Bilan

70 bougies pour le premier trip au LSD

Voici sept décennies, le chimiste bâlois Albert Hofmann testait pour la première fois le LSD, qu'il avait synthétisé cinq ans plus tôt avec son directeur de laboratoire chez Sandoz, Arthur Stoll.
Au commencement était l'ergot de seigle. C'est sur la base de ce champignon que deux chercheurs bâlois de la firme Sandoz cherchent en 1938 à obtenir un stimulant des fonctions de l'organisme. Après avoir étudié 24 premiers dérivés, ils élaborent, le 16 novembre 1938, un produit de synthèse qu'ils baptisent LSD-25 (pour Lyserg Säure Diäthylamid ou diéthylamide de l'acide lysergique). Mais c'est seulement cinq ans plus tard qu'Albert Hofmann teste ce produit.

Le 19 avril 1943, redoublant de précautions, il n'absorbe qu'un quart de la dose qu'il estime nécessaire pour l'usage thérapeutique auquel il destine le LSD-25. Mais c'est sans compter l'effet phénoménal du produit: prudent en sentant monter les effets, il décide de rentrer chez lui en vélo accompagné de son assistant.

Un trip entre angoisse et sens aiguisés

Sur le trajet du retour et pendant près de 24h, le jeune chercheur bâlois vit le premier trip de l'histoire: «Tous les objets dans la pièce se sont mis à tourner autour de moi, les meubles adoptaient des formes grotesques et effrayantes. Ils étaient agités d'un mouvement perpétuel, comme emplis d'une angoisse», témoigne-t-il à la fin de sa vie.

Au-delà de la phase d'angoisse, tous ses sens semblent aiguisés par cette substance. Tout ce qu'il fait prend une tournure enchanteresse. Pendant plusieurs heures, il vogue sur un nuage de bonheur. Et à son retour sur Terre, il imagine aussitôt les bénéfices thérapeutiques à retirer du LSD dans la prise en charge des troubles psychologiques.

Sandoz commercialise le LSD

Pendant plusieurs années, Sandoz commercialise le LSD sous la forme d'une préparation-test nommée Delysid. En 1952, une clinique américaine ouvre ses portes: elle traite l'alcoolisme, la dépression et d'autres troubles psychiques sur la base du LSD.

Au courant des années 1960, l'usage thérapeutique est concurrencé par un usage récréatif que condamne fermement Albert Hofmann dans son ouvrage LSD, mon enfant terrible. Des auteurs (Jack Kerouac, Allan Ginsberg, Aldous Huxley, William S. Burroughs), des cinéastes (Dennis Hopper, Roman Polanski, Richard Rush) abordent ces thématiques dans leurs oeuvres. Et parfois expérimentent l'acide.

Des Beatles à Pink Floyd

Mais c'est surtout dans la musique que le LSD trouve l'écho le plus marquant. Si les Beatles ont toujours nié que leur chanson Lucy in the Sky with Diamonds, malgré ses initiales, ait eu un sens caché, ils reconnaissent volontiers que cette drogue a influé sur leurs créations. Idem pour Jim Morrison et les Doors, Syd Barrett et Pink Floyd, les Rolling Stones, Bob Dylan ou Jimi Hendrix...

Au sein de l'université de Harvard, puis dans son institut privé de Millbrooke, le chercheur américain Thimothy Leary réunit des étudiants pour travailler sur de nouveaux traitements contre l'alcoolisme, la réhabilitation des criminels et la dynamisation de la libido.

Thimothy Leary s'oppose à Albert Hofmann

Candidat au poste de gouverneur de Californie en 1968 (opposé à Ronald Reagan), il est poursuivi par le FBI pour détention de drogue, emprisonné et s'enfuit en 1970. Le hasard de ses pérégrinations le mène notamment en Suisse, patrie d'Albert Hofmann. Mais les deux hommes ont des visions diamétralement opposées sur le LSD: Thimothy Leary veut ouvrir son usage à tous alors que le Suisse milite pour un usage strictement thérapeutique.

Ce n'est que depuis quelques années que les études sur les effets du LSD sur des sujets humains ont repris. Le côté sulfureux règne toutefois toujours et fait peser un voile de suspicion sur les résultats de ces enquêtes.

Voici quelques jours, la chimie bâloise a célébré à la fois le 70e anniversaire de sa plus subversive découverte et le cinquième anniversaire de la disparition de son découvreur. Des milliers de médicaments autorisés sont nés dans les laboratoires rhénans ces dernières décennies. Difficile toutefois de rivaliser avec le succès de l'interdit.
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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