Bilan

«Avoir un centre R&D en Chine, un must»

La Chine devient incontournable sur la carte mondiale de l’innovation, et chaque entreprise doit y avoir des chercheurs, estime Dominique Jolly, professeur à la Webster University de Genève.

Auteur d’un livre sur la Chine, Dominique Jolly prépare un second ouvrage.

Crédits: Francesco Arese Visconti/Webster University

Une entreprise occidentale peut-elle se passer d’avoir un centre de recherche et développement (R&D) en Chine? «Non», assure Dominique Jolly, professeur à la Webster University, où il dirige la Walker School of Business and Technology.

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Auteur en 2014 d’un ouvrage sur l’Empire du Milieu, intitulé Chine: colosse aux pieds d’argile, le Français, qui a notamment enseigné à l’Ecole de management de Grenoble et à HEC Montréal, perçoit pourtant les fragilités du géant asiatique. Mais pour avoir voyagé en Chine depuis 1998, il estime qu’en seulement vingt  ans, la Chine est devenue incontournable sur la carte de la R&D mondiale alors qu’elle n’y figurait pas auparavant.

Centre de gravité pour les capitaux-risqueurs

«Microsoft y emploie 3300  personnes dans un centre R&D. Il y a désormais des universités réputées, des instituts de recherche qui emploient de nombreux chercheurs, et on commence à le voir au niveau des publications.» Selon ce spécialiste des échanges commerciaux avec la Chine, le pourcentage du PIB chinois consacré à la R&D est passé de 0,5% il y a vingt ans à 2% aujourd’hui, soit autant que la France en pourcentage.

«Les firmes étrangères commencent à venir en Chine depuis dix ou quinze ans non plus pour implanter des usines, mais pour y installer des centres de R&D. Novartis, Firmenich ont un centre, Nestlé en compte plusieurs, avec de solides équipes de R&D.» Quant aux parcs scientifiques et techniques, Dominique Jolly n’en recensait aucun avant 1995. «A présent, on en trouve plus de 100», observe le titulaire d’un doctorat de l’Institut d’administration des entreprises d’Aix-en-Provence.

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«Tout cela s’est développé à une vitesse étourdissante et agit désormais comme centre de gravité pour les capitaux-risqueurs et les entreprises.» La stratégie de la Chine dans ce domaine a été des plus méthodiques. «Tous les ingrédients pour l’innovation ont été réunis en quinze  ans, explique Dominique Jolly, et les autorités les ont pris un par un et les ont mis en place.» 

Autre ingrédient clé pour le succès de cette stratégie: les «returnees», ces ressortissants chinois qui ont quitté la Chine à 20  ans pour les Etats-Unis, complété un diplôme d’ingénieur au MIT, puis un doctorat à Stanford, puis travaillé pour une entreprise américaine. «Ils deviennent Américains, avec un véritable accent américain. Mais arrivés à l’âge de 40  ans, ils ont des enfants de 10  ans, qui ne parlent quasi pas chinois. Ils retournent donc en Chine, où on les paie mieux qu’aux Etats-Unis. Le returnee est un atout majeur pour l’économie et peut lire les brevets en chinois et en anglais.» Si bien que l’innovation technologique et scientifique chinoise est en plein boom, et c’est pourquoi «il n’est pas possible de ne pas avoir de centre R&D en Chine», conclut le professeur en stratégies d’entreprise.

Plusieurs risques à surveiller

Le spécialiste n’oublie pas, cependant, les bombes à retardement potentielles qui planent sur cette économie sur laquelle il prépare un nouvel ouvrage. Le précédent livre, déjà, faisait la liste des 15 raisons qui risquent de causer l’effondrement de la Chine. Un exemple: le coefficient de Gini: «La Chine affiche une répartition de revenus plus inégalitaire que les Américains et les Européens. Dans un pays communiste! Il y a un seuil où cela peut entraîner une révolution.»

Ensuite, la pollution. Une future crise sanitaire, des générations atteintes de cancer en masse dans vingt ans? «Cette pollution devient un risque trop grand, notamment pour les enfants des cadres expatriés qui, même s’ils sont très bien payés, choisissent souvent de partir.» En outre, la politique de l’enfant unique a créé des générations d’enfants rois et débouché sur une population vieillissante dont les plus de 60 ans atteignent plus de 20%. Enfin, le déficit démocratique se fera bientôt sentir, anticipe Dominique Jolly. «A un niveau d’enrichissement, les Chinois pourraient basculer sur des valeurs de liberté, une exigence d’expression et de culture plus vastes.»

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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