Bilan

«Je n’ai jamais perdu un seul combat politique»

Actuellement à la tête du Département vaudois du territoire et de l’environnement, Jacqueline de Quattro dresse un premier bilan après dix ans au gouvernement. Rencontre.
  • Jacqueline de Quattro: «Mon rêve était de devenir juge car, petite fille, je voulais réparer les injustices de ce monde.»

     

    Crédits: Yvain Genevay/lmd
  • «J’ai pris des mesures fortes pour l’égalité entre les femmes et les hommes.»

    Crédits: Yvain Genevay/lmd
  • «L’art du judo consiste à retourner l’agression contre son agresseur, explique l’ancienne championne de Suisse (à droite). C’est très utile en politique.»

    Crédits: Chris Blaser

Alors que la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro achève ses dix premières années au sein du gouvernement vaudois, l’heure est venue de dresser un premier bilan de son action. Celle qui fut championne de Suisse de judo n’hésite pas à tirer des parallèles entre la lutte sur un tatami et le combat politique. «L’art du judo consiste à retourner l’agression contre son agresseur. On commence par aller dans le sens où il nous pousse pour, ensuite, utiliser son énergie contre lui-même et rétablir l’équilibre. C’est très utile en politique. On écoute les arguments de ses adversaires, on retient les bonnes idées, mais on retourne les autres contre ceux qui essaient de vous les imposer. Le tout dans le respect de l’autre comme au judo. Pour cela, il faut de l’agilité et de l’endurance.»  

Vous avez été élue au Conseil d’Etat en 2007, quel bilan tirez-vous de ces dix années au gouvernement vaudois?

Un bilan très positif puisque tous mes projets de loi ont été adoptés, dans des domaines aussi variés que la réforme de la police, les sapeurs-pompiers, la lutte contre le hooliganisme, la loi anticagoules, la loi sur l’énergie ou encore celle sur les forêts. Ma plus grande fierté est d’avoir renforcé la sécurité du canton. J’ai passé sept ans à la tête de la sécurité (au Département de la sécurité et de l’environnement du 1er juillet 2007 au 31 décembre 2013, ndlr).

Pendant cette période, j’ai pu mener à bien la réforme de la police vaudoise, qui s’enlisait depuis une vingtaine d’années (lire page suivante), et renforcer la collaboration entre la gendarmerie et les polices locales et régionales. Un vrai parcours du combattant, avec de vrais résultats en termes de diminution de la criminalité.

Je suis aussi en train de faire adopter une loi contre les violences domestiques et j’ai pris des mesures fortes pour l’égalité entre les femmes et les hommes. 

Qu’est-ce qui vous a fait vous engager en politique? Vos convictions?

J’aime être un acteur, un décideur, pour participer à l’édification d’une société inspirée des valeurs libérales-radicales que je partage. Une société durable et respectueuse dans laquelle nos jeunes pourront également se reconnaître.

Mais quel a été le déclic?

Mon rêve était de devenir juge car, petite fille, je voulais réparer les injustices de ce monde. 

Etes-vous devenue juge?

Non. Il y a eu un concours de circonstances. Lorsque Jacqueline Maurer a décidé de se retirer du Conseil d’Etat, le parti a proposé deux candidats masculins pour lui succéder. Les femmes radicales ont alors décidé de présenter une candidate. Une primaire a été organisée et j’ai été choisie.

Mais vous aviez déjà été active en politique avant votre candidature au Conseil d’Etat?

J’ai siégé durant trois législatures au Conseil communal de La Tour-de-Peilz, avant d’être nommée municipale en 2006. J’ai également été très active au niveau national dans le cadre du parti, j’ai d’ailleurs été présidente des femmes PLR suisses.

Depuis votre élection au Conseil d’Etat, vous avez été particulièrement active en matière environnementale, avec notamment une loi cantonale sur l’énergie assez pionnière. Dites-en-nous davantage?

Cette loi révisée est entrée en vigueur le 1er juillet 2014. Parmi ses éléments les plus innovants, citons le certificat énergétique cantonal des bâtiments (CECB) qui est obligatoire, notamment lors de la vente d’un bâtiment d’habitation. Par ailleurs, 20% des besoins en énergie des nouveaux bâtiments doivent être couverts par une source renouvelable. Cette loi s’inscrit dans la volonté du Conseil d’Etat de promouvoir les énergies renouvelables.

Vous êtes aussi à l’origine d’un programme de soutien de 100 millions de francs pour les énergies renouvelables, exact? 

C’est juste. Dans ce programme, il y a notamment l’octroi de bonus dévolus à l’assainissement des bâtiments, une aide financière pour la réalisation d’audits énergétiques, la reprise à prix coûtant de l’électricité photovoltaïque et de l’électricité issue de la biomasse humide, le soutien à l’utilisation du bois et du biogaz comme énergie, etc. Sans oublier le soutien du canton à l’innovation.

Par exemple, une enveloppe de 2 millions de francs a été octroyée par le programme, sur un coût total de 3,5 millions, à un projet novateur de stockage de l’électricité développé par l’entreprise Leclanché avec la participation de l’EPFL. Ce partenariat a déjà débouché pour l’entreprise sur un important contrat au Canada (Leclanché a décroché une commande de l’entreprise Hecate Canada Storage, société spécialisée dans le développement de projets et intégrateurs de systèmes électriques, à laquelle elle livrera l’un des plus grands systèmes de stockage d’énergie du monde, ndlr)

A l’heure actuelle, votre principal défi n’est-il pas la révision de l’aménagement du territoire à la suite de l’acceptation populaire de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT)?

Je m’en occupe depuis que j’ai repris le domaine de l’aménagement du territoire il y a deux ans. Et je suis fière d’avoir soumis en un temps record au Grand Conseil les outils pour permettre de sortir du douloureux moratoire imposé par la LAT et qui bloque de nombreux projets importants dans notre canton.

Pour cela, j’ai travaillé étroitement avec les associations de communes, ce qui nous a permis de trouver un accord politique devant permettre l’introduction des nouvelles contraintes, notamment liées au dimensionnement de la zone à bâtir. J’ai profité de ce mouvement imposé par Berne pour œuvrer
à une simplification de la loi d’aménagement du territoire cantonale. 

Quelle est la mesure la plus urgente à prendre?

Le plus urgent est de sortir du moratoire de la LAT. Les cantons ont jusqu’en 2019 pour se mettre en conformité avec la nouvelle législation fédérale. Ce moratoire paralyse le canton de Vaud, qui connaît une croissance supérieure à la moyenne suisse. Notre canton compte chaque année quelque 12 000 à 14 000 habitants de plus et crée un emploi pour deux nouveaux arrivants. Cette croissance réclame d’importants besoins en infrastructures (routes, transports, écoles, etc.).

Or, l’ordonnance d’application de la loi exige de compenser simultanément la création d’une zone à bâtir par un déclassement de même ampleur, au mètre carré près, ce qui est quasiment impossible. Le Conseil d’Etat a tout mis en œuvre pour sortir de cette période transitoire cette année déjà, soit avec deux ans d’avance.  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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