Bilan

2017 sera l’année de la Chine

Alors que Donald Trump veut diminuer l’influence des Etats-Unis en matière de sécurité et d’économie en Asie, l’Empire du Milieu pourrait tirer son épingle du jeu.

Doris Leuthard et le président chinois Xi Jinping lors du dernier Forum de Davos.

Crédits: Mattias Nutt/WEF

Les gros titres qui ont été consacrés au World Economic Forum sont révélateurs: 2017 sera l’année de l’affirmation de la Chine en tant que leader régional. Dernièrement, son président Xi Jinping s’est fait le fervent défenseur du libre-échange et de la mondialisation, mettant en garde contre les risques du protectionnisme. Son discours aux décideurs politiques et économiques a été vivement applaudi à Davos et marque un tournant pour l’économie mondiale, dirigée durant plusieurs décennies par les Etats-Unis. Donald Trump a publiquement remis en question deux principes historiques fondamentaux en Asie, à savoir l’engagement en faveur du libre-échange et le cadre sécuritaire, ce qui laisse la région dans une attente fébrile. 

Au cours de sa campagne, Donald Trump a promis une taxe de 45% sur les produits chinois. Depuis, il a poursuivi dans cette voie, en témoigne sa conversation controversée avec le président de Taïwan Tsai Ing-wen et les nominations à son cabinet de Robert Lighthizer, Wilbur Ross et Peter Navarro, bien connus pour leurs positions antichinoises. Les titres des livres de ce dernier parlent d’eux-mêmes: Death by China et Crouching Tiger: What China’s Militarism Means for the World

Toutefois, une attaque contre l’Empire du Milieu est interprétée de manière plus large au niveau régional, les exportations chinoises étant issues d’une chaîne logistique intégrant plusieurs pays. Ces derniers ont été ébranlés par la remise en cause du cadre sécuritaire de l’après-guerre, Trump ayant accusé le Japon et la Corée du Sud de tirer profit sans contrepartie de la protection américaine. Enfin, l’Asie s’inquiète d’une stratégie qui consisterait à dresser la Chine contre la Russie. L’équilibre historique négligé, la plupart des pays asiatiques craignent un vide et une instabilité politique. 

Son premier vœu a infligé la plus forte claque: retirer les Etats-Unis du Traité commercial transpacifique (TPP), ayant vocation à créer la plus grande zone de libre-échange du monde et qualifié de «désastre» par Trump. Plus qu’un accord commercial, le TPP est pourtant le pivot américain vers l’Asie, le signe que les Etats-Unis joueraient un rôle dominant dans la région en matière de sécurité et d’économie.  

Un partenariat régional

De son côté, la Chine a attendu le faux pas, le président Xi Jinping a publiquement affirmé que l’Asie devait être dirigée par les Asiatiques et s’est engagé en faveur d’une intégration régionale. La campagne présidentielle américaine a contribué à renforcer les liens entre les nations asiatiques, par peur d’être à la merci d’un président peu fiable. La Chine est prête à tisser seule ses liens commerciaux dans la région. Elle travaille sur le Partenariat économique intégral régional (RCEP), un projet d’accord de libre-échange entre quinze pays, excluant notablement les Etats-Unis.

Couvrant plusieurs domaines, le RCEP pourrait permettre d’étendre la chaîne d’approvisionnement régionale et de rationaliser plusieurs accords commerciaux dans la région. Pour la Chine, le RCEP réduirait son exposition aux humeurs changeantes de l’Occident tandis qu’il aurait aussi pour effet de ralentir les exportations de ce dernier. 

Les Philippines apportent la preuve que la stratégie de la Chine fonctionne. Au lieu d’accroître ses dépenses militaires pour pallier le détournement des Etats-Unis, le pays a opté pour un apaisement avec la Chine, qui s’est empressée de récompenser le bon élève en capitaux d’investissement, resserrant le partenariat. 

Pour nous, le flou se dissipe: la Chine sera le premier acteur en Asie et les Etats-Unis devront jouer selon ses règles. Les préoccupations subsistent quant au ralentissement économique et à la fuite des capitaux. Malgré tout, le contrôle de la région assurera à la Chine un soutien solide de ses marchés actions. 

* Responsable des stratégies de marché, Banque Swissquote 

Peter Rosenstreich*

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