Bilan

2020 c’est fini, vive 2021

Marquée par la pandémie, 2020 a été une année terrible, notamment sur le plan économique. 2021 sera-t-elle meilleure? L’espoir renaît, mais les défis restent nombreux selon les experts.

  • Crédits: Shuttershock

Une croissance chaotique pour la Suisse

L’économie helvétique vivra en 2021 au rythme des incertitudes. Le rebond des activités s’annonce fragile dans plusieurs branches. La hausse du pib devrait dépasser 3%. 

Au terme de cette annus horribilis marquée par une chute dramatique des activités économiques en Suisse, l’espoir renaît depuis l’annonce de trois vaccins destinés à combattre la pandémie de coronavirus. Le consensus des prévisions conjoncturelles établi au 19 novembre dernier par l’assureur SwissLife table sur une croissance de 3,4% en 2021 contre un recul du produit intérieur brut (PIB) d’environ 4% en 2020. Cette estimation moyenne sera probablement confirmée par la Banque nationale suisse et le Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie) qui communiqueront leurs pronostics dans le courant du mois de décembre. Selon l’institut BAK, il y aura encore beaucoup de «sable dans les rouages» de l’économie helvétique jusqu’à mi-2021. Malgré les mesures de soutien accordées par la Confédération et les cantons, le risque d’augmentation des faillites est important. En particulier dans l’hôtellerie-restauration, l’événementiel et les loisirs. Trois branches durement frappées par les mesures prises au printemps et cet automne. De nombreux acteurs ne résisteraient pas à de nouvelles restrictions.

Dans la majorité des secteurs, la reprise s’annonce chaotique. Durement frappé par les semi-confinements, le secteur des services se reprendra vraisemblablement plus rapidement que le secteur secondaire. Selon une enquête menée pour la première fois de manière coordonnée par l’ensemble des Chambres de commerce et d’industrie des cantons latins (FR, GE, JU, NE, TI, VD, VS) et publiée à la mi-novembre, les perspectives demeurent cependant préoccupantes. «A la fin de l’été, 41% de toutes les entreprises (47% dans l’industrie et 38% dans les services) tablaient sur une marche des affaires médiocre à mauvaise dans les six prochains mois. Interrogés sur une perspective à plus long terme, les répondants étaient 45% – et même 55% dans le secteur secondaire – à se déclarer pessimistes. Les montants investis en 2021 seront également en nette diminution par rapport à 2020 selon les entreprises sondées», indique cette étude.

Dans l’hôtellerie-restauration, le risque d’augmentation des faillites est important. (Crédits: Jean-Christophe Bott/Keystone)

Emplois

Une situation précaire

Sur le front de l’emploi, la situation restera mitigée. Le recours massif aux RHT (réduction de l’horaire de travail) par les entreprises durant l’année parviendra-t-il à limiter les licenciements au cours de l’an prochain? De la réponse à cette question dépendra l’évolution du chômage. Selon les économistes de SwissLife, le taux dépassera la barre des 4% au premier trimestre 2021 (3,2% en octobre dernier). Sur l’ensemble de l’année, le Seco estime qu’il atteindra 3,4% en moyenne annuelle. Ses prévisions, remontant en octobre, tablent sur une croissance de l’emploi qui restera faible. C’est le constat auquel parvient aussi l’enquête des Chambres de commerce et d’industrie de Suisse latine. D’après ses résultats, 13% des employeurs envisagent de créer des emplois et 15% prévoient d’en supprimer, alors que la très grande majorité des sondés estiment que les effectifs demeureront stables. L’Association suisse de l’outplacement s’attend pour sa part à une deuxième vague de licenciements cet hiver. Les spécialistes et les cadres seront davantage touchés que les autres catégories de travailleurs. Cette organisation indique que le réseau personnel devient un atout majeur pour retrouver un emploi dans les circonstances actuelles.

L’évolution du chômage pourrait nuire aux achats des ménages privés, lesquels influencent fortement la croissance. Selon le Seco, les personnes interrogées dans le cadre du calcul de l’indice du climat de consommation considèrent que la situation sur le marché de l’emploi est très défavorable: «L’indice sur l’évolution du chômage (112 points en octobre contre 33 en janvier) reste proche du niveau historique atteint lors de la (dernière) crise économique et financière, et l’indice relatif à la sécurité de l’emploi (−122 points en octobre contre -45 en janvier) régresse pour la troisième fois consécutive.»

Les activités de l’industrie des machines (ici le site de Mikron au Tessin) sont fortement tributaires des exportations. (Crédits: Christian Beutler/Keystone)

Exportations

Les yeux vissés sur la conjoncture mondiale

La croissance de l’économie helvétique résultera aussi de la situation de ses principaux partenaires commerciaux. Les exportations constituent en effet l’autre facteur décisif du retour de la croissance. «Les attentes concernant l’évolution conjoncturelle dans la zone euro, aux Etats-Unis et en Chine pour les six prochains mois ont toutes connu une éclaircie», indique le dernier sondage établi par Credit Suisse et CFA Society Switzerland. Mais les incertitudes restent vives. Si le dernier baromètre du commerce de marchandises de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) «marque une amélioration spectaculaire (100,7 points en septembre contre 84,5 en août), il n’est pas certain que la croissance puisse se maintenir à l’avenir», affirme l’institution basée à Genève. Chef économiste de la Banque centrale européenne, Philip Lane est aussi prudent. «Le vaccin apporte surtout une perspective pour la fin de l’année prochaine et pour 2022, pas pour les six prochains mois. (…) Le PIB (de la zone euro) ne retrouvera pas le niveau de 2019 avant l’automne 2022», affirmait-il récemment dans une interview parue dans Les Echos.

