Bilan

«Il faut dynamiser la philanthropie»

Les fondations privées auraient plus d’impact si leur action était mieux connue, estime Karin Jestin, de la Fondation Lombard Odier. Elle veut inciter plus de donateurs à s’engager en Suisse.

Karin Jestin

Crédits: Lionel Flusin

Sans eux, Genève n’aurait pas la Croix-Rouge, le Musée d’art et d’histoire, le Palais Eynard ou le Mamco. Eux, ce sont les grands mécènes et philanthropes qui ont contribué au rayonnement du patrimoine et de la culture helvétiques. Leurs noms sont souvent associés à des legs individuels, à l’exemple de la Fondation Jeantet pour la médecine, la Fondation Brocher, la Fondation Leenaards, ou la Fondation Bodmer.

$«Rendre à la Cité a été une motivation, notamment pour ceux qui ont trouvé refuge à Genève», souligne Karin Jestin, secrétaire générale de la Fondation Lombard Odier. Elle cite également les réalisations d’envergure que l’on doit à la philanthropie, à l’instar du pont Hans-Wilsdorf, du château Mercier à Sierre, de la Fondation Jan Michalski pour la littérature, ou des contributions privées à la Cité de la Paix ou au Pôle muséal. 

Jusqu’ici, l’œuvre philanthropique s’est plutôt faite dans l’ombre. Des familles de mécènes comme les familles Hoffmann, Lombard, Landolt ou Demole sont toujours restées discrètes. Récemment, un changement s’est produit. Le sujet des fondations privées a fait l’objet de nombreuses conférences. Des philanthropes ont davantage parlé de leur action dans la sphère publique. Des rapports ont été produits, notamment par Avenir Suisse et SwissFoundations, qui éclairent les enjeux autour des fondations.  

Pour davantage de coopération

La Fondation de la Banque Lombard Odier, créée en 2004 et animée par les associés de Lombard Odier, a participé à de nombreux événements en Suisse romande. Pour sa secrétaire générale Karin Jestin, la philanthropie est clairement l’une des compétences de la Suisse, qui jouit d’une grande tradition humaniste et humanitaire. Dès lors, souligne-t-elle, ce secteur doit être mieux documenté (il manque des données); il faudrait plus de coopération entre les acteurs; et il serait opportun que la philanthropie suscite davantage d’intérêt auprès des médias.

Sa tâche, en tant que conseillère en philanthropie avec son équipe, consiste à offrir un accompagnement à des mécènes et à définir avec eux des modes d’action. Cela nécessite la maîtrise des partenariats public-privé et des aspects juridiques. Au final, «il s’agit de créer un maximum de valeur sociale», résume-t-elle. 

L’activité philanthropique en Suisse, bien que peu dévoilée, n’en reste pas moins vaste. «Il existe 13 000 fondations de droit suisse, qui disposent au total de quelque 80 milliards de francs d’actifs», résume l’experte. Parmi ces fondations, on compte les institutions dotées, et celles qui font appel à la générosité du public (fundraising) pour redistribuer leur manne, et les fondations opérationnelles à l’exemple d’organisations non gouvernementales. Chaque année, les dons des fondations s’élèvent de 1 à 2 milliards de francs; en y ajoutant la générosité du grand public, la Suisse totalise 2 à 4 milliards donnés chaque année pour des causes diverses. De plus, on estime qu’un quart des personnes en Suisse sont engagées bénévolement, ce qui est aussi une forme de don.

Soutien à l’entrepreneuriat

Par manque d’information, «certaines institutions et causes recueillent moins d’argent», regrette la conseillère. Son souhait serait que Genève se dote d’un observatoire des besoins sociaux et incubateur d’initiatives mêlant public et privé. Et de rappeler les innombrables apports de la philanthropie.

Aux côtés du mécène qu’est Thierry Lombard, qui s’est illustré depuis vingt ans dans l’innovation puis l’écologie, la spécialiste évoque le Campus Biotech, que l’on doit à la générosité de la Fondation Wyss et à l’appui de la Fondation Bertarelli, ou encore la Chaire Pictet de l’IHEID, ou la Maison des étudiants d’Edgar de Picciotto.

Les œuvres acquises, restaurées puis conservées par la Fondation Beyeler ont permis de mettre à disposition du public un patrimoine de peintures et de sculptures du XXe siècle. «La Suisse a le taux le plus élevé de musées par habitant. Cela s’explique par la générosité des collectionneurs», souligne la conseillère.

La philanthropie trouve aussi son application dans le champ de l’économie et du soutien à l’entrepreneuriat. Aider à la création d’entreprises fait ainsi partie de l’agenda de la fondation, reflet des convictions de son conseil. Venture Kick est le résultat de l’initiative d’un consortium privé de huit fondations et mécènes. «Pour chaque franc philanthropique, les start-up que nous avons soutenues ont levé 43 francs d’investissement auprès de capital-risqueurs et créé plus de 2000 emplois, explique Karin Jestin. C’est une bonne illustration de l’effet de levier que permet la générosité bien pensée.»

Aujourd’hui, le défi selon elle consiste à dynamiser la philanthropie en Suisse: «Notre souhait est que les mécènes aient davantage envie de travailler ensemble et que plus de gens aisés veuillent s’engager.» 

sean layland

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