Bilan

708 milliards de dollars pour l’agriculture

L’OCDE estime que les réformes en matière de politique agricole marquent le pas. Ce qui a pour conséquence une hausse des émissions gaz à effet de serre.

Selon l'OCDE, l'agriculture doit prendre des mesures en faveur de la protection de l'environnement.

Crédits: AFP

C’est un chiffre qui interpelle: 708 milliards de dollars en moyenne par an, c’est le montant total versé par les pays riches et par douze économies émergentes à l’agriculture sur la période 2017-2019. 536 milliards de dollars sont destinés aux paysans sous forme de soutien direct. La moitié de cette somme vise à maintenir les prix intérieurs au-dessus des niveaux internationaux.

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Selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui vient de publier son rapport annuel sur les politiques agricoles, «ces mesures nuisent aux consommateurs, surtout aux plus pauvres d’entre eux, creusent l’écart de revenus entre les petites exploitations agricoles et les grandes et rendent l’industrie alimentaire globalement moins compétitive.» 

Les auteurs de l’étude constatent que «la plupart des pays consacrent en revanche moins de moyens financiers à l’amélioration de la performance à long terme du secteur agricole»: 106 milliards de dollars seulement pour la recherche-développement, les infrastructures, la biosécurité et autres services. Quant aux subventions destinées aux consommateurs, elles s’élèvent à 66 milliards de dollars.

Pour une agriculture plus durable

L’OCDE observe que les réformes marquent le pas: «Les niveaux de soutien n’ont pas beaucoup varié depuis dix ans, et le recours à des instruments qui faussent moins la production et les échanges n’a guère progressé.» Et de relever que la conséquence de cette situation sur la performance environnementale du secteur est contrastée. «Les émissions agricoles de gaz à effet de serre, notamment, ont augmenté dans la plupart des pays», indique-t-elle.

Parmi les mesures préconisées par l’OCDE pour modifier les pratiques vers une agriculture plus durable figurent l’élimination progressive des politiques de soutien des prix liées à la production et à l’utilisation d’intrants, ainsi que le recentrage des moyens financiers vers des contributions en matière d’environnement.

Suisse: 50% sous forme de paiements directs

Dans le chapitre consacré à la Suisse, l’OCDE salue le projet Politique agricole 2022 qui met l’accent sur une agriculture encore plus durable et créatrice de valeur. Elle relève que la stratégie de la Confédération a complètement changé au fil des décennies. Le soutien total à l'agriculture en pourcentage du produit intérieur brut a fortement diminué dans le temps et bénéficie pour presque 90 % aux producteurs.

D’une part, les paiements directs ont remplacé une partie des mécanismes destinés à soutenir les prix. De 20% du soutien total dans les années 1980, leur part s’établit désormais autour de 50%. Selon l’OCDE, «la plupart de ces aides concernent actuellement les domaines suivants: paiements à la surface, paiements pour le maintien de l’activité dans des conditions difficiles, paiements accordés aux agriculteurs qui mettent volontairement en œuvre des pratiques agricoles plus rigoureuses pour répondre aux attentes de la société en matière de protection de l’environnement et de bien-être animal.»

D’autre part, le soutien des prix du marché calculé par rapport aux aides totales versées par la Confédération a diminué de 80% à 50%. Il passe principalement par l’instauration de contingents tarifaires assortis de droits de douane hors contingent élevés. La valeur de cette aide est presque trois fois supérieure à la moyenne de l’OCDE.

Les prix payés aux agriculteurs sont supérieurs de 45% en moyenne aux prix mondiaux. Ce soutien varie fortement selon les produits. Les écarts les plus importants par rapport aux recettes brutes concernent la volaille (+80%) et les œufs (+60%). Puis suivent la viande de porc, le colza et la viande de bœuf.

Renforcer la compétitivité

Dans ses recommandations spécifiques destinées à la Suisse, l’OCDE privilégie trois types d’actions. D’abord, la recherche de la sécurité alimentaire devrait s’appuyer sur le renforcement de la compétitivité du secteur plutôt que sur des paiements directs. Ensuite, la poursuite de la réduction des obstacles à l’importation et l’élimination des subventions à l’exportation dont bénéficient les produits transformés s’avèrent nécessaire afin d’alléger davantage la charge qui pèse sur les consommateurs et les distorsions qui s’exercent sur les marchés.

Enfin, les mesures envisagées dans la Politique agricole 2022 vont globalement dans le sens d’une agriculture plus durable. Elles pourraient contribuer à une utilisation plus rationnelle des ressources naturelles et accroître la viabilité écologique du secteur.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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