Bilan

«Dans le légal, la disruption est inévitable, il faut l’accompagner»

Avocat genevois de renom, Simon Ntah lance une plateforme juridique en ligne pour faciliter l'accès aux démarches quotidiennes. Au risque de participer à la disruption de sa profession.

Avocat renommé de la place genevoise, Simon Ntah lance la plateforme legalonline en parallèle de son activité.

Ténor du barreau genevois et membre du Conseil de l’ordre, maître Simon Ntah aime être là où on ne l’attend pas. Habitué des affaires criminelles médiatisées, à l’instar de l’affaire Adeline, il s’apprête à plaider en janvier dans le cadre de Crédit Suisse contre Ivanishvili concernant un litige présumé d’un milliard de francs. Mais en parallèle, il vient de lancer avec deux autres avocats de l’étude Ochsner&associés la plateforme de service juridique en ligne legalonline.ch, pour faciliter la résolution de litiges simples. Une activité moins lucrative, mais l’occasion de répondre à une attente forte, en embrassant l’explosion de la «legaltech» -le virage technologique du secteur. Et se préparer à l’inévitable évolution de la profession.

Jongler entre du droit pénal de haut vol et de la résolution de cas simples, comment cela se gère-t-il au quotidien?

Simon Ntah: Quand j’ai fini ma première journée, je commence ma deuxième et réponds aux questions sur la plateforme (sourire). Aujourd’hui, les gros mandats et les cachets qui vont avec m’ont progressivement éloigné des affaires quotidiennes que je pouvais traiter au début de ma carrière. Pourtant, il y a une très forte demande pour des questions simples et précises. Les gens ne peuvent souvent pas attendre deux semaines pour un rendez-vous ou une réponse et veulent connaitre le coût de la procédure. Il faut casser les codes et viser l’efficacité. Quand je réponds sur la plateforme, pas de «maître Ntah», juste Simon.

La plateforme vient d’être lancée mi-septembre, en quoi consiste-t-elle?

Legalonline.ch a nécessité un an de préparation depuis août 2016. Nous avons édité une cinquantaine de templates de documents correspondant à des procédures usuelles, de quelques lignes à 25 pages (statuts simples d’une SA, requête commune en séparation, contrat de travail standard…). Une arborescence est pensée chaque fois avec les différents cas de figures pour proposer rapidement une réponse personnalisée au client. Le site recense neuf domaines du droit et aborde diverses problématiques comme récupérer de l’argent prêté, établir un contrat de travail, acheter un bien immobilier, monter une startup… Pour les questions les plus simples -calculer un délai de congé par exemple, licenciement d’une femme enceinte- nous répondons gratuitement par email. Les questions les plus fréquentes sont listées avec des réponses appropriées sur le site. Dans les cas plus complexe un rendez-vous téléphonique à 75 francs ou physique au cabinet à 150 francs est organisé avec des avocats partenaires.

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Le but est-il d’amener de nouveaux clients au cabinet?

Pas nécessairement, car pour un litige de moins de 10000 francs, cela ne vaut pas le coup d’entamer une procédure lourde compte tenu des frais d’avocats et de justice. La seule solution est de faire une grande partie par soi-même, c’est ce que nous encourageons avec Legalonline. C’est aussi la raison pour laquelle peu d’avocats couvrent ce marché, car c’est un marché à faible valeur ajoutée, où la structure de coût n’est pas favorable. En revanche, si les avocats ne prennent pas ce marché, d’autres le prendront. Fiduciaires, conseillers juridiques  et certaines sociétés spécialisées sont déjà dessus. Mais l’avantage de Legalonline pour lancer sa société par rapport à un prestataire comme startup.ch, c’est d’anticiper des litiges juridiques futurs dès la création, et s’assurer que les besoins sont satisfaits. Aux Etats-Unis la plateforme Legalzoom gère cinq millions d’affaires par an et a levé 158 millions de fonds. Mais elle génère automatiquement des réponses standardisées. Via Legalonline, un avocat supervise systématiquement chaque service rendu.

Cela limite le potentiel de croissance…

Il est clair que pour croitre, il nous faudra embaucher de nouveaux collaborateurs et réussir à créer des partenariats avec d’autres études. Mais nous tenons à proposer un avocat en face. Bien sûr c’est moins lucratif, mais l’humain reste au cœur de la valeur ajoutée dans le service. Les gens aiment avoir un contact humain quand c’est important. Ce n’est pas rien de divorcer ou de quitter son job, un robot n’est pas toujours suffisant.

Ne craignez-vous pas  de participer à la disruption de votre propre profession?

Dans le légal, la disruption est inévitable, il faut savoir l’accompagner. Le barreau de Paris a multiplié les procédures pour contrer l’émergence de la legaltech, ils les a toutes perdues. Depuis, il a embrassé le changement en créant son propre incubateur de startups! La legaltech va faire bouger les choses. Par exemple, le timesheet, la facturation à l’heure de prestation, est en train de disparaitre. Aujourd’hui, les gens veulent savoir le coût de leur démarche juridique dans sa globalité. On bascule d’un marché de vendeur à un marché d’acheteur, c’est toute une profession qui va devoir s’adapter.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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