Or, plusieurs branches sont tributaires de la vigueur de leurs exportations pour croître. A commencer par l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux. Même si le creux de la vague a été atteint au deuxième trimestre, les patrons ne sont guère optimistes. Seules
38% des entreprises escomptent une hausse des commandes dans les douze prochains mois. La deuxième vague de la pandémie incite à la retenue et pourrait entraîner un nouveau recul des affaires. Lors de la publication des derniers résultats de la branche à la mi-novembre, le directeur de Swissmem, Stefan Brupbacher, a relevé que «les incertitudes sont très grandes».

Horlogerie

Vers un mieux, mais pas tout de suite

De son côté, l’horlogerie dépend à la fois des exportations et du tourisme. Alors que son organisation faîtière s’attend pour 2020 à la plus forte contraction annuelle des ventes à l’étranger jamais enregistrée depuis 80 ans, l’activité devrait se reprendre en 2021. Avant les mesures de confinement activées par plusieurs pays européens au mois de novembre, les derniers signaux étaient plutôt encourageants. Sur une base désaisonnalisée, les exportations ont progressé de 4,1% en octobre par rapport à septembre grâce à la poursuite du rebond de la Chine. Mais le rétablissement de la branche s’annonce périlleux. Les flux de touristes en provenance de l’Empire du Milieu joueront un rôle majeur. On estime que cette clientèle achète deux tiers des montres helvétiques au cours d’un voyage à l’étranger, notamment dans les boutiques en Europe et en Suisse. Leur retour sera donc décisif.

Selon la Fédération de l’industrie horlogère, les exportations devraient progresser sur l’ensemble de l’année, mais il est peu probable qu’elles retrouvent leur niveau de 2019. Dans une étude publiée récemment, le cabinet de conseil Deloitte estime que les perspectives sont à moyen terme plutôt négatives: «Le fait que les sondés entrevoient un avenir plus sombre pour l’industrie horlogère que pour l’économie suisse dans son ensemble illustre la gravité de la situation actuelle et le défi important auquel le secteur est confronté.»

Certaines sociétés de remontées mécaniques réalisent plus de 90% de leur chiffre d’affaires en hiver: une saison capitale dans la branche du tourisme. (Crédits: PHOTO: Alexandra Wey/Keystone)

Tourisme

L’année s’annonce morose

Dans la branche du tourisme, l’hiver est une saison capitale pour les régions de montagne. Par exemple en Suisse romande, les sociétés de remontées mécaniques de Crans-Montana, Verbier, Grimentz-Zinal, Nendaz-Veysonnaz et Villars-Gryon-Diablerets réalisent plus de 90% de leur chiffre d’affaires au cours de cette période. En moyenne nationale, la part de l’hiver dépasse 70%. Compte tenu des incertitudes liées aux voyages et au développement de la pandémie, les hôtes choisiront leur séjour au dernier moment. Actuellement, le taux de réservation est plus bas pour les vacances de sport d’hiver que l’année précédente.

Et les prévisions ne sont guère encourageantes. Selon l’institut KOF de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, les nuitées hôtelières devraient baisser d’environ 22% dans les régions de montagne par rapport à 2018-2019. La hausse de 9% prévue pour la clientèle helvétique ne permettra pas de compenser la chute de 50% des hôtes européens. Une chute qui pourrait être encore plus dramatique en raison des mesures de restriction prises par plusieurs pays européens pour limiter voire empêcher les déplacements de leurs résidents à l’étranger.

Dans les villes, 2021 s’annonce encore aussi morose. Le tourisme d’affaires et de congrès n’est pas prêt à repartir rapidement. A l’instar du salon horloger Watches & Wonders (ex-SIHH) qui devait se tenir à Palexpo Genève au printemps prochain, plusieurs manifestations ont déjà été annulées. Cette situation impactera fortement l’hôtellerie et la restauration. Cette dernière activité espère surtout qu’il n’y aura pas de troisième vague de coronavirus obligeant les établissements à fermer une nouvelle fois leurs portes. Pour renforcer l’attractivité des villes, Suisse Tourisme en appelle à leur revitalisation durant le week-end. L’organisation de promotion de la branche recommande que les restaurants et les magasins restent ouverts le dimanche dans les zones touristiques des centres-villes. «Nos hôtes veulent faire l’expérience de centres-villes animés. En hiver, l’expérience touristique se déplace de plus en plus vers l’intérieur. Cela signifie que l’expérience et l’activité urbaine gagnent en importance. Et cela doit aussi être possible le dimanche. Sinon, je ne pressens rien de bon pour les hôtels des villes», déclarait en septembre dernier Martin Nydegger, directeur de Suisse Tourisme.

Pour l’heure, les incertitudes demeurent encore trop importantes pour doper la consommation, les investissements et les exportations. Selon plusieurs analyses, il faudra probablement attendre 2022 voire 2023 pour que l’économie suisse retrouve ses niveaux d’avant-crise, mais plus les vaccins seront rapidement disponibles, plus la croissance s’annoncera robuste. Les acteurs de l’économie helvétique retiennent leur souffle!

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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