Bilan

«Beaucoup de citoyens demandent mon aide»

Depuis le succès de son initiative sur les rémunérations abusives, le conseiller d’état schaffhousois Thomas Minder est très sollicité pour son influence. Interview.
Thomas Minder: «Le Palais fédéral devrait être interdit à EconomieSuisse.» Crédits: Béatrice Devènes/pixsil.com

Qui a peur de Thomas Minder? Suite au succès remporté le 3 mars par son initiative contre les rémunérations abusives, difficile de lui dénier une certaine influence. Sous la Coupole, le sénateur du canton de Schaffhouse a cependant tout d’un incompris dont les motions restent sans suite. Mais ce célibataire, premier-lieutenant à l’armée, se montre redoutable dès qu’il faut s’adresser au public, comme par exemple lorsqu’il participe à l’émission politique alémanique Arena.

Pugnace, en 2008 déjà, celui qui n’était pas encore conseiller aux Etats s’est fait expulser par le service d’ordre de l’assemblée générale d’UBS alors qu’il voulait gagner la scène après avoir invectivé les dirigeants de la banque. Dans le même registre, il a traîné Victorinox et le fabricant de sous-vêtements Hanro devant la justice pour utilisation abusive de symboles helvétiques. Mais, à la mi-mars, le patron du fabricant de produits d’hygiène Trybol créait la surprise en perçant parmi les élus connus dans toute la Suisse dans le baromètre politique du Matin Dimanche, avec 53% d’avis favorables.

Comment avez-vous vécu cette victoire de l’initiative contre les rémunérations abusives à 67,94%, le 3 mars dernier?

J’ai été moi-même surpris par la hauteur du score. Après, il y a eu une onde de choc car cette question fait débat partout. Je reçois énormément de sollicitations pour présenter l’initiative à l’étranger. Je refuse 80% des demandes d’interview. 

Vous avez notamment participé à la mi-mars au célèbre talk-show de Günther Jauch sur la chaîne allemande ARD…

J’y ai été présenté comme le «Guillaume Tell» de la politique suisse. Le débat est resté très anecdotique, avec des questions sur les footballeurs et les salaires les plus bas. J’ai été très déçu car je souhaitais pouvoir détailler l’initiative. 

Cette victoire ouvre-t-elle pour vous de nouvelles perspectives, comme le lancement d’autres initiatives?

Non. La voie parlementaire est évidemment prioritaire pour faire passer mes idées.

Vous vous attaquez maintenant aux indemnités de départ des hauts fonctionnaires. Pourquoi?

Parce que c’est une question qui choque la population. Et c’est aux thèmes qui gênent le peuple que je veux m’attaquer. Il n’est pas acceptable qu’un fonctionnaire touche une année de salaire lorsqu’il a été démis de ses fonction

Le projet de loi swissness prévoit un taux différencié de composants suisses à 60% pour l’horlogerie contre 50% pour le reste de l’industrie. Que pensez-vous de cette solution?

Cette version de la loi prévoit trop d’exceptions. Le texte est compliqué et cela brouille l’image du swissness. La loi fait l’objet d’énormes pressions de la part de groupes d’intérêt particuliers. Les lobbies de l’horlogerie ou de l’industrie alimentaire sont redoutables.

Les lobbies, c’est justement tout ce que vous détestez. Que pensez-vous d’EconomieSuisse?

Ce lobby, le plus grand de Suisse, ne représente pas l’économie réelle mais les intérêts des grands patrons. Le Palais fédéral devrait lui être interdit. Au Conseil des Etats, EconomieSuisse a combattu mon initiative par 11 propositions individuelles relayées par les sénateurs. 

Pourquoi soutenez-vous l’initiative «Ecopop», qui veut limiter l’immigration en Suisse?

La population ne peut pas continuer à croître de 80 000 nouveaux habitants par an. Les prix explosent, le marché du travail est saturé, et les salaires sont en concurrence permanente. Il n’y a pas assez de places et les Suisses tiennent à leurs paysages, comme l’a montré le oui à la loi sur l’aménagement du territoire du 3 mars.

Allez-vous soutenir l’initiative de l’UDC contre l’immigration massive?

Je ne me suis pas encore décidé. Mais je la trouve vague sur le solde migratoire acceptable, qui est à définir chaque année selon le texte. Ecopop fixe en revanche un solde restreint à 0,2% par an.

Qu’en est-il de l’initiative du Parti socialiste «1 :12», qui veut limiter le ratio entre le salaire le plus haut et le plus bas à 12 dans une même entreprise?

J’aime bien l’idée, mais le texte est mal fait. Il est facile de contourner la loi en créant deux entités juridiques différentes pour les bas et les hauts salaires. En outre, dans les PME et les administrations, ce ratio est rarement atteint. Et les grandes sociétés peuvent régler cette question par les statuts.

Votre ligne politique est difficile à suivre. Quelle est-elle au juste?

C’est exactement ce que les gens ici au Parlement ne comprennent pas. Au Conseil des Etats, je ne représente que mon canton et moi-même. Je suis sans parti et je ne tiens pas compte de la provenance politique d’une idée. Mon opinion se base sur la prise de température auprès des citoyens.

Pour vos détracteurs, cette attitude s’apparente à du populisme… Est-ce que c’est le populisme qui fait gagner une votation à 68% des voix?

Si le populisme, c’est de servir de garde-fou contre les manœuvres du sérail politique et de relayer les besoins de la population, alors je le revendique. Contrairement à d’autres, je n’ai pas de mandats auprès d’entreprises et je ne représente aucun lobby. 

Vous siégez avec le groupe parlementaire UDC. Est-ce le parti dont vous êtes le plus proche?

J’ai rejoint le groupe UDC pour pouvoir siéger dans des commissions. Je partage les idées de l’UDC sur la question des étrangers et de l’asile. Mais contrairement à ce parti, je suis favorable à l’écologie et à la sortie du nucléaire. 

On vous compare volontiers à Franz Weber qui a fait passer son initiative sur la limitation des résidences secondaires en dehors de tout parti…

Je ne le connais pas personnellement. Il me donne l’impression d’être très isolé.

Mais c’est exactement ce que l’on dit de vous sous la Coupole!

Je ne suis pas seul du tout. La population du canton de Schaffhouse qui m’a élu sénateur est avec moi. Ne croyez pas qu’il est facile de faire aboutir une initiative. Il faut un immense soutien. Même un parti établi comme le PLR n’a pas réussi à réunir les 100 000 signatures nécessaires avec son texte «Stop à la bureaucratie».

Votre appui doit être très sollicité…

Beaucoup de citoyens, d’organisations et d’associations demandent mon aide. Le succès du 3 mars les a motivés à s’engager dans la vie publique. Quand une cause me parle, j’offre volontiers mon conseil.

Vous sentez-vous dans la peau d’un Robin des Bois moderne?

(Sourire.) Encore une expression des médias. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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