sa population est très jeune: 28% ont moins de 15 ans. Hommes et femmes rêvent d’Occident, de liberté et d’ouverture au monde.» L’Iran compte une cinquantaine d’universités qui accueillent 4,5 millions d’étudiants. L’une des spécialités du pays, ce sont les hautes technologies.

Lire aussi: Les Iraniens protestent contre la suppression des leurs applications par Apple

 

Affable, Ardeshir Zahedi habite la maison de son père, le général Zahedi, qui fut le premier ministre d’Iran de 1953 à 1955, ambassadeur auprès de l’ONU à Genève avant son décès en 1963: «Il avait découvert la région lors d’un périple en voiture à travers l’Europe. En tant que militaire, le fonctionnement de l’armée suisse le séduisait», avoue l’octogénaire qui aura 90 ans cet automne.
Il vit entouré de portraits des grands de ce monde qu’il a côtoyés: plusieurs papes, des rois et des reines, des chefs d’Etat. Ami de Kissinger, il a aussi fréquenté son «voisin» Chaplin à Corsier.

«C’était mon ami, mon roi»

A la fois ex-gendre et confident du shah, Ardeshir Zahedi était à ses côtés quand, atteint d’un cancer, il a rendu son dernier soupir, le 27 juillet 1980 au Caire: «Ce n’était pas un homme arrogant, mais il était très timide. J’ai travaillé avec lui et l’ai parfois contredit. Quand il savait que vous aviez raison, il l’acceptait. Il avait suivi une éducation suisse riche de principes démocratiques, avec la mentalité d’un francophone épris de culture française. Il aimait la Suisse, le pays qui l’a construit. C’était mon ami, mon roi et mon patron», raconte son livre Untold Secrets paru en 2002.

Lire aussi: Les exportations vers l'Iran croissent sans les banques suisses

Ardeshir Zahedi a épousé sa fille aînée, la princesse Shahnaz Pahlavi, née d’un premier mariage du shah avec la princesse Fawzia, sœur du roi Farouk. Ils ont eu une fille, la princesse Mahnaz, qui vit à Londres. Ambassadeur d’Iran à Washington à deux reprises, il y a côtoyé plusieurs présidents, d’Eisenhower à Bill Clinton, y compris Carter dont l’administration lâcha le shah, envisageant même de le livrer à Khomeiny en échange des otages américains.

Il n’est pas tendre avec Giscard d’Estaing et la BBC, qui ont été «les alliés les plus sûrs de l’ayatollah Khomeini». Torturé sous le régime de Mossadegh, un docteur en droit de l’Uni de Neuchâtel renversé en 1953 par son propre père, Ardeshir Zahedi a été condamné à mort par contumace par les mollahs.

Les exportations de pétrole encore insuffisantes

Le résident de la Riviera suit les revirements de Donald Trump, qui a pris le contre-pied d’Obama sur l’Arabie saoudite, avant de changer son fusil d’épaule moyennant de juteux contrats d’armement, ou l’isolement du régime marqué par la corruption du défunt président Rafsandjani: «Constater la corruption est une chose, la sanctionner en est une autre: il faut des documents. Le problème de l’Iran est économique. Le pays est riche, il a aussi du gaz naturel, du cuivre, des pierres précieuses, etc. Avant 1973, le baril était à 1,6 dollar. Aujourd’hui, il vaut 63 dollars. Mais l’Iran devrait vendre 25 millions de barils par jour. Il en exporte dix fois moins.»  

Par son syndic Pierre Salvi, Montreux lui a remis en 2010 une médaille pour sa contribution au rayonnement de la Riviera. Il fréquente assidûment les galas de charité, où sa générosité est légendaire: «Il faut rendre un peu de ce que l’on a reçu.»

Lire aussi: Le commerce avec l'Iran se développe lentement

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

Du même auteur:

Il transforme le vieux papier en «or gris»
«Formellement, Sepp Blatter n’a pas démissionné»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."